« Je ne suis pas un simple voyageur de passage au Vietnam »

« Je ne suis pas un simple voyageur de passage au Vietnam. Un voyageur de passage repart lorsque commence l’étape suivante de son voyage. Moi, où que je sois, je porterai toujours le Vietnam dans mon cœur », déclare M. Saadi Salama.

Saadi Salama, ancien ambassadeur de Palestine au Vietnam et ancien chef du corps diplomatique palestinien au Vietnam. Photo : VGP.
Saadi Salama, ancien ambassadeur de Palestine au Vietnam et ancien chef du corps diplomatique palestinien au Vietnam. Photo : VGP.

Lors des derniers jours de son mandat au Vietnam, un journaliste a eu l’occasion de s’entretenir avec Saadi Salama, ancien ambassadeur de Palestine au Vietnam et ancien chef du corps diplomatique palestinien au Vietnam.

Il parle vietnamien naturellement, utilisant parfois des expressions idiomatiques qui font oublier à son interlocuteur qu'il est étranger.

Lorsqu'il évoque Hanoï, ses yeux s'illuminent d'une joie mêlée de nostalgie : « Je ne suis pas qu'un simple visiteur de passage au Vietnam ».

Son arrivée au Vietnam est le fruit d’une heureuse coïncidence qu’il continue, aujourd’hui encore, de qualifier d’un mot vietnamien : « duyên », ce mot vietnamien qui évoque une rencontre ou un concours de circonstances placé sous le signe du destin.

À 19 ans, il a reçu une bourse d'études à l'étranger de manière inattendue. Il avait d'abord le choix entre l'Italie et la Roumanie. Mais au moment où il devait prendre sa décision, une invitation du Vietnam est arrivée.

À cette époque, il ne connaît pas encore le vietnamien et n’a aucune idée de la vie qui l’attend dans ce pays situé à des milliers de kilomètres de Palestine. Mais l'image du Vietnam était ancrée dans son cœur depuis longtemps.

« Pour notre génération, le Vietnam est un pays certes petit, mais résilient, une nation qui a accompli des choses apparemment impossibles dans la lutte pour défendre la Patrie », confie-t-il.

« Je voulais venir au Vietnam non seulement pour apprendre une langue. Je voulais trouver des réponses à des questions qui m’accompagnaient depuis mon enfance : qu’est-ce qui permet à un peuple, après avoir traversé tant d’épreuves et subi tant de pertes, de refuser de se soumettre ? Quelle force permet aux hommes de se relever après une guerre, de défendre leur indépendance et de décider eux-mêmes de leur avenir ? »

C’est avec ces questions en tête qu’il arrive à Hanoï.

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Saadi Salama aux côtés du général Vo Nguyen Giap. Photo fournie par l’intéressé.

Mais le Vietnam ne lui répond pas par de grands discours. La réponse est venue du quotidien, de ses années d'études à l'Université des sciences naturelles et sociales de Hanoï (maintenant un établissement de l'Université nationale du Vietnam), à une époque où le pays traversait encore de grandes difficultés.

Il a été témoin de la résilience avec laquelle les gens affrontaient l'adversité avec calme ; il a vu la bonté dans le partage malgré la pauvreté ; il a perçu la force du Vietnam dans la simplicité des gens qu'il rencontrait chaque jour.

Le vietnamien, qui lui était au départ une langue étrangère, devient progressivement la langue dans laquelle il étudie, travaille et exprime ses sentiments. Les Vietnamiens, de ses professeurs à ses amis les plus proches, ont été témoins de son évolution.

Selon lui, un voyageur de passage ne fait que s’arrêter pour un bref moment. Il attend son prochain départ, avec ses bagages à ses côtés, puis repart. Il peut garder en mémoire quelques images, mais n’a pas le temps de laisser une terre s’inscrire profondément dans sa vie.

Lui n’est pas arrivé au Vietnam de cette manière.

Il a travaillé dans de nombreux pays et assumé diverses fonctions. Après chaque étape de son parcours, les circonstances l’ont de nouveau ramené au Vietnam. D’étudiant palestinien de dix-neuf ans, il y revient en diplomate, avant de devenir ambassadeur de Palestine dans ce même pays qui l'avait aidé à s’évoluer.

Avec le recul, il ne sait même plus s’il peut encore parler d’un simple séjour d’études ou d’un mandat diplomatique. Car le voyage entrepris à l’âge de dix-neuf ans aura duré presque toute une vie.

Il confie : « le Vietnam m’a connu lorsque je n’étais encore qu’un jeune homme avec de nombreuses questions. Il m’a vu grandir, mes cheveux blanchir peu à peu, et m’a accompagné à travers les tournants de ma carrière. De mon côté, j’ai vu ce pays surmonter les difficultés, se transformer de jour en jour et s’élever grâce à cette même persévérance que je souhaitais tant comprendre. Nous avons, en quelque sorte, grandi ensemble. »

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L’ambassadeur de Palestine au Vietnam, Saadi Salama, lors de la cérémonie de remise de l’Ordre de l’Étoile du mérite de l’État de Palestine à Mme Nguyen Thi Binh, ancienne vice-présidente de la République socialiste du Vietnam, le 22 mai 2026. Photo : Vietnamnet.

« Alors que mon mandat prend fin, je peux transmettre mes dossiers, quitter mon bureau et tourner la page d’une fonction diplomatique. Mais je ne peux pas simplement faire mes valises et considérer le Vietnam comme un endroit où je ne serais que passé. Je ne peux pas mettre mes années de jeunesse dans mes bagages. Je ne peux pas plier et ranger des souvenirs qui m’accompagnent depuis près d’un demi-siècle. Je ne peux pas emporter avec moi mes enseignants, mes amis ni les sentiments qui ont fait que je ne me suis jamais senti comme un étranger vivant au Vietnam. Je ne suis pas un simple voyageur de passage au Vietnam. Un voyageur de passage repart lorsque commence l’étape suivante de son voyage. Moi, où que je sois, je porterai toujours le Vietnam dans mon cœur », déclare M. Saadi Salama.

Saadi Salama est né dans la province d’Hébron, en Palestine. À l’âge de dix-neuf ans, il vient au Vietnam pour étudier au Département de vietnamien de l'Université des sciences naturelles et sociales de Hanoï.

Au cours de sa carrière diplomatique, il a exercé auprès des représentations diplomatiques palestiniennes au Vietnam, au Laos, au Yémen, au Ghana, en Guinée et en Sierra Leone.

De 2009 à juin 2026, il a été ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Palestine au Vietnam. Depuis 2019, il exerçait également les fonctions de chef du corps diplomatique au Vietnam.

Le 16 janvier 2026, il s’est vu décerner le titre de Citoyen d’honneur de la capitale Hanoï.

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