Le Vietnam d’aujourd’hui se présente comme un pays dynamique, confiant, ouvert sur le monde et résolument tourné vers l’avenir. Cette évolution est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans la continuité de la politique du Renouveau, le Đổi mới, lancée en 1986, qui a profondément transformé l’économie et la société vietnamiennes.
Les relations entre le Vietnam et le Maroc reposent aujourd’hui sur un socle solide d’amitié historique, de dialogue politique et de coopération progressive. Elles offrent un potentiel important pour approfondir davantage la compréhension mutuelle, renforcer la confiance et orienter les efforts communs vers des partenariats concrets, équilibrés et résolument tournés vers l’avenir.
C'est ce qu'a souligné Monsieur Jamale CHOUAIBI, Ambassadeur du Royaume du Maroc au Vietnam, dans un entretien accordé au Journal Nhân Dân (Le Peuple) à l'occasion du 65ᵉ anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre le Vietnam et le Maroc, au cours duquel il revient sur l'évolution du Vietnam, les acquis des relations bilatérales et les perspectives de leur développement.
L'évolution du partenariat entre le Vietnam et le Maroc au cours des 65 dernières années témoigne d'une trajectoire exemplaire, passant d'une solidarité historique de combat à une coopération multidimensionnelle moderne et structurée.
Officiellement établies le 27 mars 1961, les relations diplomatiques s'enracinent dans une mémoire humaine et politique plus ancienne, forgée par les luttes communes contre le colonialisme au XXᵉ siècle.
Cette amitié initiale, faite de respect mutuel et de proximité entre les peuples, s'est progressivement transformée en un partenariat diversifié, couvrant aujourd'hui les domaines politique, diplomatique, économique, culturel, éducatif parlementaire et sécuritaire, tout en s'adaptant continuellement aux priorités contemporaines des deux nations.
La solidité de ce lien repose désormais sur des acquis majeurs, au premier rang desquels figurent des symboles mémoriels et culturels uniques.
La Porte du Maroc à Ba Vi, en banlieue de la capitale Hanoï, et la Porte du village vietnamien inaugurée à Kénitra en 2022, ne sont pas de simples monuments, mais l'incarnation concrète d'une profondeur historique et d'une visibilité matérielle de l'amitié entre les deux pays.
Cette proximité est renforcée par une consolidation politique de haut niveau, marquée par la régularité des échanges de délégations et l’existence de cadres de dialogue permanents, comme l’illustre la visite officielle au Maroc du Président de l’Assemblée nationale du Vietnam, S.E. M. Tran Thanh Man, en juillet 2025, précédée par la visite au Vietnam du Président de la Chambre des Représentants du Maroc, S.E. M. Rachid Talbi El Alami.
Parallèlement, la densification du cadre juridique et institutionnel a permis de bâtir des relations économiques et sectorielles plus solides, dépassant le cadre purement diplomatique.
Le dynamisme économique constitue d’ailleurs un pilier central de cette évolution, avec des échanges commerciaux en forte croissance, qui ont dépassé 380 millions de dollars en 2025, et l’ambition affichée d’atteindre prochainement 500 millions de dollars.
Cette évolution stratégique positionne le Maroc comme une porte d'entrée privilégiée vers l'Afrique de l’ouest pour le Vietnam, tandis que ce dernier représente pour le Royaume un partenaire dynamique en Asie du Sud-Est.
En somme, la relation Vietnam-Maroc repose aujourd’hui sur un socle solide d’amitié historique, de dialogue politique et de coopération progressive.
Elle offre un potentiel important pour approfondir davantage la compréhension mutuelle, renforcer la confiance et orienter les efforts communs vers des partenariats concrets, équilibrés et résolument tournés vers l’avenir.
Pour porter la coopération économique et les investissements bilatéraux à un niveau supérieur, il me semble essentiel de passer d’une logique d’échanges commerciaux classiques à une logique de partenariats structurés et de complémentarité économique.
