De la guerre à la paix et à la réunification. D’un pays pauvre, encerclé et soumis à l’embargo à un Vietnam ouvert sur le monde et de plus en plus profondément intégré à la vie internationale. Mais une chose, semble-t-il, n’a pas changé : « la posture de toute la nation ».
De la Déclaration d’Indépendance à la pensée diplomatique vietnamienne
Le 2 septembre 1945, le Président Hô Chi Minh ne s’adressait pas seulement à ses compatriotes, mais adressait également un message aux amis des cinq continents. Au début de la Déclaration d’Indépendance, il reprit les paroles immortelles de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis de 1776 : « Tous les hommes sont créés égaux ».
Il cita ensuite la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de la Révolution française de 1791, affirmant les droits sacrés de l’être humain. Partant des droits de l’homme, le Président Hô Chi Minh franchit alors une étape d’une créativité remarquable : « En élargissant cette idée, elle signifie que tous les peuples du monde sont égaux dès leur naissance ; chaque peuple a le droit de vivre, d’être heureux et d’être libre ».
« En élargissant cette idée » : trois mots seulement, mais qui ouvrent sur les quatre horizons. Le Président Hô Chi Minh ne plaçait pas le droit à l’indépendance du Vietnam dans l’isolement par rapport au monde. Il inscrivait la question nationale dans le courant même des valeurs que l’humanité progressiste avait établies collectivement. Il s’appuyait sur un langage universel pour affirmer les droits sacrés de la nation.
Il s’agissait d’une conception très profonde de la politique étrangère, prenant l’intérêt national comme point d’appui tout en sachant l’inscrire dans les valeurs communes de l’humanité. Nos ancêtres l’exprimaient simplement en disant qu’il faut vivre avec ses voisins dans l’affection et la solidarité, et se comporter les uns envers les autres comme avec un bol rempli à ras bord.
Indépendance, autonomie et intégration internationale
En revenant sur le parcours de plus de 80 années depuis la Déclaration d’Indépendance, on peut discerner le fil conducteur de la pensée qui sous-tend la politique étrangère du Vietnam : indépendance et autonomie, mais sans isolement ; fermeté sur les principes, mais souplesse dans la stratégie ; défense des intérêts nationaux tout en accordant toujours une grande importance à la paix, à la coopération et aux valeurs communes de la communauté internationale.
Le Président Hô Chi Minh a un jour prononcé une phrase très simple, mais porteuse de toute une philosophie de la puissance douce de la culture vietnamienne : « La force réelle est le gong, la diplomatie en est le son. Plus le gong est grand, plus le son porte loin ». La diplomatie n’est donc pas destinée à se substituer à la puissance réelle du pays. Mais si cette puissance réelle ne se transforme pas en position internationale, en relations, en confiance et en opportunités de coopération, elle aura également du mal à déployer pleinement sa valeur.
Cette puissance et ces victoires continuent de briller dans les pages glorieuses de l’histoire nationale !
Dans les confrontations disproportionnées, nos ancêtres ont jadis vaincu la brutalité par la grande cause juste, remplacé la violence par l’humanité ; vaincu le fort par le faible et affronté le grand nombre avec des forces moins nombreuses. Une leçon d’une valeur inestimable, profondément ancrée dans la tradition diplomatique vietnamienne, se résume dans cette maxime : « S’appuyer sur l’immuable pour faire face aux mille changements. ».
Derrière chaque victoire ne se trouvait pas seulement la puissance des armes, mais aussi celle de la cause juste, du peuple, de l’art de la conduite et de la capacité à rassembler les forces favorables à la grande cause. La diplomatie vietnamienne moderne perpétue cet esprit et cet héritage précieux.
Une ancienne coutume thaï-vietnamienne dit : « Lorsqu’un problème se présente, revenez consulter l’histoire ». Chaque époque, chaque nation possède sa propre manière de réfléchir à l’histoire et de la faire. Si nos ancêtres devaient ouvrir des chemins à travers les portes de la guerre, aujourd’hui, le pays ouvre les portes de la paix, de la coopération, des sciences et technologies, du commerce, de l’investissement… Nous ne cherchons pas à éviter les vents violents ; nous apprenons à voler dans ces vents sans perdre notre direction.
L’action extérieure au service du développement et du rayonnement du pays
La Résolution du XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam définit l’exigence de poursuivre de manière constante une politique étrangère indépendante, autonome et fondée sur l’autonomie nationale, la paix, l’amitié, la coopération et le développement ; de diversifier les relations extérieures ; d’être un membre responsable de la communauté internationale ; et, parallèlement, de développer les relations extérieures dans la nouvelle ère à la mesure de l’envergure historique et culturelle ainsi que de la position du pays.
