Dans cette unité, certains ont déjà parcouru les terres d’Afrique de l’Est marquées par le soleil, le vent et les conflits, tandis que d’autres s’apprêtent pour la première fois à vivre le plus long déploiement de leur carrière militaire. Tous partagent une même aspiration : consacrer leur jeunesse à la mission de paix.
Traverser les conflits pour comprendre la valeur de la paix
Ces jours-ci, les militaires de l’Hôpital de campagne de niveau 2 no 8 du Vietnam entrent dans une phase de formation cruciale avant leur déploiement pour une mission internationale.
Ayant déjà occupé le poste d’observateur militaire au sein de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (UNMISS) durant la période 2023-2024, le capitaine Nguyen Nhu Tuan (né en 1994, officier du Département vietnamien de maintien de la paix) retournera dans ce pays dans un tout nouveau rôle : assistant administratif et financier de cet hôpital de campagne.
Selon le capitaine Tuan, durant sa mission en tant qu’observateur militaire au Soudan du Sud, il a eu l’occasion de se rendre dans les zones de conflit, et d’y observer directement les difficultés et des pénuries, tant en matière de sécurité que de soins médicaux, auxquelles la population locale est confrontée.
Dans la mémoire de ce jeune officier, l’un des souvenirs les plus marquants est une patrouille de longue durée de plusieurs jours vers un village isolé situé à la frontière des zones contrôlées par les différentes parties au conflit. À leur arrivée, un conflit foncier et lié aux ressources en eau venait d’éclater entre des communautés locales. L’atmosphère était extrêmement tendue, avec un risque réel d’escalade vers la violence.
Dans de telles circonstances, la mission des observateurs militaires n’est pas d’intervenir par la force. Ils doivent entrer en contact avec la population, collecter des informations, évaluer la situation et contribuer à apaiser les tensions entre les parties.
« Nous avons commencé par la sincérité, des poignées de main chaleureuses et de l’empathie face aux pertes et aux difficultés qu’ils subissaient. Peu à peu, les gens se sont ouverts et ont partagé ce qui leur importait réellement », se souvient le capitaine Tuan.
Dans la capitale Juba du Soudan du Sud, il s’est rendu à plusieurs reprises dans des écoles locales. Bien que situées relativement près du centre-ville, beaucoup étaient dans un état de grande précarité : toits en tôle percés, salles de classe rudimentaires, manque de tables, de chaises et de fournitures scolaires. Certains élèves devaient marcher entre 10 et 15 kilomètres chaque jour pour aller à l’école. Ce qui l’a toutefois surpris, c’est que de nombreux enfants connaissaient déjà le Vietnam. Lors des échanges, ils posaient avec enthousiasme des questions sur ce pays ayant connu la guerre et souhaitaient entendre comment le Vietnam s’était relevé et reconstruit pour atteindre la paix d’aujourd’hui.
« De retour au pays, fort de mon expérience du terrain, de la culture locale et des mécanismes de coordination, j’ai ressenti la responsabilité de continuer à partager et à contribuer aux côtés de mes camarades de l’hôpital de campagne lors du prochain déploiement », confie le capitaine Tuan.
« Ma femme est également militaire. Elle comprend que repartir en mission n’est pas seulement un devoir, mais aussi une passion que je poursuis depuis toujours. C’est cette compréhension qui me donne la sérénité pour accomplir ma mission », ajoute-t-il.
De A80 au Soudan du Sud
Si le capitaine Nguyen Nhu Tuan choisit de retourner sur des terres qu’il connaît déjà, pour la lieutenante Nguyen Thu Trang (née en 1993, infirmière en réanimation à l’hôpital militaire 103), le Soudan du Sud, représente au contraire le début d’un tout nouveau parcours en tant qu’infirmière en chef de cet hôpital de campagne.
À l’époque, Nguyen Thu Trang faisait partie du contingent féminin vietnamien de maintien de la paix participant au défilé militaire de la Fête nationale du 2 septembre (A80). Les mois d’entraînement intensif, les répétitions sous une chaleur écrasante et les exigences strictes en matière de discipline et de posture ont marqué une étape importante de sa carrière militaire.
« Ce dont je me souviens le plus, c’est l’esprit de solidarité du groupe. Nous venions de différentes unités, mais nous nous encouragions toujours mutuellement pour surmonter la fatigue et accomplir notre mission. »
Dans le cadre de cette mission et par la suite, la lieutenante Trang a mieux compris la mission de maintien de la paix de l’ONU et a décidé de s’engager dans cet hôpital de campagne.
« Notre voyage au Soudan du Sud avec mes camarades sera une manière de porter l’image d’un Vietnam épris de paix auprès de la communauté internationale, avec dévouement, responsabilité et l’aspiration de la jeunesse vietnamienne à contribuer dans l’ère nouvelle. »
Pour elle, le plus grand défi est la langue étrangère. « Au début, mon niveau d’anglais était limité, donc je devais consacrer beaucoup de temps à l’autoapprentissage et à la pratique quotidienne de l’écoute et de l’expression orale. »
L’hôpital de campagne de niveau 2 no 8 compte un total de 70 cadres et personnels, dont 25 officiers et 13 femmes militaires. Parmi eux, 12 personnes ont déjà participé à des missions de maintien de la paix de l’ONU au moins une fois, et une personne a effectué deux missions. La durée totale de formation avant le déploiement est de neuf mois, comprenant : anglais, entraînement militaire, politique, logistique et technique, spécialisation médicale militaire, formation prédéploiement et exercices sur le terrain.