Le Maroc et le Vietnam disposent chacun d’atouts régionaux importants : le Maroc peut constituer pour le Vietnam une porte d’entrée vers l’Afrique, notamment l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord, ainsi que vers l’Europe, tandis que le Vietnam peut offrir au Maroc un accès privilégié à l’Asie du Sud-Est.
Cette position géostratégique réciproque est l’un des leviers les plus prometteurs pour élargir les marchés et développer les investissements.
Un autre levier important réside dans l’amélioration du cadre commercial et institutionnel.
La négociation de nouveaux accords commerciaux, la facilitation de l’accès aux marchés, la réduction des obstacles tarifaires et non tarifaires, ainsi que l’encouragement du commerce direct permettraient de mieux exploiter le potentiel existant.
Les deux pays gagneraient également à renforcer leurs mécanismes de coopération économique, en mobilisant davantage les communautés d’affaires, les chambres de commerce, les forums économiques et les délégations d’entreprises.
La création de joint-ventures et les investissements croisés doivent aussi être encouragés dans des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment les énergies renouvelables, l’hydrogène vert, l’éolien offshore, la transformation agricole, les engrais, l’industrie automobile, la logistique et l’industrie halal.
Cette coopération permettrait de créer des chaînes de valeur communes et de dépasser le simple échange de marchandises.
Enfin, la connectivité logistique et financière constitue un levier stratégique. Le rapprochement entre les grands ports des deux pays, tels que Casablanca, Tanger Med, Hô Chi Minh-Ville et Da Nang, pourrait faciliter les flux commerciaux et réduire les coûts.
De même, le partage d’expériences entre Casablanca Finance City et les centres financiers internationaux du Vietnam à Hô Chi Minh-Ville et à Da Nang pourrait ouvrir de nouvelles perspectives en matière de financement, d’investissements et de services financiers durables.
Les énergies renouvelables et la certification Halal peuvent devenir de véritables moteurs de la coopération bilatérale, car elles correspondent à des priorités communes du Maroc et du Vietnam : la transition énergétique, la sécurité alimentaire, la diversification économique et l’ouverture vers de nouveaux marchés.
Les deux pays sont confrontés à des défis similaires liés au développement durable et au changement climatique, ce qui rend leur coopération particulièrement pertinente.
Dans ce contexte, l’expertise marocaine dans le solaire, l’éolien et l’hydrogène vert peut être mise à profit à travers des échanges de savoir-faire, des projets conjoints, la formation des compétences et le développement de solutions adaptées aux besoins des deux pays.
L’expertise marocaine dans le solaire, l’éolien et l’hydrogène vert peut être mise à profit à travers des échanges de savoir-faire, des projets conjoints, la formation des compétences et le développement de solutions adaptées aux besoins des deux pays.
l’expertise marocaine dans le solaire, l’éolien et l’hydrogène vert peut être mise à profit à travers des échanges de savoir-faire, des projets conjoints, la formation des compétences et le développement de solutions adaptées aux besoins des deux pays.
Le Mémorandum d’entente signé en 2019 dans les domaines de l’environnement et du développement durable constitue d’ailleurs une base utile pour renforcer cette dynamique.
La certification Halal représente également un secteur à fort potentiel.
Le Vietnam ambitionne de renforcer sa présence sur ce marché international en pleine croissance, tandis que le Maroc dispose d’une expérience reconnue dans ce domaine.
Cette complémentarité pourrait permettre d’accompagner les entreprises vietnamiennes dans la certification de leurs produits, l’harmonisation des standards et l’accès à de nouveaux marchés, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe, où vivent d’importantes communautés musulmanes.
La certification Halal représente également un secteur à fort potentiel.
La certification Halal représente également un secteur à fort potentiel.
Elle pourrait également favoriser le développement de chaînes de valeur communes dans l’agroalimentaire et dans d’autres secteurs liés à l’économie Halal, tels que les cosmétiques, la pharmacie, la logistique ou encore le tourisme Halal.
