Les instruments de musique en bambou du Vietnam

Vendredi, 28 avril 2017 à 10:50:47
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Photo d'illustration: VOV.

Nhân Dân en ligne - Des centaines d’instruments de musique traditionnels que possède le Vietnam, ceux en bambou sont les plus anciens et les plus originaux. L’artisan populaire a su faire de cette plante familière un excellent moyen d’expression de ses sentiments. Ces instruments rythment la vie courante, le travail et les fêtes de toutes les régions, toutes les communautés.

Les instruments de musique en bambou constituent une famille nombreuse, originale sur le plan sonore et diversifiée sur le plan des structures. C’est en tout cas l’avis de l’artiste émérite Nguyên Thi Hoa Dang, doctoresse en ethnomusicologie, directrice adjointe du département des instruments de musique traditionnels à l’Académie nationale de musique du Vietnam.

«Au Vietnam, le sol et le climat sont très favorables au bambou. Les entre-nœuds sont d’une épaisseur et d’une longueur idéale pour qu’on en fasse des instruments de musique. Ce n’est pas du tout le cas pour les bambous philippins ou chinois. Leurs entre-nœuds étant courts et très épais, ça donne des sons secs, graves et sourds. La qualité sonore du bambou vietnamien est bien meilleure, notamment au niveau de la résonance. Nos instruments de musique en bambou sont une véritable fierté nationale. »

Les instruments sont classifiés en trois familles: les cordophones, les aérophones et les idiophones. Thao Giang, directeur du Centre de développement de la musique du Vietnam, nous donne une idée de la diversité de ces instruments: «Le bambou sert à faire des flûtes traversières, des flûtes de Pan, des guimbardes… Même la feuille de bambou peut donner des sons lorsqu’on souffle dessus. Le rhizome, la tige souterraine du bambou, sert à faire des blocs chinois, des baguettes ou des castagnettes… Sur les hauts-plateaux, nous avons le T’Rung, le Trinh, le Kơ Ní, le Dinh Tút… En plaine, nous avons la viole à deux cordes, la cithare à seize cordes et toutes sortes de tambours en bambou. Chaque groupe ethnique donne à ses instruments une échelle et une vibration qui leur sont propres. Dans ce domaine, la créativité populaire est énorme.»

Si les instruments en bambou sont aussi populaires, c’est parce qu’ils ont été créés à partir d’un matériau rudimentaire qu’on trouve partout, dans le jardin, dans le village, dans la forêt. Mais leur simplicité n’affecte en rien leur capacité de séduction, soutient Nguyên Thi Hoa Dang: «Kinh, Mông, Thái, Tày, Nùng, Giarai, Ê Dê… la quasi-totalité des ethnies vietnamiennes dispose d’instruments de musique en bambou. Les plus représentatifs de ces instruments sont le T’Rung et le monocorde, qui sont particulièrement appréciés par les étrangers. Dans bien des pays, la fabrication d’instruments est devenue un travail mécanique, mais chez nous, elle reste artisanale, ce qui donne à nos instruments un aspect simple, authentique et original.»

Les instruments de musique en bambou sont présents dans toutes les formes de musique ayant été classées par l’UNESCO au patrimoine culturel mondial, que ce soient le chant «xoan» de Phu Tho, le «ca trù», le «quan ho», la musique de cour de Hue ou le don ca tai tu du Sud. Certains n’existent qu’au Vietnam, comme le monocorde, le T’rung, ou la guimbarde de bambou …

À travers les vicissitudes de l’histoire, les instruments de musique continuent d’exprimer les sentiments et les espoirs des Vietnamiens. Constitutifs de l’identité nationale, ils relient les communautés ethniques du pays entre elles et à celles du monde entier.

VOV/NDEL