Directeur de la BAD au Vietnam : le pays sera capable d’atteindre son double objectif en 2021

Lundi, 19 juillet 2021 à 14:38:31
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Le directeur de la Banque asiatique de développement au Vietnam, Andrew Jeffries. Photo : VGP/VNA.

Nhân Dân en ligne — Étant l’un des rares pays à avoir enregistré une croissance positive en 2020, le Vietnam est considéré comme un point lumineux dans la faible économie mondiale. Cependant, face à l’apparition de la quatrième vague de la pandémie de COVID-19, une question se pose sur sa reprise économique. Est que le Vietnam, l’économie la plus dynamique en Asie du Sud-Est, est capable de se rétablir ?

Dans une interview accordée à l’Agence vietnamienne d’information (AVI), le directeur de la Banque asiatique de développement (BAD) au Vietnam, Andrew Jeffries, se déclare convaincu que le pays possède les conditions nécessaires pour atteindre son double objectif de maîtriser la pandémie et de garantir sa croissance économique.

— Dans le rapport Asian Development Outlook, la BAD prévoit qu’en 2021, le Vietnam sera en tête des pays d’Asie du Sud-Est en termes de croissance économique. Sur quels facteurs la BAD s’est-elle basée pour faire cette observation ?

Andrew Jeffries : En nous basant sur des statistiques positives qui ont été publiées en avril et en mai dernier, nous sommes optimistes quant à la perspective de l’économie vietnamienne. De plus, les plus grands partenaires du Vietnam, dont les États-Unis et la Chine, se remettent rapidement de la pandémie. Cela vous permettra de promouvoir vos exportations en 2021.

En effet, au cours des cinq premiers mois de l’année, les exportations vietnamiennes ont connu une hausse de 30 % en glissement annuel, tandis que les importations ont augmenté de 36,4 %. Les industries manufacturières ont connu une croissance de 12,6 %.

La confiance des investisseurs étrangers dans l’économie vietnamienne est consolidée par son succès dans le contrôle de la pandémie. Entre janvier et mai, les investissements directs étrangers (IDE) se sont progressivement accrus. Le décaissement des IDE a augmenté de 6,7 %. Le chiffre d’affaires de la vente au détail a connu une hausse de 7,6 % malgré les impacts de la pandémie sur le marché de travail.

Cependant, en avril, une quatrième vague de la pandémie a eu lieu, touchant non seulement de grandes villes comme Hanoi et Hô Chi Minh-Ville, mais aussi des provinces telles que Bac Giang et Bac Ninh. Ce sont les lieux où se concentrent les activités de production des principaux acteurs dans la chaîne d’approvisionnement de produits électroniques.

Si les travailleurs dans ces zones industrielles sont infectés, le secteur de la production, moteur de croissance important de l’économie vietnamienne, sera interrompu. Par ailleurs, le retard dans la vaccination contre le COVID-19 pourrait faire obstacle à la relance économique.

— La pandémie de COVID-19 change la structure de l’économie mondiale, promeut le développement de nouvelles technologies et réoriente les flux d’investissements. Qu’est-ce que le Vietnam devrait faire afin de profiter de la restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales et s’intégrer plus profondément dans ces chaînes ?

Andrew Jeffries : À mon avis, il est crucial d’accorder la priorité au secteur privé et de promouvoir l’intégration de ce secteur dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Votre pays a obtenu des progrès remarquables dans le développement du secteur privé à la suite du déclenchement de Dôi Moi (Renouveau) en 1986. Cependant, il faut que le Vietnam accélère ses efforts pour le rendre plus compétitif et plus dynamique.

Le pays entend devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure vers 2030. Pour atteindre cet objectif ambitieux, il faut que sa croissance économique annuelle se maintienne à la hauteur de 7 %. Et pour le faire, le secteur privé doit fonctionner de manière dynamique et compétitive dans tous les domaines industriels et de services.

Plus de 95 % des entreprises privées vietnamiennes sont des petites et des microentreprises tandis que les moyennes entreprises en représentent moins de 1,5 %. Il existe un grand écart entre les entreprises de petite taille et de grande taille. En renforçant la croissance économique, le pays devrait créer des conditions favorisant l’agrandissement des petites et moyennes entreprises (PME) et sur cette base, construire une base solide pour un futur économique amené par le secteur privé.

Il est nécessaire que le gouvernement aide les PME à mieux accéder aux ressources financières, foncières et technologiques. De leur côté, il faut que les entreprises cherchent à améliorer leur gouvernance.

De plus, la transformation numérique devrait être considérée comme une autre priorité dans les temps à venir. La pandémie a en effet mis en évidence la nécessité de la numérisation de l’économie. Ce processus joue un rôle important permettant de renforcer la reprise, la compétitivité et l’efficacité de l’économie. D’après moi, la décision du gouvernement vietnamien de développer l’administration électronique constitue une initiative louable de transformation numérique.

Ce processus s’observe visiblement également dans le commerce électronique et le secteur bancaire. Chez les banques, les services électroniques ont été déployés depuis des années. Des modes de paiement mobile ont été appliqués dans le but de numériser les activités bancaires et de fournir des solutions financières intégrales.

