Dans le cadre de la « Campagne des 500 jours et nuits » visant à accélérer la recherche, le rapatriement et l’identification des restes des martyrs, parallèlement à la mobilisation du rôle des témoins, des anciens combattants et de la population, la Région militaire 4 applique progressivement des technologies modernes afin d’améliorer l’efficacité de ces opérations.
« Lire » les informations enfouies sous terre
Ces derniers temps, dans plusieurs zones de Quang Tri, au Centre du Vietnam, et de la ville de Hue où pourraient se trouver des sépultures de martyrs, les équipes opérationnelles ont déployé dans l’urgence des radars à pénétration de sol afin d’effectuer des relevés sur le terrain.
Dans les zones suspectées, les équipes chargées des recherches, en coordination avec les techniciens, utilisent des géoradars et procèdent progressivement au balayage et à l’analyse des données afin d’identifier les endroits présentant des anomalies sous la surface du sol.
Chaque balayage est réalisé avec minutie, conformément aux coordonnées déterminées à partir des archives, des cartes des opérations militaires et des témoignages recueillis.
Sur l’écran d’un ordinateur installé à proximité du site, les signaux réfléchis provenant du sous-sol apparaissent continuellement.
Chaque point présentant une anomalie fait l’objet d’une analyse approfondie par les techniciens, avant d’être marqué et confronté aux différentes sources d’informations historiques.
Les forces engagées utilisent des radars à pénétration de sol pour sonder et rechercher des informations concernant les soldats morts au combat dans le quartier de Phu Xuan, ville de Hue, au Centre du Vietnam. Photo : Tran Dung.
Les forces engagées utilisent des radars à pénétration de sol pour sonder et rechercher des informations concernant les soldats morts au combat dans le quartier de Phu Xuan, ville de Hue, au Centre du Vietnam. Photo : Tran Dung.
Ces derniers temps, la Division 968 de la Région militaire 4 a déployé de nombreuses actions de sensibilisation auprès des organisations et des particuliers, en coordination avec les organes de presse centraux et locaux ainsi que sur les réseaux sociaux, afin de diffuser la « Lettre ouverte concernant les tombes des soldats morts au combat ».
Un code QR contenant des informations ainsi que le numéro de téléphone de l'Équipe chargée de la recherche et du rapatriement des dépouilles de la Division a notamment été mis en place.
Les équipes se sont également rendues directement dans les communes et les villages afin de recueillir des informations sur les soldats morts au combat et d'en recenser le nombre dans chaque localité, puis d'étudier et de confronter ces données.
Le colonel Nguyen Chinh Trieu, commissaire politique adjoint de la Division 968, indique qu'en plus de la collecte d'informations, la Division a coordonné ses actions avec l'équipe spécialisée dans les radars à pénétration de sol relevant de l'Institut de conception de la Direction générale de la logistique et des équipements techniques, afin d'inspecter et de sonder deux sites où pourraient se trouver des tombes de soldats morts au combat, dans le village de Tan Thanh, commune de Cam Lo, et le village d'An Nha, commune de Con Tien, province de Quang Tri.
Depuis le lancement de la Campagne des 500 jours et nuits, la Division 968 a reçu et examiné 20 informations concernant des tombes de soldats morts au combat dans les quatre zones dont elle a la responsabilité, dont 5 signalements concernant des tombes collectives et 15 concernant des tombes individuelles.
Parmi les sources d'information relatives aux fosses communes, un témoignage indique que ce secteur abriterait les dépouilles de 283 martyrs.
Ces données reposent sur les récits et les indications de quatre anciens soldats du régime de Saïgon, ainsi que de deux riverains ayant participé au ramassage de ferrailles de guerre sur le terrain.
L'analyse des archives historiques par la 968e division révèle que ces informations sont liées à l'assaut mené à l'aube du 8 mai 1967, contre la base de Con Tien, depuis l'est.
Cet engagement, qui a duré plus de trois heures, impliquait la Compagnie de commandos d'élite de Vinh Linh, rattachée au 31e bataillon de commandos d'élite du Front B5, ainsi que le 812e régiment de la 324e division.
À l'issue des combats, les corps de 283 martyrs, dont 12 femmes, ont été inhumés dans deux tranchées mesurant 60 mètres de long, 2 à 2,5 mètres de large et 2 à 2,5 mètres de profondeur. L'emplacement retenu était un héliport de campagne, à proximité duquel se trouvait un char incendié.
Au vu des documents et preuves rassemblés, la 968e division estime que l'existence de cette fosse commune sur la base de Con Tien est fondée. Néanmoins, la modification du relief, la disparition de certains repères topographiques et les souvenirs imprécis des témoins quant aux orientations exactes élargissent le périmètre de prospection, compliquant considérablement l'organisation des recherches.
La Division 968 a demandé au Comité directeur de la province de Quang Tri chargé de la recherche, du rassemblement et de l’identification des dépouilles des morts pour la Patrie de lui fournir un géoradar afin de poursuivre les recherches.
