Ce n’est pas toujours l’auteur des violences qui fait peur aux femmes.
Il y a des femmes qui, lorsqu’elles cherchent du soutien, ont peur… de ne pas être protégées.

Dans le parcours de sortie de la violence, si partir constitue la première étape, alors le fait de disposer d’un système suffisamment solide pour leur permettre de tenir bon est ce qui devient véritablement déterminant.

« Elle m’a serrée très fort dans ses bras, en larmes, répétant sans cesse des mots de remerciement lorsque ses droits ont été protégés devant le tribunal. À ce moment-là, j’ai ressenti de manière très claire la valeur de l’accompagnement », se souvient Mme Nguyen Hien Minh, conseillère sociale.

Ce moment ne constitue pas seulement un souvenir professionnel. Il reflète une réalité peu visible : derrière chaque décision de sortir de la violence, il existe tout un réseau de personnes qui accomplissent un travail silencieux, des personnes qui n’apparaissent pas dans l’histoire, mais qui jouent un rôle décisif pour que cette histoire puisse continuer. 

Mme Nguyen Hien Minh, conseillère sociale, a travaillé auparavant à la Maison de la Paix (Ngôi nhà Bình Yên) et est aujourd’hui formatrice à l’École de formation et de perfectionnement des cadres sociaux de l’Union des agriculteurs du Vietnam. Dans son travail, elle conserve toujours le principe d’un « cœur chaleureux et d’un esprit lucide » : faire preuve d’empathie, mais rester suffisamment lucide pour proposer des solutions adaptées. 

Le travail d’une conseillère ne s’arrête pas à l’écoute. Il s’agit d’une chaîne d’accompagnement continue : évaluation des risques, intervention d’urgence, mise en relation avec les autorités compétentes, accompagnement sur le long terme afin que la victime puisse se reconstruire à la fois sur le plan psychologique et sur celui des moyens de subsistance.

L’ensemble de ce processus est mis en œuvre selon le principe du centrage sur la victime, en garantissant la sécurité, la confidentialité et le respect du droit de décision de la personne accompagnée.

Cependant, selon Mme Hien Minh, le plus grand obstacle n’est pas toujours le manque de services.

Il y a des femmes qui subissent la violence pendant de nombreuses années ; lorsqu’elles viennent nous voir, elles ont presque perdu toute confiance dans la vie.
confie-t-elle

Dans de nombreux cas, ce qui les fait hésiter ne vient pas du fait qu’il n’existe pas d’endroit où aller, mais du fait qu’elles ne croient plus qu’elles méritent d’être protégées.

Sortir de la violence est un processus qui a besoin d’être soutenu, accompagné, renforcé.

À partir de l’expérience de terrain, une chose devient de plus en plus claire : faire sortir une personne d’un environnement violent n’a jamais constitué un point final.

Pour de nombreuses femmes, il ne s’agit que du point de départ d’un parcours plus long, plus complexe, plus exigeant.

Après leur départ, elles doivent faire face à une série de défis : stabiliser leur état psychologique, résoudre des procédures juridiques, assurer leurs moyens de subsistance, s’occuper de leurs enfants, et surtout apprendre à prendre des décisions pour leur propre vie.

Des modèles comme la Maison de la Paix (Ngôi nhà Bình Yên) ou la Maison de l’Aurore (Nhà Ánh Dương) ont été conçus précisément pour répondre à cette chaîne de besoins. 

Ils ne sont pas seulement des lieux d’hébergement temporaire, mais des structures qui fournissent un soutien psychologique, juridique et économique dans une continuité, créant ainsi des changements réels et concrets.

« Sortir de la violence n’est pas une décision ponctuelle, mais un processus qui a besoin d’être soutenu ».

Selon Mme Hien Minh, l’autonomisation des femmes doit être envisagée comme un processus à long terme.

Au-delà de la protection d’urgence, les femmes doivent être dotées de connaissances juridiques, de compétences de vie et de capacités d’auto-protection afin de pouvoir prendre des décisions appropriées.

En particulier, le facteur économique joue un rôle déterminant.

Ce n’est que lorsqu’elles disposent d’un revenu stable que les femmes peuvent réellement sortir du cercle de la violence. 
affirme-t-elle

Cela explique pourquoi les programmes de formation professionnelle, de mise en relation avec l’emploi ou de soutien aux moyens de subsistance deviennent de plus en plus des éléments indispensables du système d’accompagnement.

Sortir de la violence ne consiste pas seulement à partir, mais à reprendre progressivement le pouvoir de décider de sa propre vie.

Les dispositifs d’hébergement temporaire restent un premier point d’appui, permettant aux femmes de retrouver une stabilité psychologique après les violences subies. Photo : UNFPA.

Les dispositifs d’hébergement temporaire restent un premier point d’appui, permettant aux femmes de retrouver une stabilité psychologique après les violences subies. Photo : UNFPA.

Examen médical.

Examen médical.

Les activités collectives contribuent à transformer les pensées négatives, tout en renforçant la confiance en soi et la capacité d’agir. Photo : Centre des femmes et du développement (CWD) – Maison de la Paix.