— Pourriez-vous nous renseigner sur des expériences internationales en ce qui concerne la transformation numérique à l’heure du COVID-19 ?

Andrew Jeffries : En Asie du Sud-Est, les gouvernements et les entreprises privées utilisent les technologies numériques pour combattre la pandémie. Les pays luttent contre la pandémie avec l’aide de paquets de soutien colossaux. De nombreux gouvernements de pays en voie de développement cherchent à les décaisser rapidement et assurer une distribution sécurisée vers les personnes vulnérables.

L’identification biométrique et le paiement numérique permettent de faciliter ces missions. Aux Philippines par exemple, 70 % des ménages recourent au paiement par virement bancaire. Dans l’État indien de l’Uttar Pradesh, les autorités ont directement envoyé par virement bancaire des aides financières aux travailleurs de secteur informel ayant perdu leurs emplois à cause du COVID-19.

La pandémie a contribué à accélérer la transformation numérique qui a lieu à l’échelle mondiale. En effet, elle a montré que les technologies jouent un rôle crucial dans la gouvernance administrative et dans le maintien des activités de production, d’économie et de bien-être social.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), jusqu’en avril 2020, environ 60 pays sont parvenus à mettre en œuvre le travail à distance dans le secteur public.

À partir du mois d’avril 2020, le Brunei a lancé eKadaiBrunei, un répertoire en ligne de magasins, de services de livraison à domicile, de plateformes de paiement et d’autres services, dans le but d’aider ses citoyens à chercher les services d’e-commerce de manière sécurisée et commode durant la pandémie.

En Indonésie, le gouvernement a collaboré avec la plateforme d’e-commerce Lazada afin d’aider deux millions de PME à développer les technologies numériques. Cela fait partie des efforts de ce pays visant à encourager les entreprises à promouvoir l’e-commerce qui est devenu extrêmement nécessaire dans le contexte de la pandémie.

En Malaisie, les autorités de l’État de Sabah ont lancé un paquet de sauvetage d’une valeur de 56,2 millions de dollars pour promouvoir l’économie numérique. Ce paquet comprend des initiatives encourageant les entreprises à s’intégrer davantage dans le développement de l’économie numérique.

Au Vietnam, la pandémie est devenue une motivation qui pousse le développement des solutions numériques visant à la satisfaction des besoins de la population en ce qui concerne les services sociaux de base ainsi que les nouveaux services sans contact tels que l’achat en ligne ou bien le paiement mobile.

Dans votre pays, j’observe que de nombreux institutions et organismes ont été créés pour servir cette transformation. Les entreprises, elles aussi, se sont rendu compte de la nécessité de ce changement et ont commencé à organiser des cours de perfectionnement de compétences pour leur personnel. En profitant des opportunités engendrées par cette tendance, le Vietnam pourra devenir une économie numérique dans l’avenir.

À l’heure actuelle, la BAD coopère avec la Banque d’État du Vietnam dans le but de créer des conditions favorisant le développement d’un écosystème de technologie financière (fintech) et soutenir les solutions fintech visant l’inclusion financière.

Grâce à sa coopération avec ses partenaires vietnamiens, la BAD a contribué à présenter des solutions numériques dans plusieurs domaines, dont, par exemple, l’intégration d’un système d’alerte précoce (SAP) en cas de catastrophes naturelles, dans quelques projets de réduction des impacts des catastrophes au Centre du Vietnam. De plus, nous continuerons à travailler avec des ministères et des collectivités locales vietnamiennes dans le développement de solutions urbaines intelligentes.

— Que pensez-vous du double objectif de contrôler la pandémie et de promouvoir en même temps le développement économique durable que le gouvernement vietnamien a fixé ?

Andrew Jeffries : Je pense que la perspective de croissance et de développement économique du Vietnam dépend étroitement de sa capacité à maîtriser le virus SARS-CoV-2. Le succès de votre pays dans la lutte contre cette pandémie était le facteur clé décidant de vos résultats positifs de développement économique l’année dernière tandis que de nombreux pays ont subi une croissance négative.

Dans ce contexte, si l’on arrive à esquiver les risques de ralentissement de la croissance à court terme dus aux restrictions liées à la résurgence de la pandémie, l’économie vietnamienne retrouvera son état normal plus rapidement.

Je suis confiant, car le gouvernement vietnamien et ses citoyens ont acquis des expériences importantes dans la lutte contre la pandémie et ont élaboré des processus efficaces permettant de la maîtriser. Le Vietnam est tout à fait capable d’atteindre son double objectif en 2021.

Cependant, on observe que les flambées inhabituelles de la pandémie peuvent se produire à n’importe quel moment et affecter une part de la main-d’œuvre, dont notamment ceux qui travaillent dans les zones industrielles à haute densité.

Même les mesures efficaces ne pourront pas exclure les facteurs d’incertitude. C’est pourquoi la vaccination est la seule clé permettant à la fois de combattre la pandémie, d’assurer une sécurité à long terme pour la population et de promouvoir le développement économique.

— Merci beaucoup !

NDEL