La visite d’État effectuée du 9 au 14 août par le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam (PCV) et président de la République To Lam intervient à un moment particulièrement significatif. Le Vietnam met actuellement en œuvre la politique étrangère définie par le XIVᵉ Congrès national du Parti et la Résolution no 06-NQ/TW, tout en concrétisant les nouvelles exigences formulées lors de la 33ᵉ Conférence diplomatique.
Au-delà de l’approfondissement des deux partenariats stratégiques globaux, cette visite illustre une évolution majeure de la diplomatie vietnamienne dans la nouvelle ère : passer de l’élargissement des relations à leur exploitation en profondeur, puis convertir la position internationale du pays en ressources pour son développement.
Une visite à forte portée stratégique
En diplomatie, le choix du moment revêt parfois une importance particulière. Certaines visites marquent les esprits par les accords signés, d’autres par l’élévation des relations bilatérales. D’autres encore acquièrent une importance particulière parce qu’elles interviennent précisément au moment où une nouvelle vision du développement doit se traduire en actions concrètes.
La visite d’État du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République To Lam en Australie et en Nouvelle-Zélande réunit toutes ces dimensions.
Ces deux pays sont des partenaires importants du Vietnam dans le Pacifique Sud et au sein de l’architecture de coopération plus vaste de l’Indo-Pacifique.
Les relations entre le Vietnam et l’Australie ont été élevées au rang de partenariat stratégique global en mars 2024. Celles avec la Nouvelle-Zélande ont atteint le même niveau en février 2025.
Le cadre politique se situe donc déjà à un niveau très élevé. Il ne s’agit plus principalement de l’élargir, mais de donner aux relations une profondeur à la hauteur de leur appellation, de convertir la confiance politique en coopération concrète et de transformer les possibilités extérieures en capacités de développement nationales.
Cette ambition est au cœur de la nouvelle politique étrangère vietnamienne. Dans son discours d’orientation prononcé lors de la conférence nationale consacrée à la Résolution no 06-NQ/TW sur la mise en œuvre de la politique étrangère du XIVᵉ Congrès, To Lam a déclaré : « L’action extérieure est le prolongement de l’action intérieure au-delà des frontières. »
Cette formule résume une vision profonde. La diplomatie ne constitue pas un domaine séparé du développement national. Elle doit ouvrir dans le monde de nouveaux espaces de paix et permettre au Vietnam d’accéder aux marchés, aux technologies, aux connaissances, aux capitaux, aux ressources humaines, aux expériences de gouvernance et aux réseaux de coopération nécessaires à la réalisation de ses objectifs pour 2030 et 2045.
Dans cette perspective, la visite en Australie et en Nouvelle-Zélande fait clairement converger les besoins de développement du Vietnam et les atouts de ses deux partenaires.
L’Australie possède de solides capacités dans l’éducation, les sciences et technologies, l’énergie, les ressources minérales, l’économie verte, la gouvernance moderne et l’innovation. Elle figure également parmi les principaux partenaires commerciaux, éducatifs et d’investissement du Vietnam.
La Nouvelle-Zélande dispose pour sa part d’une expertise reconnue dans l’agriculture de haute technologie, l’éducation, l’économie verte, l’innovation, la gestion des ressources et le développement durable.
Tous ces domaines correspondent aux besoins du Vietnam dans la transformation de son modèle de croissance.
Au-delà des chiffres actuels, l’essentiel réside dans les possibilités futures. Le Vietnam a besoin d’investissements de meilleure qualité, associés aux transferts technologiques et au renforcement des entreprises nationales. Il doit développer des partenariats scientifiques lui permettant de participer plus profondément aux nouvelles technologies.
Il a également besoin de ressources humaines hautement qualifiées et de nouveaux modèles dans l’agriculture durable, l’économie circulaire, la transition énergétique, la gouvernance des données et la transformation numérique. L’Australie et la Nouvelle-Zélande disposent d’atouts susceptibles d’aider le Vietnam à relever ces défis.