Les activités collectives contribuent à transformer les pensées négatives, tout en renforçant la confiance en soi et la capacité d’agir. Photo : Centre des femmes et du développement (CWD) – Maison de la Paix.

Du service au bar, des soins de santé au travail à la boulangerie, les programmes de formation professionnelle aident les femmes à se construire progressivement des moyens de subsistance et à évoluer vers une vie indépendante et durable.

Du service au bar, des soins de santé au travail à la boulangerie, les programmes de formation professionnelle aident les femmes à se construire progressivement des moyens de subsistance et à évoluer vers une vie indépendante et durable.

Des compétences de vie à la formation professionnelle, le soutien à long terme aide les femmes à développer leur autonomie et leur indépendance économique.

Des compétences de vie à la formation professionnelle, le soutien à long terme aide les femmes à développer leur autonomie et leur indépendance économique.

Les spécialistes enseigne aux résidents temporaires les techniques de base du crochet, contribuant ainsi au développement de leurs compétences et à leurs possibilités de subsistance.

Les spécialistes enseigne aux résidents temporaires les techniques de base du crochet, contribuant ainsi au développement de leurs compétences et à leurs possibilités de subsistance.

Les points d’appui eux-mêmes sont sous pression

Peu de personnes voient que, derrière les cas de réussite, se cache une pression considérable pesant sur les acteurs de première ligne eux-mêmes.

Pendant la pandémie de COVID-19, lorsque de nombreuses femmes se sont retrouvées piégées dans des environnements violents, les besoins d’accompagnement ont augmenté de manière brutale, tandis que les modalités d’intervention se sont déplacées vers le distanciel.

La pression du travail, l’intensité du traitement des cas urgents et le manque de temps de repos ont plongé de nombreux professionnels dans un état de tension prolongée.

La pression du travail et le manque de sommeil m’ont plongée dans un état de stress prolongé. 
confie Mme Le Thi Ngoc Bich, conseillère à la Maison de la Paix

Cette réalité met en lumière un aspect rarement évoqué : les personnes qui accompagnent les victimes peuvent elles-mêmes subir des traumatismes secondaires.

Elles sont exposées en permanence à des récits de violence, à des états psychologiques extrêmes, à des situations d’urgence, alors même que les ressources de soutien restent limitées.

Si elles ne sont pas accompagnées correctement, elles peuvent à leur tour devenir des personnes épuisées. 

Face à cette réalité, des programmes de formation sur la prise en charge post-traumatique, le soin de soi et le renforcement des capacités ont été déployés, permettant aux équipes de reconnaître la pression professionnelle et de maintenir leur capacité d’accompagnement sur le long terme.

La prise en charge de la santé mentale des acteurs de première ligne n’est plus une option. C’est une condition nécessaire pour que le système puisse fonctionner de manière durable.

Le système en fonctionnement

Malgré de nombreux progrès, le système de soutien aux femmes victimes de violence au Vietnam fait encore face à de nombreux défis.

Selon les professionnels de terrain, les principales difficultés se situent à trois niveaux : les ressources humaines, la couverture territoriale et les ressources financières.

Les équipes travaillant sur l’égalité des sexes restent insuffisantes, souvent en situation de cumul de fonctions, alors que ce travail exige une expertise élevée et implique une forte pression psychologique.

Les conditions de rémunération ne sont pas toujours à la hauteur, ce qui rend difficile l’attraction et la fidélisation des ressources humaines.

Dans de nombreuses localités, en particulier dans les zones reculées, les services d’accompagnement restent difficiles d’accès.

Même si les lignes d’assistance fonctionnent 24 heures sur 24 à l’échelle nationale, les centres d’hébergement sécurisés ne sont pas encore répartis de manière homogène.

La distance géographique devient alors un obstacle réel pour celles qui ont besoin d’aide.

Par ailleurs, le maintien des services essentiels, hébergement sécurisé, accompagnement psychologique, assistance juridique, soutien aux moyens de subsistance, nécessite des coûts importants.

Or, les financements restent principalement dépendants de budgets à court terme ou de projets spécifiques, ce qui rend difficile toute planification à long terme.

Ces défis montrent que le système n’est pas encore suffisamment proche, suffisamment étendu ni suffisamment durable pour couvrir l’ensemble des personnes qui ont besoin d’être protégées.

Quand le point d’appui devient déterminant

À partir de l’expérience de terrain, les experts estiment que, pour améliorer l’efficacité de la protection des femmes et des enfants, il est nécessaire de continuer à renforcer les mécanismes de coordination intersectorielle, du niveau central jusqu’au niveau local.

Il est essentiel de définir clairement le rôle et la responsabilité de chaque institution dans l’ensemble du processus d’accompagnement, depuis la réception des informations jusqu’à l’intervention d’urgence, puis au suivi après l’accompagnement.

Parallèlement, il est nécessaire d’investir davantage dans les équipes de terrain et les travailleurs sociaux, non seulement en matière de compétences techniques, mais aussi en matière de conseil et de soutien psychologique.

