La République de Corée partage son expérience dans le développement des technologies nucléaires
Récemment, le ministre vietnamien des Sciences et des Technologies Vu Hai Quan s’est entretenu avec le ministre sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et des Ressources Kim Jung Kwan au sujet de la coopération dans les technologies de l’énergie nucléaire et de l’application de l’intelligence artificielle dans l’industrie.
Lors de cet entretien, la partie sud-coréenne a partagé plus de 40 ans d’expérience dans le nucléaire, de l’acquisition à la maîtrise des technologies, en passant par la localisation progressive de la production, avant de développer des capacités d’exportation et de réaliser des projets électronucléaires.
Selon les représentants sud-coréens, ce développement repose sur trois piliers : les capacités technologiques, la sûreté, ainsi qu’un cadre juridique et un système de gestion cohérents. La sûreté constitue une exigence non négociable dans le développement et l’exploitation des technologies nucléaires.
Forts de l’expérience sud-coréenne, les deux pays disposent d’un important potentiel de coopération, au-delà de la construction de centrales nucléaires : recherche, transfert de technologies, exploitation, formation des ressources humaines, sûreté et développement de l’industrie auxiliaire.
Les pistes évoquées portent notamment sur les échanges d’experts, les liens entre instituts de recherche, universités et entreprises, ainsi que la formation de personnels techniques, de gestionnaires et de spécialistes de la sûreté nucléaire.
Le ministre Vu Hai Quan a salué l’expérience sud-coréenne et indiqué que le ministère des Sciences et des Technologies concrétiserait les activités de formation et de recherche conjointe par des mesures précises.
Le Vietnam fixe des objectifs pour le développement de l’énergie nucléaire
Le 16 mars 2026, le Premier ministre a promulgué la décision n° 438/QD-TTg approuvant la Stratégie de développement et d’application de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques à l’horizon 2035, avec une vision à l’horizon 2050. Cette stratégie vise à développer et à appliquer l’énergie nucléaire dans le respect des exigences de sûreté et de sécurité, au service du développement socio-économique, de la protection de l’environnement et de la sécurité énergétique.
L’un des objectifs fixés consiste à mettre en service des centrales nucléaires de manière sûre et efficace afin de répondre aux besoins énergétiques liés aux transitions numérique et verte.
En matière d’énergie nucléaire, la stratégie prévoit d’achever d’ici 2035 la construction et de mettre en service dans des conditions sûres les deux centrales nucléaires Ninh Thuan 1 et Ninh Thuan 2. Parallèlement au développement de l’électronucléaire, le Vietnam entend élargir l’utilisation des rayonnements et des radio-isotopes dans les secteurs de la santé, de l’industrie, de l’agriculture, des ressources naturelles et de l’environnement.
La stratégie fait également du renforcement du potentiel scientifique et technologique nucléaire, de la maîtrise progressive des technologies stratégiques et du développement des ressources humaines des priorités importantes.
Dans le domaine de la recherche, le Vietnam prévoit de construire à Dong Nai un Centre de recherche scientifique et technologique nucléaire doté d’un réacteur de recherche de 10 MW et d’un système de laboratoires modernes. L’Institut vietnamien de l’énergie atomique est appelé à jouer un rôle central dans la recherche et l’application des sciences et technologies nucléaires, l’appui technique, la gestion des incidents et la formation de ressources humaines hautement qualifiées.
Les ressources humaines et la maîtrise des technologies au cœur des enjeux
La formation des ressources humaines est menée parallèlement au développement des infrastructures et des technologies. En mai 2026, le Premier ministre a approuvé un projet consacré à la formation, au perfectionnement et au développement des ressources humaines dans les domaines de la gestion publique, de la recherche-développement, de l’application et de l’appui technique dans le secteur de l’énergie nucléaire.
Cela montre que les besoins en personnel ne concernent pas uniquement les ingénieurs chargés de l’exploitation des centrales, mais aussi les chercheurs, les spécialistes de la sûreté, les cadres de gestion, les personnels d’appui technique et les experts capables d’acquérir, d’évaluer et de maîtriser progressivement les technologies.
