L’écart entre les politiques publiques et la vie réelle ne se mesure pas en chiffres, mais dans le chemin qu’une femme doit parcourir pour échapper à la violence, et surtout dans le fait qu’elle ne doive pas s’arrêter en chemin.

« Au cours de mon parcours pour accomplir les démarches de divorce, j’ai rencontré de nombreux obstacles, dès les premières étapes administratives qui n’étaient pas réellement favorables. Lorsque je me suis rendue au tribunal, on m’a conseillé de reconsidérer ma décision ».

Ce n’est pas dans un endroit lointain, mais bien au sein même des institutions mises en place pour protéger, que le parcours d’une femme en quête de sécurité peut encore commencer par des obstacles très concrets, très ordinaires, très ancrés dans la vie quotidienne.

Des procédures administratives qui semblent, à première vue, neutres peuvent en réalité devenir le premier point de blocage.

Des conseils de « reconsidérer » ne proviennent pas toujours d’une mauvaise intention, mais ils peuvent, de manière involontaire, faire hésiter la personne concernée, ralentir sa décision, et prolonger le temps passé dans un environnement qui n’est pas sûr.

Pour de nombreuses femmes, sortir de la violence ne commence pas toujours par une protection, mais passe souvent par de premières épreuves.

Les données ci-dessous dressent un tableau d’ensemble de l’égalité entre les femmes et les hommes au Vietnam aujourd’hui.

Cette histoire n’est pas un cas isolé.

Elle reflète une réalité plus large : même si les politiques sont de plus en plus complètes, le chemin qui mène des règles écrites à la vie réelle n’a jamais été une ligne droite.

C’est un parcours fait de nombreux détours, de nombreuses étapes, où chaque arrêt peut devenir un obstacle.

Pour de nombreuses femmes, sortir de la violence ne commence pas toujours par une protection immédiate, mais passe souvent par une série d’épreuves, dès les premières étapes.

Infographie reflétant la situation de l’égalité des sexes au Vietnam, de la politique à la réalité, à travers des indicateurs relatifs à la violence basée sur le genre, au travail, aux revenus et aux opportunités de développement.

Infographie reflétant la situation de l’égalité des sexes au Vietnam, de la politique à la réalité, à travers des indicateurs relatifs à la violence basée sur le genre, au travail, aux revenus et aux opportunités de développement.

Des bases existent, mais elles ne suffisent pas encore à protéger pleinement

Selon Mme Caroline Nyamayemombe, représentante d’ONU Femmes au Vietnam, le Vietnam a accompli des progrès importants dans la promotion de l’égalité des sexes, non seulement dans l’adoption de lois, mais aussi dans l’intégration de cette question dans l’ensemble du processus d’élaboration des politiques publiques. 

Des textes comme la Loi sur l’égalité des sexes, la Stratégie nationale pour l’égalité des sexes pour la période 2021–2030, ainsi que la Loi révisée sur la prévention et la lutte contre la violence domestique ont permis de créer un cadre juridique relativement complet, posant des bases importantes pour la protection des droits des femmes et des filles.

Selon ONU Femmes, un point particulièrement notable est que l’égalité des sexes n’est plus considérée comme un domaine séparé, isolé, mais qu’elle est devenue un contenu transversal, intégré dans de nombreuses politiques de développement, qu’il s’agisse de politiques économiques, sociales ou de transformation numérique.

Parallèlement à cela, des campagnes de communication telles que le Mois d’action pour l’égalité des sexes ou la Campagne des 16 jours d’action pour mettre fin à la violence basée sur le genre ont contribué à transformer la perception sociale, à faire évoluer les mentalités, et à déplacer la question de la violence du domaine privé vers l’espace public. 

Au niveau des services, des modèles d’accompagnement intégrés, centrés sur les victimes, ont été mis en œuvre dans de nombreuses localités. 

Selon ONU Femmes, les modèles de « guichet unique » à Hanoï (au Nord), Quang Binh, Da Nang (au Centre) et Hô Chi Minh-Ville (au Sud) permettent de connecter les services médicaux, juridiques et psychologiques, réduisant ainsi la charge pesant sur les victimes, qui n’ont plus à se tourner elles-mêmes vers chaque institution séparément. 

Dans le même temps, selon M. Matt Jackson, représentant du FNUAP au Vietnam, des modèles comme les « Maisons de l’Aurore » (Ngôi nhà Ánh Dương) sont progressivement étendus, créant des espaces sûrs, où les femmes et les filles peuvent accéder à une aide de manière rapide, globale et respectueuse.

L’intégration de ces services dans un même système ne permet pas seulement de raccourcir les délais d’accès, mais contribue également à réduire le risque de retraumatisation dans le processus de recherche d’aide.

Ces efforts montrent qu’un système de soutien est en train d’être progressivement renforcé, étape par étape.

Cependant, comme le montre la réalité, le fait d’avoir des politiques ne signifie pas automatiquement que toutes les femmes sont effectivement protégées.

