À l’invitation du premier ministre indien Narendra Modi, son homologue vietnamien, Le Minh Hung, à la tête d’une délégation de haut niveau, participera au 18ᵉ sommet des BRICS. Il effectuera également des activités bilatérales en Inde les 12 et 13 septembre 2026.
À cette occasion, les correspondants de la Voix du Vietnam en Inde se sont entretenus avec Sonu Trivedi, professeure à l’Université de Delhi, chercheuse principale à l’India Foundation et directrice fondatrice du Centre d’études vietnamiennes. Elle analyse le rôle du Vietnam comme pays partenaire des BRICS et les nouvelles perspectives de coopération qui en découlent.
Le Vietnam entame son partenariat avec les BRICS alors que l’Inde en assure la présidence en 2026. Parallèlement, les relations vietnamo-indiennes viennent d’être élevées au rang de Partenariat stratégique global renforcé. Que signifie cette convergence pour le rôle du Vietnam au sein des BRICS et pour ses relations avec l’Inde ?
Sonu Trivedi : Le Vietnam inaugure sa première année en qualité de pays partenaire au moment même où l’Inde assume la présidence des BRICS. Cette coïncidence revêt une importance particulière, puisque l’Inde et le Vietnam ont élevé leurs relations au rang de Partenariat stratégique global renforcé en mai dernier.
Nous sommes très heureux d’accueillir le Vietnam, un partenaire auquel l’Inde accorde une importance particulière. L’Inde est le seul pays avec lequel le Vietnam a établi un Partenariat stratégique global renforcé. C’est également la première fois que le Vietnam participe à un sommet des BRICS en Inde en qualité de pays partenaire, ce qui ouvre de nouvelles perspectives aux deux pays.
Cette participation revêt aussi une portée stratégique. Compte tenu de la position géographique du Vietnam et du contexte géopolitique dans l’Indo-Pacifique, le rapprochement entre Hanoï et New Delhi, associé à la participation vietnamienne aux BRICS, envoie un signal important en faveur d’une connectivité et d’une coopération régionales accrues.
Les aspirations de développement des deux pays présentent également de nombreuses similitudes. L’Inde entend devenir un pays développé d’ici à 2047, conformément à sa vision Viksit Bharat, tandis que le Vietnam poursuit le même objectif à l’horizon 2045. Cette convergence des ambitions à long terme offre une base supplémentaire au renforcement de la coopération, aussi bien dans le cadre bilatéral qu’au sein des BRICS.
La coopération entre le Vietnam, l’Inde et les autres membres du groupe dispose d’un potentiel considérable dans de nombreux secteurs.
Le premier concerne l’économie et les infrastructures numériques, ainsi que les solutions de paiement électronique. Les différents pays peuvent y partager leurs expériences et mettre en œuvre une coopération concrète.
Le deuxième couvre l’intelligence artificielle, les sciences et technologies ainsi que les infrastructures de l’information et de la communication. Dans ces domaines, les gouvernements, mais aussi les entreprises et les jeunes pousses du Vietnam, de l’Inde et des autres pays des BRICS peuvent jouer un rôle important.
Le troisième porte sur les minerais critiques, dont l’importance ne cesse de croître pour les économies et les nouvelles industries technologiques. Une coopération renforcée permettrait de diversifier les sources d’approvisionnement de l’Inde comme des autres membres des BRICS.
L’innovation verte, les technologies propres et les énergies renouvelables constituent un autre champ prometteur. Le Vietnam ayant rejoint l’Alliance solaire internationale, cette organisation pourrait servir de plateforme à une coopération élargie dans les énergies propres et les technologies nécessaires à la transition écologique.
Enfin, les sciences, la recherche et l’innovation offrent de vastes perspectives. Le Vietnam, l’Inde et les autres pays membres pourraient lancer des programmes de recherche communs, partager leurs technologies et renforcer leurs capacités. De telles initiatives profiteraient non seulement à chaque pays, mais aussi à l’ensemble des BRICS. C’est pourquoi je tiens tout particulièrement à souligner l’importance du renforcement des capacités par la science, la recherche et l’innovation.
