Après plus de 30 ans d’adhésion à l’ASEAN, le commerce entre le Vietnam et l’ASEAN a connu une forte croissance, mais il reste nécessaire de renforcer les capacités des entreprises afin d’exploiter pleinement le potentiel de coopération.

À l’invitation du président philippin Ferdinand Romualdez Marcos Jr, président de l’ASEAN 2026, le Premier ministre Le Minh Hung conduit une haute délégation vietnamienne au 48e Sommet de l’ASEAN, organisé les 7 et 8 mai à Cebu, aux Philippines. Cette visite constitue une opportunité de renforcer la coopération entre le Vietnam et les pays de l’ASEAN dans de nombreux domaines, notamment celui de l’économie et du commerce. À cette occasion, le journal Công Thuong s’est entretenu avec le Dr Le Quoc Phuong, ancien directeur adjoint du Centre d’information industrielle et commerciale du ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce.

Le Dr Le Quoc Phuong, ancien directeur adjoint du Centre d’information industrielle et commerciale (ministère de l’Industrie et du Commerce). Photo : Can Dung

Le Dr Le Quoc Phuong, ancien directeur adjoint du Centre d’information industrielle et commerciale (ministère de l’Industrie et du Commerce). Photo : Can Dung

Monsieur, le Premier ministre Le Minh Hung et la haute délégation vietnamienne participent au 48e Sommet de l’ASEAN aux Philippines. À cette occasion, quel regard portez-vous sur les avancées de la coopération commerciale entre le Vietnam et l’ASEAN ?

Dr Le Quoc Phuong : L’évaluation du commerce entre le Vietnam et l’ASEAN doit prendre en compte à la fois les aspects positifs et les limites persistantes. Mais il faut reconnaître avant tout que nous avons obtenu des résultats très encourageants.

Le Vietnam a adhéré à l’ASEAN en 1995. Puis, à partir du 1er janvier 1996, nous avons rejoint l’AFTA, la zone de libre-échange de l’ASEAN, avant de participer à l’ATIGA (Accord sur le commerce des marchandises de l’ASEAN). Par la suite, l’ASEAN a développé de nombreux autres mécanismes de coopération économique régionale, notamment des accords de libre-échange avec de grands partenaires tels que la Chine, la République de Corée, le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Inde. À cela s’ajoute également le RCEP, le partenariat économique régional global.

On peut dire que, dans le cadre de l’ASEAN, nous participons à de très nombreux accords de libre-échange. Cela a considérablement favorisé le développement du commerce entre le Vietnam et les pays de l’ASEAN. Un autre avantage important réside dans la proximité géographique entre ces pays voisins, qui facilite les échanges commerciaux.

Après 30 ans d’adhésion à l’ASEAN, cette région est devenue l’un des principaux marchés d’import-export du Vietnam. En termes d’exportations, l’ASEAN se classe actuellement au quatrième rang des marchés du Vietnam, derrière les États-Unis, la Chine et la République de Corée. Cela montre l’importance stratégique du marché de l’ASEAN pour l’économie vietnamienne.

Grâce à des accords comme l’AFTA, le RCEP et les ALE ASEAN+, les droits de douane entre le Vietnam et les pays de l’ASEAN ont fortement diminué, de nombreuses lignes tarifaires étant désormais comprises entre 0 % et 5 %. Cela facilite grandement la circulation des marchandises. Les produits vietnamiens bénéficient ainsi d’un meilleur accès au marché régional.

Aujourd’hui, le Vietnam exporte vers l’ASEAN une large gamme de produits, allant des biens industriels tels que l’électronique, les téléphones, l’acier, le textile-habillement et les matériaux de construction, jusqu’aux produits agricoles comme le riz, les produits aquatiques et le café. Le commerce connaît donc une forte croissance, tant en volume qu’en diversité de produits.

