Aux confins de Nghe An, la frontière se joue dans la stabilité des populations

Avec plus de 460 kilomètres de frontière terrestre, la province de Nghe An (au Centre du Vietnam) ne limite pas la question de la souveraineté à une ligne de frontière ou à des bornes. La sécurité repose surtout sur la capacité à maintenir les populations sur place, sécuriser les territoires et renforcer la cohésion locale.

Renforcer la participation de la population

La province de Nghe An partage sa frontière avec trois provinces du Laos Xieng Khoang, Bolykhamxay et Hua Phan. Cette zone de plus de 460 kilomètres, marquée par plus d’une centaine de bornes, concerne 21 communes frontalières.

Dans plusieurs localités comme Muong Tip, Na Ngoi, Bac Ly ou My Ly, les autorités placent la stabilité de la population au centre de leurs priorités. Sans conditions de vie suffisantes, la sécurité ne peut pas être assurée sur le long terme.

Les initiatives économiques reposent souvent sur des figures locales reconnues comme les anciens du village, les chefs de hameau ou les personnes influentes dans les minorités ethniques.

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Hoa Pho Nganh, personne de confiance du village de Xop Lau, commune de Muong Tip. Photo : Vietnamnet.

À Xop Lau, dans la commune de Muong Tip, Hoa Pho Nganh joue ce rôle. Il participe depuis des années aux campagnes de sensibilisation avec les gardes-frontières et développe en même temps un modèle agricole combinant jardin, étang, élevage et rizière sur plus de deux hectares. Son exemple a inspiré de nombreux foyers du village qui ont progressivement changé leur mode de production et amélioré leur niveau de vie.

Dans d’autres localités, des cadres retraités et des membres expérimentés participent à la vie locale pour renforcer les structures de base. À Lien Phuong, dans le district de Que Phong, Vi Van Nhat continue de jouer un rôle actif après sa retraite.

Lors de la construction de routes, Vi Van Nhat a donné une partie de son terrain, encourageant ainsi les autres habitants à suivre. Son initiative a permis de faire avancer les programmes de développement rural, d’améliorer l’environnement et de développer les infrastructures culturelles à Lien Phuong, avec des routes désormais dégagées et propres.

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Vi Van Nhat, personne de confiance du village de Liên Phương, commune de Que Phong, partage son expérience en matière de sensibilisation et de mobilisation de la population. Photo : Vietnamnet.

Dans les efforts pour assurer la sécurité aux frontières et accompagner les populations dans le développement économique et la réduction de la pauvreté, les gardes-frontières restent la force centrale en première ligne, selon le principe du « vivre avec, manger avec et travailler avec la population, être présent sur le terrain, au village, auprès des habitants et sur les zones clés ».

Ils ne se limitent pas aux patrouilles ni à la protection de la frontière, mais participent aussi à la construction de routes et de ponts, à l’installation de réservoirs d’eau, à la rénovation des écoles, au soutien des moyens de subsistance et à la prise en charge d’élèves défavorisés. Cette présence concrète contribue à renforcer la confiance de la population.

Rester au village pour préserver la terre, un choix d’avenir

Malgré ces efforts, l’objectif de construire une zone frontalière stable à Nghe An, fondée sur la stabilité de la population, du territoire et de la frontière, reste confronté à de nombreuses difficultés.

Dans de nombreuses communes frontalières, le taux de pauvreté atteint encore 50 à 60 %. Le revenu moyen reste faible, autour de 20 millions de dôngs par personne et par an. L’économie dépend surtout de l’agriculture et de l’élevage à petite échelle.

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Village frontalier de la commune de Nhon Mai .vu de loin. Photo : Vietnamnet.

Selon le lieutenant-colonel Nguyen The Anh, commandant du poste de Nhon Mai, les actions concrètes des soldats renforcent la confiance des habitants. Lorsque les militaires accompagnent la population dans la vie quotidienne, la protection de la frontière devient une responsabilité partagée.

Cependant, les difficultés économiques peuvent pousser certains habitants à participer à des activités illégales comme le trafic de drogue, l’exploitation forestière illégale ou le départ à l’étranger sans autorisation. Les catastrophes naturelles comme les inondations et les glissements de terrain deviennent aussi plus fréquentes et menacent directement les villages.

Les infrastructures restent insuffisantes dans de nombreuses zones. Les routes, l’électricité, l’eau, les télécommunications, les écoles et les centres de santé ne répondent pas encore aux besoins. L’écart de développement entre les régions de plaine et les zones montagneuses reste important.

Dans ce contexte, maintenir la population sur place reste un défi. Sans amélioration réelle des conditions de vie, la stabilité sera difficile à garantir.

Pour Pham Viet Phuc, président du comité populaire de la commune de Bac Ly, il faut prioritairement améliorer les routes reliant les communes frontalières et relocaliser les habitants vivant dans les zones à risque. Il est aussi nécessaire de développer des activités économiques adaptées aux conditions locales et de créer des emplois sur place pour limiter les départs.

En même temps, les autorités veulent renforcer la sensibilisation au respect de la loi, lutter contre les trafics, consolider les structures locales et développer la coopération avec les forces de protection frontalière du Laos, souligne le responsable local.

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