Après avoir utilisé cet équipement, le lieutenant-colonel Le Quang Thang, chef adjoint du Département politique du Commandement militaire provincial, a indiqué que le géoradar pouvait sonder le sol jusqu’à une profondeur de quatre à six mètres.
L’appareil enregistre les signaux réfléchis par des couches de terrain présentant des structures différentes ou par des zones géologiques qui ont été remaniées.
Il ne permet pas de localiser directement des dépouilles, mais seulement de repérer des modifications dans la structure du sous-sol.
Combiné aux archives, aux documents historiques, aux cartes des combats et aux témoignages, il permet toutefois de réduire considérablement le périmètre des recherches, de limiter les travaux d’excavation et d’économiser du temps ainsi que des ressources humaines.
L’efficacité du géoradar dépend fortement du relief. Les résultats sont meilleurs sur les terrains relativement plats, tandis que les surfaces accidentées ou comportant de nombreux obstacles peuvent altérer la qualité du signal.
La technologie ne constitue qu’un outil d’assistance ; la localisation des sépultures repose toujours sur le recoupement et la vérification d’informations provenant de multiples sources.
Le lieutenant-colonel Le Quang Thang souhaite que le Comité directeur national étudie et investisse dans des équipements plus modernes afin d’améliorer l’efficacité des opérations de recherche et de rapatriement des restes des martyrs.
À l’avenir, si des technologies de pointe permettent de détecter directement les traces biologiques liées aux restes humains, telles que les os ou les dents, la localisation des sépultures gagnera en précision. Cela contribuera à réduire le temps nécessaire aux recherches et à accroître l’efficacité des missions.
Lors de la conférence de bilan des opérations de recherche, de rapatriement et d’identification des restes des martyrs pour la saison sèche 2025-2026, le général de division Le Van Trung, commissaire politique adjoint de la Région militaire 4, a indiqué que celle-ci renforçait actuellement ses effectifs et ses moyens.
Elle intensifie notamment sa coopération avec des entreprises afin d’équiper les équipes de recherche de radars à pénétration de sol (GPR), dans le but d’améliorer l’efficacité des opérations de localisation des restes des martyrs.
La technologie au service
de la mémoire des champs de bataille
Dans la province de Quang Tri et la ville de Hue, les actions de sensibilisation sont également déployées jusqu’au niveau local.
Outre la publication des numéros de téléphone destinés à recueillir les informations, la distribution de dépliants et les rencontres avec les témoins, les commandements militaires provinciaux et municipaux coopèrent avec des opérateurs de télécommunications pour envoyer des SMS sous forme de messages « brandname » à la population, invitant les habitants à transmettre toute information concernant les tombes de martyrs qui n’ont pas encore été retrouvées ni rapatriées.
Des habitants de la commune de Cua Viet, dans la province de Quang Tri, ont indiqué avoir reçu un message du Commandement militaire provincial après la publication, par le journal de l’Armée vietnamienne (Quan doi Nhan dan), d’une série d’articles d’enquête faisant état de la présence possible, dans la région, de nombreuses dépouilles de soldats morts pour la Patrie qui n’ont pas encore été retrouvées.
Le message invitait la population à transmettre au commandement militaire de la commune ou du quartier le plus proche toute information sur les tombes de soldats morts pour la Patrie qui n’auraient pas encore été transférées dans un cimetière, afin que leur exhumation soit organisée conformément à la réglementation en vigueur.
À Hue, au Centre du Vietnam, les autorités ont également lancé au mois d’août une campagne de mobilisation auprès de la population afin de recueillir des informations sur les soldats morts pour la Patrie et leurs sépultures.
Elles ont parallèlement pris l’initiative de nouer des contacts avec des organisations d’anciens combattants américains pour exploiter les documents disponibles sur les militaires vietnamiens morts au combat, dont les familles ont perdu la trace ou qui sont portés disparus.
Cette démarche a permis à la ville de recueillir 33 signalements, dont sept concernant des tombes collectives qui pourraient correspondre aux restes de quelque 310 à 358 soldats morts pour la Patrie.
Outre le recours à des équipements modernes, la campagne des « 500 jours et nuits » s’est accompagnée de nombreuses initiatives pour diversifier et mobiliser les sources d’information.
Dans la province de Quang Tri, l’Association des anciens combattants a notamment créé des groupes Zalo dédiés à la recherche et au rapatriement des dépouilles de soldats morts pour la Patrie, afin de faciliter la collecte et le partage des renseignements.
L’Association des anciens combattants de la province de Quang Tri met également à profit les sites d’information en ligne et les réseaux sociaux pour diffuser des informations, renforcer les liens, assurer la coordination et recueillir des informations sur les soldats tombés au combat ainsi que sur leurs sépultures.
Grâce à son réseau de membres et à ces canaux de communication, l'Association a reçu des centaines de précieux témoignages fournis par des anciens combattants ayant participé aux combats ou des témoins présentés par ses membres.
