Les ressources humaines : la clé de la qualité en tourisme

Les ressources humaines : la clé de la qualité en tourisme

Le Vietnam a besoin de solutions urgentes pour développer sa main-d’œuvre touristique, à la fois d’un point de vue quantitatif que qualitatif, afin d’améliorer sa compétitivité par rapport à d’autres pays de la région et du monde.

Les experts ont souligné l’importance de l’amélioration des compétences de la main-d’œuvre touristique, notamment dans les domaines des technologies de l’information et du tourisme intelligent.

La résolution n° 26-NQ/TW du 22 août 2026 du Bureau politique sur le développement du tourisme vietnamien comme secteur économique de pointe dans la nouvelle ère fait de la formation de ressources humaines hautement qualifiées dans le tourisme une priorité absolue. Les futurs professionnels devront maîtriser leur métier, les langues étrangères et les technologies, tout en étant capables d’évoluer dans un environnement international.

Or, l’écart entre les formations proposées et les besoins réels des entreprises reste important. Pour le réduire, il faut repenser les méthodes pédagogiques et renforcer les liens entre établissements de formation et entreprises.

De la théorie aux compétences professionnelles

Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 190 établissements de formation dans le tourisme. Ce réseau contribue à fournir de la main-d’œuvre à un secteur qui ne cesse d’élargir ses marchés, ses produits et ses territoires de développement. Mais l’importance du réseau ne garantit pas, à elle seule, l’adéquation des compétences aux besoins du marché du travail.

Pham Hong Long, professeur associé et docteur, président du Conseil scientifique et de la formation de la Faculté d’études du tourisme de l’Université des sciences sociales et humaines de l’Université nationale de Hanoï, observe que les étudiants disposent aujourd’hui de plusieurs atouts : ils sont à l’aise avec les technologies, plus dynamiques et mieux armés en langues étrangères.

En revanche, leurs compétences pratiques restent insuffisantes. Leur maîtrise des langues étrangères spécialisées répond encore mal aux exigences du secteur. Les compétences en communication et en interaction interculturelle restent également perfectibles, tandis que les technologies, les données et l’intelligence artificielle sont encore peu exploitées dans leur travail.

Bui Thanh Thuy, professeure associée et docteure, directrice de la Faculté du tourisme de l’Université de la culture de Hanoï, pointe elle aussi plusieurs limites.

Malgré un réseau de formation relativement développé, les établissements de formation initiale ne couvrent actuellement qu’environ 50 % des besoins quantitatifs du secteur. Surtout, les compétences des diplômés restent en décalage avec celles qu’attendent les entreprises.

« Le modèle de formation universitaire a accéléré pour suivre les évolutions du secteur, mais il n’en suit toujours pas le rythme. Son ouverture reste limitée et certaines contraintes persistent. Nous sommes encore confrontés à ce paradoxe : ‘trop de théoriciens, pas assez de praticiens’ », souligne Bui Thanh Thuy.

Du côté des entreprises, Nguyen Tien Dat, directeur de l’agence de voyages AZA et vice-président de l’Association du tourisme de Hanoï, fait le même constat.

Certains étudiants, même formés dans leur spécialité, ont encore besoin d’un accompagnement lorsqu’ils entrent dans la vie professionnelle.

Les difficultés apparaissent parfois sur des tâches très concrètes : concevoir un programme de voyage, établir un tarif, rédiger un courriel à un partenaire, négocier avec un fournisseur, traiter une réclamation ou gérer un incident.

Ces constats montrent que le problème ne se résume pas à un manque de main-d’œuvre. Il tient surtout au décalage entre les connaissances acquises en formation et la capacité à les mettre en pratique.

L’enjeu, pour les établissements, est donc de faire entrer davantage les besoins du marché dans les cursus et de transformer les savoirs théoriques en compétences professionnelles réelles.

Session de formation sur l'application de l'IA à la Faculté de tourisme de l'Université de la culture de Hanoï.
Session de formation sur l'application de l'IA à la Faculté de tourisme de l'Université de la culture de Hanoï.

