La plupart des grandes puissances possèdent des entreprises phares dans les secteurs stratégiques. La Chine compte sur Huawei dans les télécommunications, la République de Corée s'appuie sur Samsung et LG dans l'électronique, Taïwan (Chine) s'appuie sur TSMC dans la production de puces, tandis que les États-Unis disposent de NVIDIA, Microsoft, Google ou SpaceX pour dominer l'intelligence artificielle, le cloud computing et les technologies spatiales.
Afin d'atteindre l'objectif d'une croissance économique à deux chiffres, le Vietnam ne peut plus compter uniquement sur l'augmentation des investissements traditionnels ou de la production brute. Le nouvel élan doit provenir de la science, de la technologie, de l'innovation et de la transformation numérique.
Lors de la récente réunion du gouvernement avec le milieu des affaires, le ministre des Finances, Ngo Van Tuan, a insisté sur la nécessité de finaliser dans les meilleurs délais la liste des grandes entreprises d'État appelées à jouer un rôle de leader dans les secteurs stratégiques.
Il s'agit de constituer une force motrice capable de tirer des milliers d'entreprises. Une locomotive ne peut accélérer que si son moteur est puissant. Sans entreprises pionnières maîtrisant les technologies clés, le Vietnam aura du mal à progresser dans l'intelligence artificielle, les semi-conducteurs, la cybersécurité ou les infrastructures numériques, a expliqué le ministre.
En conclusion de la réunion, le Premier ministre Le Minh Hung a demandé de valoriser le rôle moteur des grandes entreprises et des sociétés de haute technologie dans la transformation numérique et la transition verte, afin de créer une nouvelle valeur ajoutée. Le chef du gouvernement a chargé le ministère de la Science et de la Technologie d'élaborer des mécanismes d'incitation à l'innovation et aux investissements en recherche et développement.
Les grandes entreprises d'État doivent assumer la direction des investissements dans les infrastructures et les industries stratégiques, tout en créant des conditions favorables aux entreprises privées, notamment les petites et moyennes, pour s'intégrer dans les chaînes d'approvisionnement.
Du point de vue d’entreprise, Tao Duc Thang, président et directeur général du groupe Viettel, a souligné que la désignation des entreprises leaders doit s'accompagner de missions concrètes : maîtriser les technologies clés, développer les chaînes d'approvisionnement locales et participer aux projets nationaux majeurs. Viettel a proposé au gouvernement de définir la liste des entreprises majeures, incluant Viettel, VNPT, MobiFone, FPT ou CMC, tout en accordant des mécanismes d'expérimentation et en agissant comme premier acheteur public.
De son côté, Huynh Quang Liem, directeur général de VNPT, a estimé que le pays doit utiliser le marché intérieur comme tremplin pour permettre aux entreprises de concevoir des produits clés. Il a préconisé la mise en place d'un mécanisme national de commande publique identifiant chaque année des projets prioritaires assignés aux entreprises locales.
Partageant cette orientation, Nguyen Trong Khang, président de MK Group, a indiqué que les commandes nationales permettraient de structurer des chaînes de valeur de marque vietnamienne face à la concurrence des multinationales. Il a également suggéré au gouvernement de soutenir l'accès aux technologies avancées par des opérations de fusion-acquisition à l'étranger et de mettre en place des normes techniques adaptées pour prioriser l'usage des produits technologiques « Make in Vietnam » dans les infrastructures critiques.
Nguyen Trung Chinh, président du groupe CMC, a souligné que le Vietnam devait rapidement instaurer un mécanisme de sélection et d'attribution de tâches clairement définies à des entreprises compétentes, plutôt que de laisser les ressources se disperser.Pour chaque technologie stratégique, il est nécessaire de définir précisément les objectifs à accomplir, puis de sélectionner les entreprises les plus aptes à les réaliser. C'est une condition essentielle pour transformer les ambitions stratégiques en programmes d'action concrets, a-t-il déclaré.