Quitter un mariage marqué par la violence n’a jamais été une décision facile, surtout pour les femmes qui portent encore la responsabilité de leurs enfants et l’inquiétude d’un avenir incertain. Pour Mme M (nom modifié), le fait de trouver refuge à la « Maison de la Paix » n’a pas seulement permis d’échapper à un danger immédiat, mais a aussi marqué un tournant, celui de recommencer et de retrouver peu à peu la sérénité érodée au fil des années.
Derrière des foyers en apparence paisibles, les violences familiales restent une question sociale qui nécessite une attention continue. Toutes les victimes ne peuvent pas prendre la parole, et même lorsqu’elles le souhaitent, elles ne savent pas toujours vers qui se tourner pour être protégées et accompagnées. L’histoire de Mme M n’est donc pas seulement un cas individuel, mais le reflet d’une réalité toujours présente.
Le mariage de Mme M ne s’est pas brisé dès le départ. Les fissures sont apparues à partir de conflits qui semblaient, au début, supportables et surmontables. Son ex-mari était absorbé par les jeux vidéo, accumulant des dettes qui se sont prolongées d’année en année. À plusieurs reprises, il a promis de changer, sans que ces promesses se traduisent par de véritables évolutions.
Dans ce contexte, elle a choisi de rester. Non pas parce que la situation était acceptable, mais parce qu’elle croyait encore qu’au nom de la famille et des enfants, les choses finiraient par s’améliorer. Avec le temps, cette patience s’est transformée en une forme d’endurance devenue presque habituelle.
J’ai donné de nombreuses chances, espérant toujours qu’il changerait
Cependant, lorsque les attentes ne sont pas comblées, la pression commence à s’accumuler. Il ne s’agissait pas seulement du poids économique, mais aussi de blessures psychologiques de plus en plus visibles. Les insultes et les humiliations sont devenues plus fréquentes, la plongeant progressivement dans un état d’épuisement durable.
Il y a eu des moments où je n’étais plus assez lucide pour prendre les bonnes décisions. J’ai fini par me perdre sans m’en rendre compte
Ce qui la faisait le plus souffrir n’était pas ce qu’elle endurait elle-même, mais les conséquences sur ses enfants. Dans un environnement psychologiquement insécurisant, ces blessures ne se limitent pas au présent.
Le plus douloureux, c’est de voir mes enfants être blessés par les paroles et les actes de leur propre père
Cependant, ces interventions restent encore insuffisantes pour apporter des solutions durables dans chaque situation.
Il ne faut pas croire qu’il n’y a pas eu de tentatives d’intervention extérieure. La famille paternelle est intervenue à plusieurs reprises, et la police est également intervenue à certains moments. Cependant, ces mesures sont restées ponctuelles et n’ont pas permis de résoudre les problèmes de fond au sein du foyer.
Il y a eu des moments où l’on pensait que tout allait changer, mais tout est vite revenu comme avant
Pendant ce temps, la personne directement concernée est aussi celle qui subit les effets les plus durables. La pression prolongée l’a plongée dans un état de tension constante, parfois même d’effondrement sans qu’elle en ait pleinement conscience.
Il y a eu des périodes où je me sentais totalement perdue, sans savoir quoi faire ni par où commencer
Malgré cela, dans les moments les plus difficiles, elle a conservé un point d’appui : ses enfants et sa famille.
Chaque fois que je pense à ma mère et à mes enfants, je fais l’effort de me ressaisir
Décider de partir
et franchir la porte de la sécurité
La décision de quitter le mariage ne s’est pas imposée en un instant, mais a été le résultat d’un long processus d’accumulation. Lorsque les limites de ce qu’elle pouvait supporter ont été dépassées, elle a commencé à chercher de l’aide.
Grâce à l’introduction d’une connaissance, elle a découvert la « Maison de la Paix », un lieu d’accueil temporaire pour les femmes et les enfants victimes de violences, où la condition essentielle est d’assurer la sécurité.
Le lendemain matin, mes enfants et moi y sommes allés immédiatement
La première impression en arrivant n’a pas été liée à l’espace, mais au sentiment d’être protégée et écoutée.
Nous avons été conseillés, aidés et protégés
L’un des moments dont elle se souvient le plus clairement est la première nuit passée sur place.
Cette nuit-là, pour la première fois depuis plusieurs jours, mes enfants et moi avons dormi profondément.
Ce sommeil, pour elle, n’était pas seulement du repos, mais aussi le signe d’un sentiment de sécurité, quelque chose qu’elle ne ressentait plus, même dans sa propre maison auparavant.