Les entreprises appelées à jouer un rôle accru dans la formation

À la Faculté du tourisme de l’Université de la culture de Hanoï, les programmes sont révisés tous les deux ans. Ils intègrent désormais des contenus sur les compétences numériques, l’intelligence artificielle, les technologies numériques appliquées au tourisme, le commerce touristique en ligne et les langues étrangères spécialisées.

Les compétences professionnelles ne sont plus réservées aux périodes de stage. Elles sont travaillées tout au long du cursus. Les étudiants sont mis en contact avec des entreprises, des musées et des sites patrimoniaux dès leur formation.

Des dirigeants d’entreprise participent également aux cours et à l’évaluation des mémoires. La faculté entend aller plus loin avec le modèle du « semestre en entreprise » (Co-op Education), qui fait de l’entreprise une véritable « deuxième salle de classe ».

Pour Nguyen Tien Dat, les entreprises doivent être davantage associées à l’ensemble du processus de formation : définition des besoins en personnel, contribution aux compétences attendues à la sortie, partage de cas concrets, participation à l’enseignement et évaluation des étudiants.

« À mon sens, la relation entre l’établissement et l’entreprise doit évoluer. Il ne doit plus seulement s’agir pour l’entreprise d’accueillir des étudiants en stage, mais de participer à leur formation. L’établissement apporte les connaissances et les méthodes ; l’entreprise apporte le marché et la réalité professionnelle ; l’État met en place les mécanismes, les normes et les dispositifs de mise en relation. Les trois parties doivent être conjointement responsables de la qualité de la formation », explique-t-il.

Partageant cette approche, le professeur et docteur Dao Manh Hung, ancien directeur du Département de la formation du ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme et président de l’Association interprofessionnelle vietnamienne pour la formation au tourisme, met toutefois en garde contre une approche trop superficielle de l’alternance.

Selon lui, la formation en alternance et le semestre en entreprise ne sont véritablement utiles que si les périodes pratiques sont conçues comme de véritables unités d’enseignement, avec des objectifs précis, des critères d’évaluation et un retour d’expérience. Il ne s’agit pas de transformer les étudiants en simple main-d’œuvre temporaire.

Chaque mission doit être associée à des compétences à acquérir, encadrée par un tuteur et évaluée à la fois par l’enseignant et le responsable de l’entreprise. Les résultats du stage doivent ensuite revenir vers l’établissement afin d’identifier les lacunes, d’adapter les équipements et de renforcer les compétences des enseignants. Cette boucle de rétroaction est essentielle pour améliorer en continu la qualité de la formation.

Le professeur associé et docteur Pham Hong Long insiste également sur la nécessité de faire évoluer les méthodes d’enseignement et d’évaluation.

« Si l’on parle de formation fondée sur les compétences, mais qu’à la fin du semestre on demande encore principalement aux étudiants de restituer les connaissances apprises, l’écart avec la réalité professionnelle restera difficile à réduire. Les enseignants doivent se tenir au plus près des réalités des entreprises et des destinations touristiques, tandis que les professionnels et les responsables du secteur doivent être davantage associés à la formation », affirme-t-il.

De nouvelles compétences pour un tourisme en pleine mutation

Au-delà des connaissances traditionnelles, les spécialistes estiment que les étudiants doivent désormais maîtriser les langues étrangères professionnelles, l’intelligence artificielle et les technologies numériques, mais aussi la vente, le marketing, les bases de la gestion et de la finance, la gestion de l’expérience client et la communication interculturelle.

L’IA et les données doivent être intégrées à l’ensemble de la formation et non traitées comme une simple matière supplémentaire. Les futurs professionnels doivent apprendre à utiliser les technologies, mais aussi à vérifier les informations, exercer leur jugement, faire preuve de créativité et assumer la responsabilité de leurs décisions.

Pour faire du tourisme un secteur économique de pointe, la qualité des ressources humaines sera déterminante. Elle constitue l’un des piliers du passage d’un modèle de croissance fondé sur les volumes à un modèle davantage tourné vers la qualité et la valeur ajoutée.

Lorsque les établissements forment d’abord aux compétences, que les entreprises participent dès le processus de formation et que les étudiants peuvent confronter leurs acquis à la réalité du terrain, le fossé entre l’université et le monde professionnel peut enfin se réduire.

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