Il s’agit également d’un domaine dans lequel l’expérience sud-coréenne pourrait être mise à profit à travers des programmes de formation, des échanges d’experts et des coopérations entre universités, instituts de recherche et entreprises.
En plus de 40 ans de développement de son secteur nucléaire, la République de Corée est passée du statut de pays acquéreur de technologies à celui de pays développant progressivement ses capacités nationales et exportant ses technologies. Les échanges d’expérience avec le Vietnam peuvent ainsi couvrir de nombreux domaines, de la formation des ressources humaines à la recherche, en passant par la mise en place de systèmes de gestion de la sûreté et le développement de l’industrie auxiliaire.
Autre sujet important abordé lors de l’entretien : l’application de l’intelligence artificielle dans l’industrie nucléaire.
La partie sud-coréenne a présenté le modèle MX Alliance, qui met en relation les pouvoirs publics, les entreprises manufacturières, les sociétés spécialisées dans l’IA, les instituts de recherche et les universités. Ce modèle s’inscrit dans un contexte où les deux pays s’intéressent à la combinaison des technologies numériques avec des secteurs industriels soumis à de fortes exigences techniques et de sûreté.
Le ministre Vu Hai Quan a proposé que la République de Corée envoie des experts au Vietnam pour partager son expérience et étudier les possibilités d’application de l’IA dans le secteur de l’énergie nucléaire.
Les pistes évoquées comprennent l’utilisation de l’IA pour la conception, la simulation, la surveillance de l’exploitation, la maintenance prédictive et le renforcement de la sûreté. Si elles sont mises en œuvre, ces initiatives constitueraient un axe de coopération à la croisée de deux domaines que le Vietnam considère comme prioritaires : les technologies nucléaires et l’intelligence artificielle.
L’application de l’IA aux systèmes nucléaires impose également des exigences élevées en matière de données, de validation des modèles, d’explicabilité des résultats et de supervision humaine. La coopération technologique ne se limite donc pas à l’introduction d’outils d’IA dans l’exploitation, mais concerne également l’élaboration de normes, de procédures de validation et la formation de personnels capables d’évaluer ces technologies.
Une coopération dans un contexte de recherche de partenaires pour l’électronucléaire
L’entretien entre les deux ministres intervient également alors que le Vietnam poursuit ses préparatifs pour son programme électronucléaire.
Selon Yonhap, les ministres Kim Jung Kwan et Vu Hai Quan ont discuté de mesures visant à élargir la coopération économique bilatérale et les partenariats dans les secteurs industriels de pointe, notamment l’énergie nucléaire. Le ministère sud-coréen du Commerce, de l’Industrie et des Ressources a précisé que cette rencontre intervenait alors que des entreprises sud-coréennes cherchent à participer à des projets nucléaires au Vietnam.
Yonhap rapporte également que la partie sud-coréenne étudie depuis quelque temps la possibilité de participer au projet de centrale nucléaire Ninh Thuan 2 par l’intermédiaire de Korea Electric Power Corporation (KEPCO) et d’organismes concernés. Cette démarche s’inscrit dans le processus de sélection par le Vietnam de partenaires pour le développement de l’énergie nucléaire.
Sur le plan scientifique et technologique, les échanges sur la recherche, la formation, la sûreté, le transfert de technologies et l’IA montrent que la coopération envisagée dépasse le cadre d’un projet spécifique. À long terme, le Vietnam entend non seulement acquérir des technologies électronucléaires, mais aussi renforcer ses capacités de gestion, d’exploitation sûre, de recherche et de maîtrise progressive des technologies, conformément à sa Stratégie de développement et d’application de l’énergie nucléaire à l’horizon 2035, avec une vision à l’horizon 2050.
Dans un contexte où les besoins énergétiques sont de plus en plus liés à la transition verte et où l’économie numérique exige un approvisionnement électrique stable, la coopération internationale en matière de technologies, de ressources humaines et de sûreté constituera un volet important du développement de l’énergie nucléaire au Vietnam.