Parmi elles figure l'architecte Nguyen Xuan Thang, dont la méthode de décryptage des photographies aériennes a déjà permis de localiser de nombreuses fosses communes de martyrs.
Dans le milieu de la recherche des sépultures de martyrs, le nom de Nguyen Xuan Thang, architecte né en 1972 et installé à Hô Chi Minh-Ville, revient régulièrement. Grâce à son expertise dans l'analyse des photographies aériennes, lui et son équipe ont déjà contribué à retrouver les dépouilles de près de 600 martyrs.
Son engagement dans cette mission trouve son origine au début des années 2000, alors qu'il n'avait que 27 ans.
À la demande de sa mère, il entreprend alors de retrouver la tombe de son oncle maternel, tombé au combat en 1972 sur le champ de bataille de Quang Nam à l'âge de vingt ans. Les recherches s'avèrent longues et particulièrement difficiles, faute d'informations précises et de témoignages fiables.
Plus récemment, Nguyen Xuan Thang a été officiellement nommé membre du groupe d'experts assistant la vice-Première ministre Pham Thi Thanh Tra dans le cadre de la campagne nationale des « 500 jours et nuits pour intensifier la recherche, le regroupement et l'identification des dépouilles des martyrs ».
Journaliste : Qu'est-ce qui a conduit un architecte à se consacrer au décryptage des photographies aériennes pour retrouver les fosses communes de martyrs ?
Nguyen Xuan Thang : Tout est parti d'une démarche profondément personnelle : retrouver un membre de ma propre famille disparu pendant la guerre.
Il y a un peu plus de vingt ans, je suis parti à la recherche de la tombe de mon oncle, tombé au combat dans la province de Quang Nam. Cette quête a duré plusieurs années et s'est heurtée à d'innombrables obstacles : les informations étaient rares, les souvenirs des témoins parfois imprécis, et les paysages avaient profondément changé avec le temps.
Cette expérience m'a fait comprendre qu'une recherche efficace ne pouvait reposer uniquement sur la mémoire. Elle devait s'appuyer sur une véritable méthode scientifique et sur des sources documentaires solides.
C'est ainsi que je me suis intéressé aux archives photographiques, en particulier aux photographies aériennes.
Cette méthode consiste à exploiter des images prises depuis les airs — par avion, satellite ou drone — puis à les associer à des technologies modernes d'analyse spatiale afin d'identifier les fosses communes, les tranchées funéraires ou les anciennes positions militaires.
Les photographies aériennes constituent aujourd'hui un outil scientifique majeur, permettant d'accroître considérablement la précision des recherches tout en réduisant les délais d'intervention.
Au fil du temps, mon travail d'analyse des données et d'interprétation des images s'est fait connaître auprès des associations et des familles de martyrs, qui sont venues solliciter mon aide.
Ayant moi-même vécu cette attente douloureuse, je comprends profondément ce que ressentent les proches qui ignorent encore où repose un être cher. Tant que les dépouilles n'ont pas été retrouvées et ramenées auprès de leurs familles, cette blessure demeure ouverte.
C'est cette conviction qui nourrit depuis plus de vingt ans mon engagement.
Journaliste : Pouvez-vous présenter brièvement votre méthode de décryptage des photographies aériennes ?
Nguyen Xuan Thang : La première étape consiste à confronter les archives des deux camps ayant participé aux combats afin d'identifier précisément la bataille concernée, les unités engagées et la liste des soldats tombés.
Nous recherchons ensuite toutes les photographies aériennes disponibles : clichés de reconnaissance stratégique, tactique ou même images prises fortuitement.
En comparant les traces visibles sur ces photographies avec le relief actuel, puis en les confrontant aux témoignages recueillis, nous parvenons progressivement à délimiter les zones susceptibles d'abriter des fosses communes.
C'est un travail extrêmement minutieux qui exige patience, rigueur et réévaluations permanentes.
Journaliste : Comment articulez-vous les archives historiques avec les témoignages des anciens combattants américains ?
Nguyen Xuan Thang : Les témoins sont essentiels, mais leurs souvenirs sont souvent fragmentaires, parfois contradictoires. Nous devons donc systématiquement confronter leurs récits aux documents d'archives.
Nous avons la chance qu'aujourd'hui de nombreux anciens combattants américains acceptent de coopérer. Certains mettent leurs documents à disposition, d'autres encouragent même leurs anciens compagnons d'armes à partager leurs souvenirs.
Cette coopération améliore considérablement la fiabilité des informations.