Des barrières invisibles qui façonnent les destins

Selon Mme Nguyen Thi Minh Huong, vice-présidente de l’Union des femmes vietnamiennes, après près de vingt ans de mise en œuvre de la Loi sur l’égalité des sexes, le Vietnam a obtenu de nombreux résultats positifs dans le perfectionnement des institutions et dans la mise en œuvre de programmes de soutien.

Mme Nguyen Thi Minh Huong, vice-présidente de l’Union des femmes vietnamiennes.

Mme Nguyen Thi Minh Huong, vice-présidente de l’Union des femmes vietnamiennes.

Des milliers de modèles au niveau communautaire ont été mis en place, contribuant à sensibiliser la population et à aider les femmes à accéder aux ressources nécessaires à leur développement.

Cependant, des barrières de nature sociale continuent d’exister, de manière persistante.

Il s’agit de préjugés et de normes de genre profondément enracinés dans la vie quotidienne, qui influencent la manière dont sont perçus les rôles des femmes et des hommes au sein de la famille comme dans la société.

Dans certaines zones rurales et montagneuses, l’idée selon laquelle « les filles n’ont pas besoin de faire de longues études » est encore présente.

Dans des conditions économiques limitées, le fait de privilégier les garçons conduit de nombreuses filles à abandonner l’école très tôt ou à assumer des responsabilités familiales. 

Selon Mme Isabelle Muller, fondatrice de la fondation LOAN, ces normes sociales ne limitent pas seulement les opportunités individuelles, mais elles contribuent également à reproduire les inégalités sur plusieurs générations.

Des choix qui semblent être des décisions personnelles sont en réalité fortement influencés par l’environnement social, par les attentes de la famille et de la communauté.

Les préjugés de genre ne concernent pas seulement l’éducation, ils influencent aussi le choix des métiers, les possibilités d’avancement et le niveau de participation aux postes de direction.

L’inégalité ne commence pas dans la loi, mais dans ce qui est considéré comme normal.

Les modèles de services intégrés selon le mécanisme du « guichet unique » permettent de relier les services de santé, juridiques et de soutien psychologique, réduisant ainsi la charge des personnes victimes de violence dans leur recherche d’aide.

Les modèles de services intégrés selon le mécanisme du « guichet unique » permettent de relier les services de santé, juridiques et de soutien psychologique, réduisant ainsi la charge des personnes victimes de violence dans leur recherche d’aide.

Les modèles de services intégrés selon le mécanisme du « guichet unique » permettent de relier les services de santé, juridiques et de soutien psychologique, réduisant ainsi la charge des personnes victimes de violence dans leur recherche d’aide.

Les modèles de services intégrés selon le mécanisme du « guichet unique » permettent de relier les services de santé, juridiques et de soutien psychologique, réduisant ainsi la charge des personnes victimes de violence dans leur recherche d’aide.

Les délégués et experts visitent un modèle de guichet unique à l'hôpital Hung Vuong à Hô Chi Minh-Ville.

Les délégués et experts visitent un modèle de guichet unique à l'hôpital Hung Vuong à Hô Chi Minh-Ville.

Les femmes et les enfants doivent être protégés et leur sécurité assurée dans le cyberespace.

Les femmes et les enfants doivent être protégés et leur sécurité assurée dans le cyberespace.

Des experts discutent de la tendance à la violence basée sur le genre dans l’environnement numérique, où les formes de harcèlement et d’atteinte en ligne augmentent, posant de nouvelles exigences au système de protection.

Des experts discutent de la tendance à la violence basée sur le genre dans l’environnement numérique, où les formes de harcèlement et d’atteinte en ligne augmentent, posant de nouvelles exigences au système de protection.

Quand l’inégalité se transforme en de nouvelles formes

L’espace de l’inégalité ne cesse de s’élargir, non seulement dans la vie familiale, mais aussi sur le marché du travail et dans l’environnement numérique.

Selon Mme Nguyen Thi Minh Huong, l’écart de revenus entre hommes et femmes reste clairement visible.

Le revenu moyen des travailleurs masculins atteint environ 9,5 millions de dôngs par mois, tandis que celui des femmes n’est que d’environ 7,2 millions de dôngs par mois.

Les femmes doivent également consacrer 1,8 fois plus de temps que les hommes aux travaux de soins non rémunérés, ce qui réduit de manière significative leurs opportunités d’apprentissage, de développement professionnel et de participation au marché du travail.

Dans le domaine des sciences et des technologies, les femmes ne représentent qu’environ 37 % de la main-d’œuvre, ce qui montre que les obstacles persistent depuis l’éducation jusqu’aux opportunités professionnelles.

D’un point de vue international, M. Matt Jackson souligne que les femmes au Vietnam assument plus de 70 % du volume de travail de soins non rémunéré.

Ce fardeau n’affecte pas seulement les revenus, mais a également un impact direct sur leur position sociale et leur autonomie. 

Par ailleurs, la violence basée sur le genre reste une réalité préoccupante.