L’Association collabore avec les organismes compétents afin de poursuivre la vérification de plusieurs sources d’information importantes, notamment celles faisant état de sept tombes de soldats tombés au combat en octobre 1979 à Ban Huoi Xai, Pac Ka Dinh (province de Bolykhamxay, au Laos), de cinq tombes de martyrs dans la commune de Quang Ninh, ainsi que de huit sites susceptibles d’abriter des restes de martyrs, situés dans les communes de Tuyen Lam, Hoan Lao, Phong Nha, Cua Viet et Khe Sanh.
Plusieurs plans de localisation des sépultures, fournis par d’anciens combattants et des proches de soldats morts pour la patrie, font également l’objet d’études et de recoupements.
L’Association a par ailleurs reçu des informations fournies par l’ancien combattant américain Louis Pepi concernant une fosse commune des soldats vietnamiens tombés au combat dans la nuit du 12 novembre 1969 dans la zone montagneuse de Ho Khe-Da Bac, commune de Hieu Giang, province de Quang Tri.
Ces informations importantes font actuellement l’objet d’enquêtes et de vérifications par les autorités compétentes afin de faciliter la recherche, la récupération et le regroupement des dépouilles des martyrs.
Hoang Xuan Vinh, vice-président de l’Association des anciens combattants de la province de Quang Tri, explique :
« Récemment, le président de l’Association des anciens combattants de la commune de Khe Sanh nous a signalé par téléphone que trois emplacements situés dans la propriété d’un habitant étaient susceptibles d’abriter des sépultures de soldats tombés pour la Patrie.
Les proches avaient déjà transféré les restes de l’un d’eux dans leur province d’origine pour l’inhumation. Une autre tombe est toujours entretenue et fait chaque année l’objet d’un culte familial, tandis que le troisième emplacement présente encore des traces visibles.
Dès réception de cette information, l'Association des anciens combattants de la commune a rapidement coordonné les opérations de vérification, tout en informant les autorités militaires locales afin de délimiter la zone concernée et d'organiser les recherches ainsi que le regroupement des restes des soldats tombés pour la Patrie, conformément à la réglementation.
Grâce au réseau de nos adhérents et aux différents canaux de collecte d'informations, nous avons recueilli de nombreux renseignements précieux, qui contribuent efficacement aux opérations de recherche et de regroupement des restes des soldats tombés pour la Patrie. »
Sur le territoire de la Région militaire 4, plus de 35 000 tombes de soldats tombés pour la Patrie demeurent encore sans identification.
Parmi elles, la province de Thanh Hoa en compte 2 933, Nghe An 2 259, Ha Tinh 774, Quang Tri 22 447 et Hue 7 283.
Les forces compétentes procèdent actuellement, dans les meilleurs délais, au prélèvement d'échantillons biologiques en vue d'analyses ADN.
Toutefois, de nombreux restes humains se sont dégradés au fil des décennies et ne sont plus en état de fournir des échantillons exploitables pour l'identification génétique.
Selon le docteur Nguyen Hoang Tu, du Centre provincial de médecine légale de Nghe An, les échantillons privilégiés pour le séquençage du génome sont les dents dont la racine est intacte ou les os longs.
Les échantillons osseux trop petits ou trop dégradés pour être analysés avec les technologies actuelles sont conservés afin de pouvoir être réexaminés lorsque les progrès scientifiques permettront de poursuivre l’identification des martyrs de guerre
Lors d’une opération de prélèvement d’échantillons biologiques destinée à des analyses ADN au cimetière des martyrs de guerre de Do Luong (province de Nghe An), où reposent 1 309 martyrs dont l’identité n’a pas encore été établie, l’équipe chargée de la recherche et du regroupement des restes, relevant du Commandement militaire de la province de Nghe An, a découvert un fragment d’aluminium ainsi qu’une fiche d’information concernant le martyr Dinh Xuan Tinh, né en 1936 et mort le 6 février 1970.
Selon la fiche conservée dans la tombe, les restes du martyr avaient été exhumés puis regroupés le 6 décembre 2012 au cimetière de Dong Nam Na Xa La, dans le district de Muong Pet, province de Xiangkhouang, au Laos.
À partir des objets retrouvés et des données d’archives relatives au martyr, l’équipe a établi que celui-ci était originaire de la commune de Vo Mieu, dans la province de Phu Tho.
Les informations ont ensuite été recoupées avec celles fournies par Dinh Xuan Luong, fils du martyr, et se sont révélées concordantes.
Les échantillons biologiques du martyr et de ses proches ont désormais été transmis à l’Institut de médecine légale militaire pour analyse ADN.
Des lettres ouvertes intégrant des codes QR aux groupes Zalo d’anciens combattants, en passant par les bases de données électroniques et l’envoi de messages à chaque habitant, jusqu’à l’utilisation de radars à pénétration de sol sur le terrain, témoignent de la modernisation progressive des opérations de recherche et de regroupement des restes des martyrs de guerre dans la Région militaire 4.
La technologie ne se substitue pas à l’intervention humaine, mais elle devient un véritable relais, permettant de rassembler les fragments d’une histoire encore incomplète, de contribuer à la vérification des informations recueillies et d’améliorer l’efficacité des recherches.
Publication : le 9 août 2026
Contenu : Hoa Le/Journal de l’Armée vietnamienne
Dessin : NDEL