Plus largement, ces deux domaines peuvent donner une nouvelle dimension au partenariat Vietnam-Maroc.
En ce sens, les énergies renouvelables et le Halal ne relèvent pas seulement de la coopération sectorielle : ils peuvent devenir des piliers d’un partenariat fondé sur l’innovation, la durabilité, la création de valeur et la complémentarité des expertises.
Vivant et travaillant au Vietnam depuis plusieurs années, j’ai été profondément impressionné par la rapidité, la cohérence et l’ampleur des transformations que connaît le pays.
Le Vietnam d’aujourd’hui se présente comme une nation dynamique, confiante, ouverte sur le monde et résolument tournée vers l’avenir. Cette évolution est d’autant plus remarquable qu’elle s’inscrit dans la continuité de la politique du Renouveau, le Đổi mới, lancée en 1986, qui a profondément transformé l’économie et la société vietnamiennes.
Ce qui frappe d’emblée, c’est le développement spectaculaire des infrastructures. Routes, ponts, aéroports, ports, zones industrielles, nouveaux quartiers urbains et grands projets de connectivité témoignent d’un pays engagé dans une modernisation soutenue.
À Hanoï, Hô Chi Minh-Ville, Da Nang, mais aussi dans de nombreuses provinces, cette dynamique de développement est visible et constante. Elle traduit une volonté claire de renforcer la compétitivité nationale, d’améliorer l’attractivité du territoire et d’élever la qualité de vie de la population.
Dans la SARL d'acier JFE Shoji à VSIP Hai Phong. Photo : VNA.
Dans la SARL d'acier JFE Shoji à VSIP Hai Phong. Photo : VNA.
J’ai également été marqué par la modernisation rapide de l’économie vietnamienne.
Le Vietnam s’est affirmé comme l’un des pôles industriels et commerciaux les plus dynamiques d’Asie, fortement intégré aux chaînes de valeur régionales et mondiales.
Les secteurs de l’électronique, du textile, de l’agroalimentaire, de l’énergie, de la logistique et des services connaissent une progression notable.
Le pays attire d’importants investissements étrangers, tout en favorisant l’émergence d’entreprises vietnamiennes de plus en plus compétitives, innovantes et ambitieuses.
Un autre changement majeur concerne le capital humain. La jeunesse vietnamienne est instruite, connectée, entreprenante et ouverte sur le monde. Elle maîtrise de plus en plus les technologies, les langues étrangères et les outils de l’innovation.
À mes yeux, cette génération constitue l’un des atouts les plus précieux du Vietnam pour les décennies à venir.
Sur le plan social, les progrès accomplis sont également remarquables. Le Vietnam a réalisé des avancées significatives dans la réduction de la pauvreté, l’amélioration du niveau de vie, ainsi que l’accès à l’éducation, à la santé et aux services de base.
L’émergence d’une classe moyenne, l’urbanisation rapide et l’amélioration progressive des conditions de vie illustrent les résultats concrets du développement économique engagé depuis plusieurs décennies.
Le Vietnam dispose d’une vision de développement claire, fondée sur la modernisation, l’industrialisation, l’innovation, la transition verte et la recherche d’une croissance plus durable.
Le Vietnam dispose d’une vision de développement claire, fondée sur la modernisation, l’industrialisation, l’innovation, la transition verte et la recherche d’une croissance plus durable.
La récente reclassification du Vietnam par la Banque mondiale en tant qu’économie à revenu intermédiaire de la tranche supérieure constitue, à cet égard, une reconnaissance importante de la performance économique continue du pays et de l’élargissement de ses perspectives de développement.
Le Vietnam dispose d’une vision de développement claire, fondée sur la modernisation, l’industrialisation, l’innovation, la transition verte et la recherche d’une croissance plus durable.
C’est cette combinaison entre vision stratégique, stabilité, ouverture internationale et énergie humaine qui explique la trajectoire remarquable du Vietnam contemporain.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la transition énergétique et la recomposition des chaînes de valeur mondiales, le Vietnam et le Maroc disposent d’atouts complémentaires pour jouer un rôle moteur dans la promotion de la coopération Sud-Sud et le renforcement des liens Afrique-Asie.
