Créer des espaces d’expérimentation au service de l’innovation

Du prototypage aux essais en conditions réelles, plusieurs dispositifs de soutien aux start-up misent sur la validation technologique. Une évolution qui souligne la nécessité de créer des espaces où les idées peuvent être testées, perfectionnées et transformées en solutions commercialisables.

Présentation des équipements technologiques de start-up lors du Demo Day 2026. (Photo : VIET LAN)
Présentation des équipements technologiques de start-up lors du Demo Day 2026. (Photo : VIET LAN)

Du développement de prototypes aux essais en conditions réelles, en passant par l’accès au marché, plusieurs programmes et politiques de soutien aux start-up accordent désormais une attention accrue à la validation technologique. Cette évolution appelle à créer des espaces où les idées peuvent être testées, perfectionnées puis progressivement mises en pratique.

Tester les idées en conditions réelles

Le Centre national d’innovation du Vietnam (NIC), le Programme des Nations unies pour le développement au Vietnam (PNUD) et Samsung mettent en œuvre le projet RE:ACT, un défi destiné à mobiliser l’innovation des jeunes au service de communautés durables.

Les équipes participantes sont invitées à apporter des réponses à des problématiques concrètes telles que la réduction de la fracture numérique, l’aide aux personnes handicapées, les économies d’énergie, la gestion sécurisée des produits chimiques et l’économie circulaire.

À l’issue de la sélection, 20 équipes bénéficieront pendant six mois de formations, de conseils et de possibilités d’expérimentation. Chacune pourra recevoir une subvention pouvant atteindre 15 000 dollars.

La particularité du programme réside dans le fait que les idées ne restent pas au stade de simples propositions. Elles suivent un processus allant de l’identification du problème et de la conception d’une solution à la réalisation d’un prototype, puis à son expérimentation en conditions réelles. Selon le NIC, le programme vise à renforcer la viabilité des initiatives portées par les jeunes afin qu’elles puissent produire des effets concrets pour la collectivité.

Un autre dispositif conduit par le NIC, le PNUD et leurs partenaires illustre également cette approche intégrée, de l’idée au marché. Lors du Demo Day 2026 du Programme d’incubation Vietnam–Japon, cinq des douze start-up accompagnées pendant six mois ont signé des protocoles d’accord ou des contrats avec des entreprises japonaises.

Ces jeunes pousses ont bénéficié de formations, de mises en relation avec des entreprises, des experts et des partenaires commerciaux, ainsi que de la possibilité de tester certains modèles opérationnels. Selon Do Tien Thinh, directeur adjoint du NIC, près de 20 % des start-up participantes ont créé des perspectives de coopération commerciale ou d’investissement à l’international. Plus de dix partenariats commerciaux et financiers ont ainsi été établis.

Dans de nombreuses provinces, l’écosystème entrepreneurial reste toutefois insuffisamment connecté aux marchés, aux conseillers et aux sources de financement adaptées. Les start-up spécialisées dans les technologies de rupture ont, quant à elles, besoin de davantage de temps et de moyens pour se développer.

Les centres d’innovation, universités, instituts de recherche et fonds d’investissement doivent donc jouer un rôle accru dans la mise en relation des idées, des connaissances, des capitaux et des marchés.

Cette difficulté est particulièrement marquée pour les entreprises issues de travaux scientifiques. De nombreuses technologies restent cantonnées à des projets de recherche ou à des essais et ne deviennent jamais des produits commercialisables. Les entreprises créées par essaimage à partir d’universités ou d’instituts de recherche rencontrent également des obstacles en matière de financement, de mécanismes de soutien et d’accès au marché.

Selon les experts, outre l’amélioration des politiques, les entreprises doivent être aidées à sélectionner les programmes correspondant à chaque étape de leur développement afin d’accéder plus efficacement aux ressources disponibles. Il convient également de multiplier les espaces permettant de tester, d’ajuster et de perfectionner les technologies avant leur commercialisation.

Des besoins concrets aux environnements de validation

Plusieurs collectivités locales mettent progressivement en place différents instruments afin d’élargir les possibilités d’expérimentation et de perfectionnement technologique offertes aux entreprises.