Un autre point essentiel est le lien étroit entre commerce et investissement. L’ASEAN figure actuellement parmi les principales régions investissant au Vietnam. Singapour fait constamment partie des premiers investisseurs étrangers, tandis que la Malaisie et la Thaïlande investissent également massivement dans de nombreux secteurs au Vietnam. Inversement, l’ASEAN constitue aussi une destination majeure des investissements vietnamiens à l’étranger, notamment au Laos, au Cambodge, aux Philippines et en Indonésie.

Cette interconnexion entre commerce et investissement a permis de renforcer la position économique du Vietnam tout en favorisant son intégration plus profonde dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Par exemple, le Vietnam importe de nombreuses pièces détachées en provenance de Thaïlande, de Malaisie ou de Singapour avant de les assembler localement pour la consommation intérieure ou l’exportation. Cela montre que le Vietnam participe pleinement au réseau de production régional de l’ASEAN.

Malgré ces résultats positifs, les échanges commerciaux entre le Vietnam et l’ASEAN restent jugés en deçà de leur potentiel. Quelles sont, selon vous, les principales limites actuelles ?

Dr Le Quoc Phuong : Le premier constat évident est que le Vietnam enregistre un déficit commercial avec l’ASEAN. Par ailleurs, la structure des exportations vietnamiennes vers cette région manque encore de durabilité. Nous exportons principalement des produits manufacturés à faible valeur ajoutée, des produits agricoles bruts ou des biens issus de la sous-traitance. Par exemple, le riz est essentiellement exporté vers les Philippines et l’Indonésie. En revanche, les marques vietnamiennes restent faibles, le contenu technologique demeure limité et la valeur ajoutée insuffisante.

Une autre faiblesse réside dans la compétitivité encore réduite des entreprises vietnamiennes par rapport à de nombreuses entreprises de l’ASEAN. Les liens de coopération entre entreprises vietnamiennes et partenaires régionaux restent également limités.

 Dans un contexte de concurrence mondiale de plus en plus intense, l’ASEAN, grâce à sa proximité géographique et à ses similitudes culturelles, est considérée comme un marché très prometteur. Selon vous, quelles priorités faut-il adopter pour accroître les échanges commerciaux Vietnam–ASEAN dans les années à venir ?

Dr Le Quoc Phuong : Pour mieux exploiter le marché de l’ASEAN dans les années à venir, l’essentiel reste d’améliorer la compétitivité des entreprises nationales. Il faut également construire de véritables marques vietnamiennes, d’abord sur le marché régional avant de se développer à l’international. Pour y parvenir, les entreprises doivent améliorer la qualité des produits, renforcer le contenu technologique, perfectionner leur gouvernance et développer des systèmes de distribution ainsi que des stratégies marketing plus structurées. Des marques fortes permettront d’augmenter la valeur des produits et d’assurer une compétitivité durable des entreprises vietnamiennes, aussi bien au niveau régional qu’international.

Nous devons également mieux tirer parti des accords de libre-échange auxquels participent le Vietnam et l’ASEAN, comme l’ATIGA ou le RCEP, afin de stimuler davantage le commerce et les investissements. Cependant, la question fondamentale reste celle des capacités des entreprises vietnamiennes. Si les entreprises nationales ne sont pas suffisamment compétitives, il sera difficile d’exploiter efficacement les opportunités offertes, même en présence de réductions tarifaires importantes.

Par ailleurs, le Vietnam doit augmenter son taux de localisation, accroître la valeur ajoutée de ses produits exportés et surtout renforcer leur contenu technologique. Il s’agit d’un facteur déterminant pour permettre aux entreprises vietnamiennes de s’intégrer plus profondément dans les chaînes d’approvisionnement régionales et d’améliorer leur position dans le commerce international.

En définitive, le point clé reste le développement d’un tissu d’entreprises nationales suffisamment solides, compétitives et capables de bâtir des marques durables.

Publication : le 9 mai 2026

Réalisation & dessin : Le Mai/Journal Nhân Dân

Souce: ministère de l'Industrie et du Commerce du Vietnam