Le Maroc, grâce à sa position géostratégique de porte d’entrée vers l’Afrique et l’Europe, ainsi qu’à ses réseaux d’investissement sur le continent africain, peut constituer un hub important pour le Vietnam.
De son côté, le Vietnam, par son ancrage dans l’ASEAN, son expérience industrielle et son intégration aux chaînes de valeur asiatiques, peut offrir au Maroc une ouverture stratégique vers l’Asie du Sud-Est.
En mutualisant leurs expertises et leurs capacités d’investissement, les deux pays peuvent développer des projets conjoints dans des secteurs porteurs tels que les énergies renouvelables, l’agro-industrie, la logistique portuaire et la formation technique.
Ils peuvent également contribuer à la création de corridors commerciaux et d’investissement entre l’Afrique et l’Asie, favorisant ainsi la diversification des partenaires pour les économies du Sud.
Par ailleurs, une meilleure coordination dans les enceintes multilatérales, associée au renforcement des mécanismes de financement et de transfert de technologies adaptés aux besoins locaux, permettrait de réduire les dépendances extérieures, d’accroître la résilience des chaînes d’approvisionnement et d’apporter des réponses concrètes aux défis économiques et climatiques partagés par l’Afrique et l’Asie.
Vivre et travailler au Vietnam au cours de ces sept dernières années a été, au-delà de mes fonctions diplomatiques, une expérience profondément enrichissante, à la fois sur le plan humain, culturel et personnel.
Ce qui m’a le plus marqué chez le peuple Vietnamien, c’est son sens de l’accueil, sa générosité discrète, son respect des autres, son attachement à la famille, à la communauté et à la mémoire.
Ce sont des valeurs fortes, dans lesquelles le peuple Marocain se reconnait profondément.
J’ai également été impressionné par la capacité du peuple vietnamien à conjuguer respect des traditions et ouverture vers l’avenir.
Dans la vie quotidienne, on ressent à la fois une grande fierté pour l’histoire nationale, un profond attachement aux racines culturelles et une volonté remarquable de construire, d’innover et de progresser.
Cette combinaison donne au Vietnam une identité très forte et une énergie particulière.
J’ai eu la chance de visiter plusieurs régions vietnamiennes et d’y découvrir des paysages, des traditions et des monuments historiques et culturels profondément impressionnants.
Toutefois, en tant que Marocain et représentant de mon pays, la Porte du Maroc à Ba Vi, en banlieue de la capitale Hanoï, occupe naturellement une place particulière dans mon cœur.
Ce n’est pas seulement un monument ; c’est un symbole vivant de l’amitié entre le Maroc et le Vietnam.
Elle rappelle l’histoire de Marocains qui, à l’époque de la guerre d’Indochine, ont vécu à Ba Vi aux côtés du peuple vietnamien, y ont fondé des familles et ont laissé une mémoire humaine encore présente aujourd’hui.
Ce lieu m’a particulièrement marqué parce qu’il montre que les relations entre le Maroc et le Vietnam ne reposent pas uniquement sur les canaux diplomatiques ou institutionnels.
Elles s’enracinent aussi dans des liens humains profonds, dans une mémoire partagée et dans une histoire de solidarité.
La Porte du Maroc incarne ainsi le respect, la reconnaissance mutuelle et la proximité réelle entre nos deux peuples.
Pour moi, ce souvenir exprime parfaitement l’esprit vietnamien : la fidélité à la mémoire, le sens de l’accueil et la capacité à transformer une page complexe de l’histoire en passerelle d’amitié pour l’avenir.
C’est aussi une belle illustration de ce que la diplomatie peut avoir de plus noble : rapprocher les peuples, préserver la mémoire commune et construire, à partir d’elle, une relation tournée vers l’avenir.
Merci, Monsieur l'Ambassadeur, pour cet entretien.