Hanoï déploie ainsi des cadres réglementaires expérimentaux contrôlés, ou « sandboxes », dans certains secteurs technologiques émergents. La capitale met également en place un fonds de capital-risque selon un modèle associant investissement public et gestion privée, développe une plateforme d’échange d’idées et examine une proposition de Phenikaa-X visant à tester un système de véhicules autonomes de niveau 4.

Parallèlement à ces espaces d’expérimentation, des mesures d’aide directe au développement de produits sont également appliquées.

À Hô Chi Minh-Ville, les projets innovants relevant de l’industrie numérique peuvent bénéficier d’une prise en charge de 50 % de leurs dépenses de recherche, de développement et de production expérimentale, dans la limite de 150 millions de dôngs par projet. L’acquisition de licences et le renouvellement technologique peuvent recevoir une aide allant jusqu’à 400 millions de dôngs par projet.

À Hai Phong, le financement est associé à des mécanismes d’expérimentation, notamment au moyen d’un fonds de capital-risque et de sandboxes consacrées aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle et à la neutralité carbone. Parmi les 45 projets prioritaires soutenus, 68 % connaissent une évolution positive, génèrent des revenus stables et créent de nouveaux emplois.

À l’échelle nationale, le Programme de développement de l’industrie numérique pour la période 2026-2030, assorti d’une vision à l’horizon 2045, prévoit la création d’infrastructures mutualisées destinées à la recherche, à l’expérimentation, aux essais et aux mesures.

Tran Anh Tu, directeur adjoint du Département des technologies numériques et de l’intelligence artificielle au ministère des Sciences et des Technologies, a indiqué que, dans le domaine des semi-conducteurs, le Vietnam prévoyait notamment de développer des infrastructures de production pilote et de test des puces. Le pays entend également mettre en service un centre national d’appui à la production expérimentale de semi-conducteurs.

Ces infrastructures seront d’autant plus efficaces qu’elles répondront à des besoins concrets. Les villes et les collectivités doivent actuellement relever de nombreux défis liés aux transports, à l’environnement, à la santé, à l’éducation, à la logistique, à la transformation numérique, à l’énergie et à la gouvernance urbaine. Ces problématiques peuvent servir de points de départ aux start-up, aux entreprises technologiques et aux équipes de recherche pour développer leurs solutions.

Le Programme d’incubation Vietnam–Japon en offre un exemple. Des enjeux touchant l’agriculture, la santé, la production, la logistique, la réduction des émissions et l’éducation y sont mis en relation avec des solutions technologiques, des normes et des partenaires commerciaux.

Cette démarche revêt une importance particulière pour les technologies émergentes. Pour investir durablement dans les technologies clés, les entreprises ont besoin de problématiques concrètes, d’un premier marché et d’un environnement permettant de valider leurs produits.

Selon Tran Anh Tu, le Programme de développement de l’industrie numérique accorde une place centrale aux commandes, à l’attribution de missions ainsi qu’à la location et à l’achat de produits et services numériques. Il vise également à promouvoir les produits et services « Make in Vietnam », à rapprocher l’offre et la demande et à stimuler le marché intérieur.

L’expérimentation et le marché doivent donc être intégrés dans un processus unique : les infrastructures d’essai permettent de perfectionner les technologies, tandis que les commandes, les marchés publics et les premiers clients offrent aux produits la possibilité de franchir le cap de la commercialisation.

Le Vietnam compte actuellement quelque 4 000 start-up. En 2026, son écosystème entrepreneurial a intégré pour la première fois le classement des 50 meilleurs écosystèmes de start-up au monde.

Alors que cet écosystème accorde progressivement davantage d’importance à la qualité, la commercialisation des technologies, le développement des entreprises et la mise sur le marché de produits compétitifs deviennent des enjeux déterminants.

Aux côtés des programmes d’incubation, de nombreuses politiques nationales et locales créent des conditions supplémentaires pour transformer les idées en prototypes, les tester et leur ouvrir l’accès au marché. La multiplication des environnements de validation et des problématiques issues de la réalité permettra aux innovations de se perfectionner, d’être appliquées et de générer une véritable valeur économique.

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