Avant, c’était justement ma maison qui me faisait peur
Pendant son séjour à la Maison de la Paix, elle et ses enfants ont bénéficié de différentes formes de soutien, allant de l’accompagnement psychologique et juridique aux soins médicaux et à un hébergement sécurisé. Chaque forme d’aide a joué un rôle important dans le processus de rétablissement.
L’espaces d’accueil et de soutien pour les femmes est conçu pour être sûr, sécurisé et respectueux de leur vie privée. Photo : Centre de soutien aux femmes et au développement (CWD) – Maison de la Paix.
L’espaces d’accueil et de soutien pour les femmes est conçu pour être sûr, sécurisé et respectueux de leur vie privée. Photo : Centre de soutien aux femmes et au développement (CWD) – Maison de la Paix.
Le Centre d’assistance sociale – Maison de la Paix, anciennement rattaché à l’Union des femmes du Vietnam au niveau central, relève désormais du Bureau du Comité central du Front de la Patrie du Vietnam. Il offre un hébergement temporaire sûr, confidentiel et gratuit aux femmes et aux enfants concernés par des situations de violence basée sur le genre.
Au-delà d’un lieu d’assistance concret, des modèles comme celui de la Maison de la Paix s’inscrivent également dans un ensemble de politiques de plus en plus élaborées en matière de prévention et de lutte contre les violences domestiques et les violences fondées sur le genre au Vietnam.
Ces dernières années, le cadre politique s’est progressivement renforcé, mettant l’accent sur la protection des victimes et le développement de services d’accompagnement concrets. L’approche centrée sur les victimes est de plus en plus mise en avant, afin de garantir aux femmes et aux enfants un accompagnement rapide, sûr et adapté à leurs besoins réels. La Loi révisée sur la prévention et la lutte contre la violence domestique, ainsi que les programmes nationaux, ne visent plus seulement à intervenir après les faits, mais aussi à construire un système de soutien sûr et réactif, permettant aux victimes de se reconstruire et de se réinsérer.
Dans ce contexte, des structures comme la Maison de la Paix jouent un rôle de relais entre les politiques publiques et la réalité du terrain. De l’aide d’urgence à l’accompagnement psychologique, juridique, en passant par la formation professionnelle et l’appui à la création de moyens de subsistance, ces interventions permettent à de nombreuses femmes non seulement d’échapper à la violence, mais aussi de reconstruire leur vie de manière plus autonome et durable.
Des activités de soutien et le soutien psychologique aident les femmes à stabiliser progressivement leur état mental et à retrouver un sentiment de sécurité. Photo : Centre de soutien aux femmes et au développement (CWD) – Maison de la Paix.
Des activités de soutien et le soutien psychologique aident les femmes à stabiliser progressivement leur état mental et à retrouver un sentiment de sécurité. Photo : Centre de soutien aux femmes et au développement (CWD) – Maison de la Paix.
Pour moi, toutes les aides ont du sens, car chacune est nécessaire
L’accompagnement par l’équipe et les conseillers a également été un facteur clé pour l’aider à retrouver progressivement un équilibre psychologique. « Ils sont toujours présents, prêts à nous soutenir dès que mes enfants ou moi en avons besoin », partage-t-elle.
Au-delà de la période d’accueil temporaire, elle a également eu l’opportunité de suivre des formations professionnelles afin de préparer une vie autonome par la suite. Ces préparatifs lui ont donné davantage de confiance pour retourner à la vie extérieure.
À mesure que les pressions s’atténuaient, elle a commencé à prendre conscience de ce qu’elle avait encore.
J’ai réalisé qu’il me restait ma mère et mes enfants, les personnes les plus importantes
Cette prise de conscience a changé son regard sur le mariage passé.
Quitter ce mariage a été, pour moi, une bénédiction
Après avoir quitté la Maison de la Paix, elle entame un retour progressif à la vie quotidienne, confrontée à de nombreux défis, notamment sur le plan économique et dans la recherche de stabilité pour ses enfants.
Heureusement, elle a pu rester dans son ancien logement, ce qui a permis à ses enfants de ne pas être trop perturbés dans leur vie quotidienne et leur scolarité. Parallèlement, elle a poursuivi son travail dans le domaine du massage et des soins de beauté, une activité qu’elle exerce depuis plus de dix ans.