Si, auparavant, la politique étrangère était principalement envisagée sous l’angle de la défense de l’indépendance et de la souveraineté, du maintien d’un environnement pacifique et de la mobilisation des ressources internationales, elle doit aujourd’hui devenir de plus en plus une ressource stratégique au service du développement.
Le jour même de l’anniversaire du Président Hô Chi Minh, le 19 mai 2026, le Bureau politique a promulgué la Résolution no 06-NQ/TW, constituant précisément une étape importante dans cette direction.
Il s’agit de passer de la réflexion sur la politique étrangère à la nécessité de perfectionner la théorie de la politique étrangère vietnamienne, de construire une diplomatie moderne, professionnelle et globale, d’accélérer fortement la transformation numérique et de renforcer les liens étroits avec l’économie, la défense, la sécurité, les sciences et technologies et la culture.
C’est un passage d’une pensée fondée sur la réaction à une pensée fondée sur la capacité à façonner l’avenir. La diplomatie ne doit pas seulement se tenir devant les portes pour préserver ce que le pays possède déjà. Elle doit aussi ouvrir de nouvelles portes.
Au cours du premier semestre 2026, cette vision s’est manifestée de manière de plus en plus nette. Les relations avec les grands partenaires et les principaux centres de pouvoir internationaux ont continué d’être conduites de manière proactive et flexible. La diplomatie s’est étroitement articulée avec le commerce, l’investissement, les sciences et technologies, la transformation numérique, la transition verte et la formation des ressources humaines.
Les activités extérieures se sont également davantage tournées vers les collectivités locales et les entreprises. Cela témoigne d’un changement important : la politique étrangère n’est plus une question relevant des seuls diplomates. Elle s’inscrit alors véritablement dans la vie quotidienne. C’est également à partir de là qu’apparaît une évolution notable de la posture du pays : de la simple « participation au jeu » à la contribution à la « définition des règles du jeu ».
Une contribution active à la paix, à la coopération et au développement
Le Vietnam a déjà entrepris des démarches significatives dans cette direction. Aux Nations unies, il a activement promu des questions relatives aux femmes, à la paix et à la sécurité. De même, pendant la pandémie de Covid-19, le pays a proposé des initiatives en faveur de la solidarité mondiale face à la pandémie.
Dans le domaine maritime, le Vietnam a constamment défendu la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982, cadre juridique international régissant les activités en mer et dans les océans, tout en œuvrant à la mise en place d’un Code de conduite en mer de Chine méridionale substantiel et conforme au droit international.
Plus particulièrement, en juin 2026, l’élection pour la première fois d’un représentant vietnamien au poste de juge au Tribunal international du droit de la mer, pour le mandat 2026-2035, a constitué un jalon particulièrement significatif.
L’expérience nous enseigne avec encore plus de force ceci : défendre les intérêts nationaux et défendre les principes communs du droit international ne sont pas deux voies opposées. Inscrire les intérêts nationaux dans les valeurs communes de l’humanité constitue précisément une manière de les défendre de façon plus durable. Une diplomatie créative ne peut être dissociée de la puissance nationale. Pour qu’un gong porte loin, il ne suffit pas que sa caisse soit suffisamment grande ; il faut également un alliage de qualité, un sommet de gong correctement conçu et une main habile capable d’en faire résonner tout l’écho.
Cet esprit se poursuit dans une nouvelle direction : des intérêts nationaux aux intérêts communs de la région et du monde ; d’une intégration destinée à mobiliser les ressources extérieures à une intégration visant à contribuer ensemble à la création de nouvelles ressources pour le développement. Plus profondément encore, il s’agit du passage d’un Vietnam situé au milieu du XXe siècle, qui avait besoin que le monde reconnaisse son droit à l’indépendance, à un Vietnam capable d’apporter ses propres valeurs au monde.
Le Vietnam ne se contente plus d’écouter et de comprendre ; il souhaite également ouvrir son cœur et faire entendre sa voix ainsi que montrer ses capacités : « Lorsque nous venons frapper à chaque porte/Alors confiance et franchise nous accueillent » (poème de Nguyen Khoa Diem).
Il s’agit d’un changement majeur dans l’envergure du pays. Mais ce changement ne constitue pas une transformation de l’essence même de la nation ; il est au contraire le prolongement et le développement des valeurs établies dès l’automne 1945. C’est peut-être là que réside la profondeur d’une diplomatie créative marquée par l’identité vietnamienne dans l’ère de l’essor de la nation.
Si, en 1945, « élargir cette idée » était la pensée d’une nation qui venait de se libérer du joug de l’esclavage et de reprendre en main son propre destin, aujourd’hui, « construire » est la pensée d’un pays qui contribue activement à créer des conditions internationales plus favorables à son propre développement et à celui de la communauté. La grande marche de la nation est éclairée par une vérité à la fois simple et profonde : préserver les intérêts nationaux tout en inscrivant ces intérêts dans la paix, la coopération et les valeurs communes de l’humanité.