Dans un contexte mondial marqué par des évolutions rapides, une intensification des rivalités stratégiques et la restructuration des chaînes d’approvisionnement ainsi que des flux commerciaux, financiers et technologiques, l’approfondissement des liens avec ces deux pays renforcera aussi la résilience et les marges de manœuvre stratégiques du Vietnam.
La diversification des marchés, des partenaires et des ressources contribuera ainsi à consolider l’autonomie de l’économie nationale.
Comme l’a souligné To Lam, l’autonomie stratégique ne signifie ni le repli sur soi ni la réduction de la coopération. Elle suppose de disposer de suffisamment de détermination, de capacités et d’options pour rester maître de sa propre trajectoire de développement.
Cette visite inscrit également les relations bilatérales dans un cadre régional plus vaste. L’Australie et la Nouvelle-Zélande accordent toutes deux une grande importance à leurs relations avec l’ASEAN.
Le Vietnam joue un rôle actif dans la coopération entre l’organisation régionale et ses partenaires. Il assure notamment la coordination des relations ASEAN–Nouvelle-Zélande pour la période 2024-2027.
En appelant à passer d’une logique où « chacun se renforce séparément » à une démarche consistant à « se renforcer avec l’ASEAN », le dirigeant vietnamien montre que la diplomatie du pays ne recherche pas uniquement des avantages bilatéraux.
Elle associe les intérêts nationaux à l’édification d’une ASEAN unie, résiliente, centrale et capable de contribuer à façonner l’environnement régional.
La visite revêt donc une double dimension, bilatérale et régionale. Elle élargit le réseau de partenaires de confiance du Vietnam, renforce l’interdépendance des intérêts et consolide une architecture de coopération fondée sur le dialogue, le droit international et le respect de l’indépendance, de la souveraineté et des intérêts légitimes de chaque pays.
Dans un monde incertain, ces réseaux de confiance constituent de véritables actifs stratégiques.
Transformer les cadres politiques en nouvelles valeurs de développement
S’il fallait retenir un mot pour définir la portée durable de cette visite, ce serait celui de « transformation ».
Il s’agit de convertir la confiance politique en projets concrets, les partenariats stratégiques globaux en chaînes de coopération approfondies et la position internationale du Vietnam en ressources pour son développement. À terme, les avancées diplomatiques doivent produire des bénéfices tangibles pour les citoyens et les entreprises.
Cette ambition correspond aux exigences fixées à la diplomatie vietnamienne dans la nouvelle ère : passer d’une « diplomatie protégeant l’espace de développement » à une « diplomatie créant des capacités nationales de développement » ; de « l’intégration aux marchés » à la « création de marchés » ; et de la « participation aux règles du jeu » à une contribution active à leur définition.
Il ne s’agit pas d’un simple changement de vocabulaire, mais d’une transformation des critères utilisés pour mesurer l’efficacité de l’action extérieure.
Dans les relations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, trois domaines peuvent devenir des leviers décisifs : la diplomatie économique, technologique et éducative.
Sur le plan économique, il convient de mieux exploiter les accords de libre-échange existants, de lever les obstacles techniques, de rapprocher les entreprises et d’accroître la part des produits à forte valeur ajoutée.
Dans le domaine technologique, la priorité doit être accordée aux programmes portant sur l’innovation, l’intelligence artificielle, les technologies numériques et vertes, les énergies propres, les technologies agricoles et la gestion des ressources.
En matière d’éducation, il faut dépasser le modèle traditionnel de mobilité étudiante pour construire des réseaux associant formation, recherche et innovation, en réponse aux besoins de développement à long terme du Vietnam.
La coopération humaine doit occuper une place centrale. L’Australie et la Nouvelle-Zélande sont depuis longtemps des destinations familières à plusieurs générations d’étudiants vietnamiens.
La création de réseaux durables entre universités, instituts de recherche, entreprises et communautés d’experts permettrait non seulement de proposer de meilleurs programmes de formation, mais aussi d’établir de véritables « flux de connaissances » vers le Vietnam.