Mes revenus n’ont pas beaucoup changé, mais je suis devenue plus autonome dans ma vie
Cette autonomie se manifeste par des changements modestes, mais significatifs, de la gestion des finances personnelles au soin de soi.
Je peux consacrer une partie de mes revenus à prendre soin de moi, faire des choses auxquelles je ne pensais pas auparavant
Cependant, les premiers temps d’indépendance n’ont pas été faciles. Des sentiments d’infériorité et de doute subsistaient.
Il y a eu des moments où je ne savais pas d’où je tirais la force de continuer
Mais grâce à sa persévérance, elle a progressivement surmonté ces difficultés.
Avec le recul, je comprends que j’ai fait de mon mieux
En repensant à son parcours, ce dont elle est la plus fière n’est pas d’avoir échappé à la violence, mais la manière dont elle a vécu durant ces années.
Pendant 11 ans de vie commune, je n’ai rien fait de mal, je n’ai jamais trahi
Préserver sa bienveillance et sa dignité dans un contexte aussi douloureux n’est pas chose aisée, et c’est précisément ce qu’elle chérit le plus en elle-même.
Après tout ce qu’elle a traversé, elle comprend profondément ce que ressentent les femmes vivant dans la violence.
Moi aussi, auparavant, je voulais partir, mais je ne savais pas où aller
Aujourd’hui, ayant découvert la Maison de la Paix (Maison de Binh Yen), elle est prête à partager cette information avec celles qui en ont besoin.
Je veux qu’elles sachent qu’il existe toujours un lieu sûr vers lequel se tourner
Selon elle, le plus important pour que les femmes puissent se protéger est un changement de perception.
Les femmes doivent apprendre à s’aimer et à se respecter elles-mêmes avant tout
Ce n’est qu’à cette condition qu’elles peuvent trouver la force de prendre des décisions essentielles.
La communication communautaire contribue à sensibiliser, à encourager les femmes à prendre la parole, à mettre fin à la violence domestique et promouvoir l'égalité des sexes. Photo : UNFPA.
La communication communautaire contribue à sensibiliser, à encourager les femmes à prendre la parole, à mettre fin à la violence domestique et promouvoir l'égalité des sexes. Photo : UNFPA.
Des programmes de formation professionnelle, tels que la pâtisserie, le tricot et la coiffure, aident progressivement les personnes hébergées à la Maison de la Paix à tendre vers l’autonomie économique. Photo : Centre de soutien aux femmes et au développement (CWD) – Maison de la Paix.
Des programmes de formation professionnelle, tels que la pâtisserie, le tricot et la coiffure, aident progressivement les personnes hébergées à la Maison de la Paix à tendre vers l’autonomie économique. Photo : Centre de soutien aux femmes et au développement (CWD) – Maison de la Paix.
La vice-présidente de l’Union des femmes vietnamiennes, Nguyen Thi Minh Huong, et la représentante en chef d’ONU Femmes, Caroline Nyamayemombe, ont participé à un événement de communication à l’occasion du Mois d’action pour l’égalité des genres et la prévention de la violence à l’égard des femmes et des filles, invitant la communauté à prendre la parole et à soutenir les victimes. Photo : Union des femmes vietnamiennes.
La vice-présidente de l’Union des femmes vietnamiennes, Nguyen Thi Minh Huong, et la représentante en chef d’ONU Femmes, Caroline Nyamayemombe, ont participé à un événement de communication à l’occasion du Mois d’action pour l’égalité des genres et la prévention de la violence à l’égard des femmes et des filles, invitant la communauté à prendre la parole et à soutenir les victimes. Photo : Union des femmes vietnamiennes.
Un regard rétrospectif : Plus d’un an après son divorce, sa vie s’est progressivement stabilisée. Elle apprend à ralentir, à prendre davantage soin d’elle-même et à se concentrer sur les valeurs positives de l’avenir.
Lorsqu’on lui demande quel message elle adresserait à son passé, elle répond avec franchise :
L’histoire de Mme M n’est pas un cas isolé, mais le reflet d’une réalité toujours présente dans la société. Toutefois, elle montre également que, grâce à un accompagnement approprié et en temps opportun, les femmes peuvent pleinement s’affranchir de la violence et reconstruire progressivement une vie plus sûre et durable.
Publication : le 2 avril 2026
Organisation : Van Anh
Réalisation : Équipe du Journal Nhân Dân en ligne
Contenu & photos : Minh Hanh, UNFPA, Union des femmes vietnamiennes & Centre de soutien aux femmes et au développement – Maison de la Paix
Dessin : Phan Anh
