La visite d’État au Vietnam du président sud-coréen Lee Jae Myung, prévue du 21 au 24 avril, intervient à un moment où les relations entre le Vietnam et la République de Corée s’ouvrent sur de nouvelles perspectives, avec l’ambition de franchir une étape qualitative dans le cadre de leur partenariat stratégique intégral.
Selon Kwon Sung Taek, vice-président exécutif de l’Association des échanges culturels et économiques République de Corée–Vietnam (KOVECA), cette visite revêt non seulement une dimension politique et diplomatique, mais vise également des objectifs concrets, notamment l’examen de la mise en œuvre des accords conclus lors du sommet tenu à Séoul en août 2025, ainsi que leur traduction en résultats économiques tangibles.
La visite du secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, To Lam, en République de Corée en août 2025, la première d’un dirigeant vietnamien de ce niveau depuis onze ans, a jeté les bases d’une nouvelle phase de développement des relations bilatérales.
Dans cette continuité, le déplacement du président Lee Jae Myung au Vietnam devrait contribuer à approfondir davantage le partenariat stratégique intégral, alors que le Vietnam entre dans une nouvelle phase de mise en œuvre de sa stratégie de développement à la suite du XIIIe Congrès national du Parti.
Dans un contexte international marqué par des évolutions complexes, notamment les tensions récentes au Moyen-Orient et les défis pesant sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, le renforcement de la coordination entre les deux pays apparaît plus nécessaire que jamais.
Le Vietnam et la République de Corée partagent en effet des intérêts communs en matière de stabilité régionale, de coopération économique et de sécurité énergétique.
Sur le plan concret, la visite devrait mettre l’accent sur des domaines clés tels que l’énergie, en particulier le nucléaire civil, le développement des grandes infrastructures comme les lignes ferroviaires à grande vitesse et les nouvelles zones urbaines, ainsi que la coopération dans les hautes technologies et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Les deux parties ambitionnent également de porter les échanges commerciaux bilatéraux à 150 milliards de dollars d’ici à 2030.
Selon Kwon Sung Taek, les relations bilatérales s’apprêtent à évoluer d’un modèle de « coopération de production » vers un « partenariat axé sur la technologie et l’innovation », traduisant une transformation stratégique adaptée aux nouvelles exigences de développement des deux économies.
Au-delà de l’économie, la coopération s’étend désormais à l’ensemble des domaines, notamment la politique, la diplomatie, la défense, la sécurité, ainsi que les échanges entre les peuples.
L’approche pragmatique des dirigeants des deux pays, centrée sur les intérêts nationaux et le bien-être des populations, constitue un socle solide pour un développement durable des relations.
Dans le domaine culturel, les relations Vietnam–République de Corée connaissent un essor remarquable, évoluant progressivement vers une véritable « communauté culturelle ».
La vague Hallyu au Vietnam dépasse désormais le simple phénomène de mode pour s’inscrire durablement dans les modes de vie, notamment chez les jeunes générations.
Dans le même temps, la coopération évolue du « simple accès aux contenus » vers la « coproduction », ouvrant de nouvelles perspectives pour les industries créatives.
Dans cette optique, le modèle « matière vietnamienne – créativité coréenne – distribution mondiale » apparaît comme une orientation prometteuse.
Le Vietnam ne se limite plus à un marché de consommation, mais s’affirme progressivement comme un partenaire de co-création de contenus. Le développement de programmes de formation inspirés de la K-pop ou encore la promotion de la V-pop à l’international en sont des illustrations concrètes.
Sur le plan économique, si les trois dernières décennies ont été marquées par un développement vertical des relations, sous l’impulsion de grands groupes sud-coréens tels que Samsung, LG, Hyundai ou Hyosung, les années à venir devraient voir l’émergence d’un modèle de coopération horizontale, avec une participation accrue des petites et moyennes entreprises (PME) des deux pays.
La coopération entre PME devrait s’étendre au-delà de la fourniture de composants, en intégrant le transfert de technologies, les coentreprises et la transformation numérique.
Elle contribuera ainsi à renforcer les capacités intrinsèques des entreprises vietnamiennes, tout en permettant aux entreprises sud-coréennes de consolider leurs chaînes de production à l’échelle mondiale.
La complémentarité entre les capacités de planification de la République de Corée et les ressources humaines abondantes du Vietnam est susceptible de favoriser l’émergence d’entreprises technologiques à vocation mondiale.
Par ailleurs, l’essor rapide du commerce électronique au Vietnam offre de nouvelles opportunités aux marques sud-coréennes pour accéder directement aux consommateurs locaux.
Toutefois, la concrétisation de ce potentiel nécessite un soutien accru des autorités des deux pays, notamment à travers la mise en place de plateformes de mise en relation interentreprises (B2B), l’élargissement des fonds de soutien conjoints, la simplification des procédures administratives et le renforcement des incitations fiscales.
Parallèlement, la coopération dans le domaine des ressources humaines est identifiée comme un levier stratégique pour le développement durable des relations bilatérales.
Le Vietnam est actuellement le premier pays en nombre d’étudiants étrangers en République de Corée, avec une forte proportion inscrite dans les filières scientifiques et technologiques, reflétant une demande croissante d’accès au savoir et à l’innovation.
Dans un contexte de compétition mondiale accrue pour les talents, la coopération entre les deux pays doit dépasser la simple fourniture de main-d’œuvre pour évoluer vers une stratégie globale de développement et de partage des ressources humaines qualifiées.
La mise en place d’un écosystème intégrant formation, mobilité et installation est ainsi jugée essentielle.
Des initiatives telles que la création de modèles universitaires conjoints axés sur les hautes technologies ou encore l’exploitation des centres de recherche et développement (R&D) des entreprises sud-coréennes implantées au Vietnam pour favoriser le transfert de connaissances sont considérées comme des solutions pertinentes.
Elles permettront de promouvoir une « circulation des cerveaux » plutôt qu’une « fuite des cerveaux », en instaurant un cycle vertueux de mobilité des talents.
En définitive, la visite du président Lee Jae Myung au Vietnam ne se limite pas à une portée symbolique, mais ouvre la voie à une redéfinition du cadre de coopération bilatérale vers davantage de profondeur et de durabilité.
Elle marque une étape clé dans la transition d’une croissance quantitative vers une amélioration qualitative, d’une coopération de production vers un partenariat fondé sur la technologie et l’innovation.
Fortes de plus de trois décennies de relations solides et d’une volonté politique affirmée, les relations Vietnam-République de Corée sont appelées à se développer de manière encore plus dynamique, contribuant ainsi à la paix, à la stabilité et à la prospérité de la région.