La mobilisation des ressources sociales joue également un rôle important, en favorisant la participation des entreprises, des centres de formation professionnelle, des établissements de santé et des organisations sociales dans la chaîne d’accompagnement.

L’utilisation des technologies permet d’élargir l’accès, notamment pour les femmes vivant dans des zones difficiles.

Cependant, le facteur décisif reste la perception sociale.

Tant que les stéréotypes de genre persistent, tant que la violence est encore considérée comme une « affaire privée », tant que les victimes continuent d’être jugées, l’accès aux services restera limité, quel que soit le niveau de perfection du système.

« Dans cette chaîne d’accompagnement, les médias ne se contentent pas de refléter la réalité, ils peuvent également devenir le premier point d’accès pour les victimes ».

Selon Mme Hoang Thu Trang, responsable de la communication à la Maison de la Paix, la communication ne se limite pas à sensibiliser, elle permet également aux victimes de comprendre leurs droits et de savoir comment accéder aux services.

Lorsqu’un article fournit des informations sur les lignes d’urgence, les adresses de soutien ou explique clairement les dispositions juridiques, il peut devenir une « première porte » pour une personne en quête de sortie.

Parfois, quelques lignes d’information en fin d’article peuvent suffire à faire toute la différence.

Sortir de la violence ne peut pas reposer uniquement sur les épaules d’une seule femme.

La protection des informations concernant les victimes, la prévention des traumatismes secondaires et la focalisation sur la nature des actes de violence constituent des principes fondamentaux du traitement médiatique.

Les médias peuvent également jouer un rôle de surveillance, en dénonçant les situations qui ne sont pas traitées à temps ou de manière adéquate, contribuant ainsi à renforcer la responsabilité des institutions concernées.

Ces actions contribuent à la construction d’un réseau d’accompagnement élargi, dans lequel l’information ne sert pas seulement à savoir, mais à agir.

Les professionnelles comme Mme Hien Minh, ou les jeunes travailleuses sociales comme Nguyen Khanh Linh, actuellement en poste à la Maison de la Paix, partagent un même choix : ne pas se placer au centre, mais devenir un point d’appui.

Je pensais autrefois que je serais une héroïne. Mais j’ai compris que le plus important était de devenir un point d’appui.
confie Khanh Linh

Ce sont précisément ces points d’appui silencieux qui contribuent à produire des changements réels.

Et lorsque des points d’appui suffisamment solides sont construits, le cycle de la violence cesse d’être impossible à briser.

Quand le système reste encore éloigné de celles qui en ont besoin

À partir de l’expérience de terrain, un constat apparaît progressivement : tout le monde n’a pas la capacité d’accéder au système, même lorsque celui-ci existe déjà. 

Les obstacles ne se situent pas seulement dans le manque de services, mais aussi dans la distance, distance géographique, distance d’information et distance psychologique.

Pour les femmes vivant dans des zones reculées, l’accès aux structures d’accompagnement n’est pas facile.

La distance géographique ralentit la recherche d’aide, tandis que la violence, elle, se produit dans la vie quotidienne.

Même lorsque les lignes d’assistance 24/7 sont mises en place, tout le monde n’en a pas connaissance ou n’a pas suffisamment confiance pour y recourir.

Dans de nombreux cas, le silence ne signifie pas un manque de besoin d’aide, mais un manque de confiance dans le fait que prendre la parole puisse changer la situation.

Cela montre que l’écart le plus important ne se situe pas seulement dans le système, mais dans la confiance.

Dès lors, une exigence s’impose : le système d’accompagnement ne peut pas fonctionner de manière fragmentée.

Depuis la réception des informations jusqu’à l’intervention d’urgence, puis au suivi à long terme, tout doit être relié dans un processus cohérent, avec une coordination claire entre les institutions.

Lorsqu’une femme cherche de l’aide, elle n’a pas seulement besoin d’une adresse, mais d’un parcours guidé.

Un système efficace n’est pas celui qui propose le plus de services, mais celui auquel les personnes peuvent accéder le plus rapidement, et auquel elles font suffisamment confiance pour ne pas retourner dans le cycle de la violence.

La violence ne blesse pas seulement une femme. Elle brise également sa confiance dans la possibilité d’être protégée.

Lorsqu’une femme choisit de partir, il ne s’agit pas seulement d’un acte individuel, mais d’un test pour l’ensemble du système.

Une politique peut être correcte sur le papier; un modèle peut être efficace dans la réalité.

Mais ce n’est que lorsque la femme peut sortir de la violence sans être contrainte d’y retourner, lorsqu’elle peut vivre en sécurité, de manière autonome et dans le respect, que l’égalité des sexes devient véritablement une réalité.

Publication : le 5 avril 2026
Organisation : Van Anh
Réalisation : Équipe du Journal Nhân Dân en ligne
Contenu & photos : Minh Hanh, UNFPA, Union des femmes vietnamiennes & Centre de soutien aux femmes et au développement – Maison de la Paix
Dessin : Phan Anh