L’Inde souligne régulièrement le rôle du Vietnam dans sa politique « Act East » et sa stratégie indo-pacifique. Membre influent de l’ASEAN, le Vietnam possède une économie ouverte et participe étroitement aux chaînes de valeur mondiales. Quelle contribution spécifique peut-il apporter aux BRICS et quels avantages le groupe pourrait-il tirer d’une connectivité accrue avec le Vietnam et, à travers lui, avec l’Asie du Sud-Est ?
Sonu Trivedi : L’entrée du Vietnam comme pays partenaire permet aux membres des BRICS de mieux connaître son marché et d’y accéder plus facilement. Le Vietnam joue déjà un rôle solide dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, et son secteur manufacturier offre des possibilités importantes aux pays du groupe.
En retour, les BRICS peuvent aider le Vietnam à intensifier sa coopération et à accéder à de vastes marchés au-delà de l’Asie. Rassemblant de grandes puissances, des puissances intermédiaires et des économies émergentes, le groupe peut lui permettre d’étendre ses partenariats à de nombreuses régions du monde.
Le Vietnam pourrait ainsi servir de passerelle entre les BRICS et l’ASEAN. L’Inde peut, pour sa part, contribuer à renforcer cette connexion, au bénéfice des deux parties.
Une coopération plus étroite avec les pays de l’ASEAN offrirait également aux membres des BRICS de nouvelles possibilités d’exploiter le potentiel de la région, notamment dans l’industrie manufacturière. Les réformes économiques qui y sont engagées font émerger des marchés attractifs pour les échanges et les investissements.
Pour le Vietnam, le renforcement des liens avec les BRICS permettrait à ses produits d’atteindre des débouchés plus nombreux et plus diversifiés.
Au-delà des avantages économiques, cette coopération favoriserait aussi la recherche de consensus et le rééquilibrage stratégique. Nous voyons actuellement des pays de plusieurs continents, dont le Vietnam, intensifier leur coopération et agir ensemble afin de préserver l’équilibre stratégique régional.
Le partenariat avec les BRICS offre au Vietnam un meilleur accès à de grands marchés. Quelles sont aujourd’hui les principales possibilités économiques pour le pays et dans quels secteurs pourrait-il les exploiter rapidement ?
Sonu Trivedi : Sur le plan économique, la participation du Vietnam aux BRICS ouvre d’abord la voie à une diversification des produits et des marchés, créant ainsi de nouveaux débouchés pour ses exportations. Les entreprises vietnamiennes pourront non seulement étendre leurs activités, mais aussi mieux connaître et exploiter les marchés des pays membres.
Les paiements numériques constituent un autre domaine important, que de nombreux membres des BRICS cherchent à développer. Le Vietnam et les autres pays du groupe pourraient renforcer leur coopération et interconnecter leurs infrastructures de paiement afin de faciliter les activités des entreprises et de favoriser l’intégration économique.
L’élargissement des relations économiques ne se limite pas au commerce. Une présence accrue des entreprises et des produits vietnamiens sur les marchés des BRICS intensifierait également les liens entre les populations.
La Nouvelle Banque de développement des BRICS représente une autre piste digne d’intérêt. Cette institution est appelée à mobiliser des ressources supplémentaires en faveur du développement, notamment pour les entreprises et les jeunes pousses. Les start-up vietnamiennes pourraient ainsi disposer de nouvelles possibilités pour se développer au Vietnam et dans les pays membres.
S’agissant du rôle du Vietnam et de sa coopération avec l’Inde et les autres partenaires, il est essentiel de promouvoir des activités commerciales concrètes au sein des BRICS. Une coopération plus étroite entre les entreprises faciliterait l’accès aux marchés, renforcerait la résilience des chaînes d’approvisionnement et stimulerait le développement industriel.
Les infrastructures de paiement numérique et les mécanismes financiers des BRICS pourraient soutenir ce processus en facilitant les échanges commerciaux et le fonctionnement des chaînes d’approvisionnement. La réduction des obstacles aux transactions améliorerait l’environnement des affaires et favoriserait de nouveaux investissements.
L’augmentation de ces flux permettrait aux économies vietnamienne, indienne et à celles des autres pays des BRICS de se connecter plus étroitement, tout en élargissant progressivement leurs marchés et leurs liens économiques.
Je suis donc convaincue que, si les pays conjuguent leurs efforts, les orientations débattues lors du sommet de cette année pourront être traduites en politiques et en actions concrètes.
Merci, Madame la Professeure.
Selon VOV