Les résultats de l’Enquête nationale de 2019 montrent que 62,9 % des femmes ont subi au moins une forme de violence au cours de leur vie ; la moitié des femmes ayant subi des violences sexuelles et/ou physiques au cours des 12 derniers mois n’en ont parlé à personne, et 90,4 % n’ont sollicité aucune forme de soutien.

Selon M. Matt Jackson, ces chiffres montrent qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème de violence, mais aussi d’un problème de confiance et de capacité d’accès aux services.

Dans le contexte de la transformation numérique, la violence s’étend également à l’espace en ligne. 

Selon le FNUAP, la violence en ligne ne remplace pas la violence traditionnelle, mais elle l’étend, en lui donnant une nouvelle dimension, plus durable, plus répétitive et plus difficile à identifier. 

Dans le même temps, selon ONU Femmes, de nombreuses femmes et filles manquent encore de compétences numériques, alors même que les mécanismes de protection n’ont pas encore rattrapé le rythme de développement des technologies. 

Ces évolutions montrent clairement une réalité : l’inégalité ne disparaît pas, elle se transforme, elle se déplace, et elle devient de plus en plus subtile.

L’écart ne se situe pas dans la loi, mais dans l’accès réel

Selon Mme Nguyen Thi Minh Huong, l’écart entre les politiques et la réalité continue d’exister, en particulier au niveau local.

Bien que le système juridique soit de plus en plus complet, sa mise en œuvre rencontre encore de nombreuses difficultés liées aux ressources limitées, aux capacités du personnel et au manque de coordination entre les secteurs.

Dans de nombreuses localités, les femmes rencontrent encore des difficultés pour accéder aux services de soutien, qu’il s’agisse de conseils juridiques ou d’accompagnement psychologique. 

Les groupes vulnérables tels que les femmes issues de minorités ethniques, les femmes en situation de handicap et les personnes LGBTIQ continuent de faire face à de nombreux obstacles dans l’accès à la justice. 

Selon ONU Femmes, l’extension des services intégrés, le renforcement des capacités des équipes de terrain et la garantie de ressources financières durables sont des conditions essentielles pour assurer le fonctionnement efficace du système.

Dans de nombreux cas, la violence est encore considérée comme normale, comme quelque chose d’acceptable.

Tous les couples ne se disputent-ils pas ?

Cette phrase ne reflète pas seulement une perception, elle révèle aussi une barrière plus profonde que les structures elles-mêmes : une barrière de croyance, de mentalité.

Du récit individuel à une problématique systémique

Une jeune fille, victime de traite alors qu’elle était encore enfant, a dû faire face, à son retour, à la fois aux préjugés et aux traumatismes.

Mais grâce au soutien de la « Maison de la Paix » (Ngôi nhà Bình Yên), elle a progressivement retrouvé sa valeur personnelle, elle a appris à prendre des décisions pour sa propre vie, et elle a commencé à construire un avenir stable.

Cette histoire montre que lorsque le système de soutien fonctionne de manière efficace, il ne se contente pas de résoudre un problème immédiat : il peut transformer une vie entière.

L’égalité des sexes : non seulement un objectif social, mais aussi un objectif économique

Selon Mme Michelle O’Byrne, Ambassadrice mondiale de l’Australie pour l’égalité des sexes, le Vietnam a obtenu des progrès significatifs, avec un taux de participation des femmes à la population active dépassant 62 % et une proportion d’environ 30 % de femmes au Parlement.

Cependant, elle estime que les défis auxquels le Vietnam est confronté sont similaires à ceux observés en Australie : les femmes restent concentrées dans des emplois faiblement rémunérés, peu stables, et elles sont encore peu représentées dans les postes de direction de haut niveau.

L’écart salarial entre hommes et femmes continue d’exister, tandis que les normes sociales maintiennent le poids du travail de soins non rémunéré sur les femmes. 

L’Ambassadrice souligne que l’égalité des sexes n’est pas seulement un objectif social, mais également un objectif économique, car l’autonomisation des femmes a un impact direct sur la croissance économique et sur le développement durable.

L’égalité des sexes : non seulement un objectif social, mais aussi un objectif économique

Les politiques peuvent aller en avant, elles peuvent précéder.

Mais le changement social ne peut pas se produire si ces politiques n’atteignent pas concrètement chaque individu.

L’écart ne réside pas dans le nombre de textes,

il réside dans la capacité réelle d’une femme à vivre en sécurité, à être protégée, et à décider de sa propre vie.

L’égalité des sexes ne se mesure pas au nombre de politiques, mais à la capacité d’une femme à vivre en sécurité et à décider de sa propre vie.

Publication : mars 2026
Organisation : Van Anh
Réalisation : Équipe du Journal Nhân Dân en ligne
Contenu & photos : Minh Hanh, UNFPA, Union des femmes vietnamiennes & Centre de soutien aux femmes et au développement – Maison de la Paix
Dessin : Phan Anh