Dans une économie de la connaissance, un scientifique qui établit un partenariat avec un laboratoire international, une entreprise qui accède à une nouvelle technologie ou un étudiant qui revient au pays tout en restant intégré à un réseau professionnel mondial peuvent parfois créer beaucoup plus de valeur que ne le suggèrent les seuls chiffres commerciaux immédiats.
Sous l’angle du développement humain, les échanges entre les peuples et la diplomatie culturelle revêtent aussi une importance particulière.
Les relations entre les pays sont plus durables lorsqu’elles s’appuient sur une compréhension mutuelle, une sympathie réciproque et de vastes réseaux sociaux.
Les communautés vietnamiennes d’Australie et de Nouvelle-Zélande — intellectuels, entrepreneurs, étudiants, artistes et familles multiculturelles — constituent des passerelles naturelles entre les sociétés.
La mobilisation de leurs ressources et la mise en relation de leurs réseaux intellectuels, universitaires, économiques et étudiants avec les besoins du développement national figurent également parmi les orientations définies pour la diplomatie vietnamienne dans la nouvelle période.
La culture peut jouer un rôle dépassant largement la simple promotion de l’image du pays. Elle crée de la confiance, de la proximité et le socle émotionnel indispensable à la coopération.
Fort de son histoire millénaire, de sa riche identité, du dynamisme de sa société et d’une population accueillante, créative et ambitieuse, le Vietnam exerce une attraction particulière auprès de sociétés multiculturelles comme celles de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.
Lorsque la diplomatie culturelle est associée au tourisme, à l’éducation, aux industries créatives, à la gastronomie, au cinéma, aux arts et aux espaces d’échange destinés à la jeunesse, la puissance douce peut devenir une véritable ressource économique et un capital social au service des relations bilatérales.
Après la visite, il sera essentiel d’appliquer pleinement les accords et orientations adoptés au plus haut niveau.
To Lam l’a souligné à plusieurs reprises au sujet des résolutions stratégiques : les résultats concrets et substantiels doivent servir de principal critère d’évaluation.
Chaque domaine de coopération avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande devrait donc être assorti d’objectifs mesurables, de responsables clairement désignés et de mécanismes permettant de suivre les progrès.
Surtout, les collectivités locales, les entreprises, les universités, les instituts de recherche et la population doivent participer plus directement à leur mise en œuvre.
La 33ᵉ Conférence diplomatique a demandé que la position extérieure du Vietnam soit transformée en moteur de croissance. La visite d’État en Australie et en Nouvelle-Zélande, organisée immédiatement après cette conférence, constitue une illustration concrète de cette ambition.
Le Vietnam dispose désormais d’un prestige international croissant, d’un vaste réseau de partenaires et de nombreux cadres de coopération de haut niveau.
La prochaine étape consiste à mieux exploiter ce « capital diplomatique » au service du développement.
Dans la nouvelle ère, la diplomatie vietnamienne est investie d’une mission plus vaste : elle ne doit plus seulement préserver un environnement pacifique propice au développement, mais aussi créer activement les conditions permettant au pays de progresser plus rapidement, plus durablement et de manière plus autonome.
La visite de Tô Lâm en Australie et en Nouvelle-Zélande s’inscrit précisément dans cet esprit : élargir l’espace de coopération, approfondir les relations stratégiques et conjuguer les ressources de notre époque avec les forces internes de la nation.
C’est sans doute là sa portée la plus importante : faire en sorte que les partenariats stratégiques globaux ne constituent pas uniquement des jalons diplomatiques, mais deviennent de véritables ressources au service de l’ambition vietnamienne.
Celle d’un Vietnam pacifique, autonome, résilient, innovant, prospère et responsable au sein de la communauté internationale.
Bui Hoai Son, député à l’Assemblée nationale vietnamienne et membre permanent de la Commission de la culture et des affaires sociales.