Cette photographie figurait parmi les nombreux clichés aériens que Nguyen Xuan Thang avait patiemment collectés avant de les mettre en ligne. Après un long travail de mise en relation, de recoupement des informations et de vérifications sur le terrain, les équipes de recherche ont finalement découvert, le 17 avril 2017, une fosse commune contenant les dépouilles de 150 combattants appartenant aux 1er et 2e bataillons du 4e régiment de la 5e division, ainsi qu'à une compagnie de commandos de Biên Hòa, tombés lors de l'offensive du Tết 1968.
Cette découverte à l'aéroport de Bien Hoa a constitué un véritable tournant dans son parcours. Elle a définitivement confirmé, à ses yeux, la pertinence de l'exploitation des photographies aériennes pour localiser les fosses communes datant de la guerre.
« Après cette expérience, j'ai compris que les photographies aériennes constituent une preuve objective, permanente et difficilement contestable, contrairement à la mémoire humaine, qui peut s'altérer ou se tromper », explique-t-il.
Journaliste : Quelles sont les principales difficultés pour localiser les lieux d'inhumation ?
Nguyen Xuan Thang : La plus grande difficulté réside dans la transformation des paysages.
Des terrains autrefois vierges sont devenus des quartiers résidentiels ou des terres agricoles. À cela s'ajoutent les déformations géométriques inhérentes aux photographies aériennes, liées aux conditions de prise de vue.
Enfin, il arrive fréquemment que les archives soient incomplètes, ce qui rend chaque recherche incertaine.
Journaliste : Existe-t-il une découverte qui vous a particulièrement marqué ?
Nguyen Xuan Thang : Chaque fois qu'une dépouille est retrouvée, l'émotion est immense.
Je me souviens notamment d'un dossier où, à partir d'un indice très limité, nous avons réussi à localiser la fosse commune contenant les dépouilles de 14 martyrs tombés lors d'un même combat.
Voir les familles accueillir enfin leurs proches constitue la plus belle récompense et la motivation qui me pousse à poursuivre cette mission.
Journaliste : Quel rôle jouent aujourd'hui les sciences et les nouvelles technologies ?
Nguyen Xuan Thang : Je peux l'affirmer sans hésitation : les technologies modernes, en particulier la télédétection, jouent un rôle fondamental.
Elles permettent de reconstituer le paysage d'autrefois, d'améliorer considérablement la précision des recherches et d'éviter des fouilles inutiles, ce qui représente un gain considérable en temps et en ressources.
Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit que d'outils. Ce qui reste déterminant, ce sont les informations disponibles, leur analyse et, surtout, l'expertise humaine.
La technologie ne remplace jamais l'intelligence et l'expérience des hommes.
Journaliste : Comment s'organise votre coopération avec les autorités compétentes ?
Nguyen Xuan Thang : Au départ, il était difficile de convaincre les institutions, car je travaillais en tant que simple particulier. Mais les résultats obtenus ont progressivement instauré une véritable confiance.
Aujourd'hui, j'interviens principalement dans les phases de recherche documentaire et de localisation, tandis que les opérations de fouilles et de rapatriement sont menées par les forces armées et les autorités locales.
J'espère que cette coopération continuera de se renforcer afin de retrouver davantage de sépultures avec encore plus de rapidité et de précision.
Journaliste : Pouvez-vous citer un exemple particulièrement marquant pendant vos travaux de recherche ?
Nguyen Xuan Thang : L'un des dossiers les plus importants concerne un parc situé à Hô Chi Minh-Ville, où nous estimons qu'environ 900 martyrs reposent dans des fosses communes.
À partir de photographies datant de 1968, nous avons identifié trois rangées de sépultures collectives. Après un long travail d'analyse, nous avons pu délimiter leur emplacement avec une marge d'erreur extrêmement faible.
Ces recherches ont servi de base aux fouilles actuellement en cours sur le site de Le Thi Rieng, car elles ont été largement relayées par les médias vietnamiens.
Journaliste : Selon vous, que faudrait-il mettre en place pour mieux valoriser le travail des scientifiques dans ce domaine ?
Nguyen Xuan Thang : Il est essentiel de faciliter l'accès des chercheurs aux archives et aux différentes sources documentaires. Il faut également renforcer la coopération entre toutes les parties concernées.
Plus important encore, il est indispensable d'instaurer une véritable relation de confiance ainsi qu'un mécanisme transparent de partage des informations.
Journaliste : Qu'est-ce qui vous motive après tant d'années ?
Nguyen Xuan Thang : Le sens du devoir et la compassion envers les familles des martyrs.
Lorsque l'on possède des compétences pouvant être utiles à la société, il est naturel de les mettre au service des autres.
Journaliste : Quel message souhaitez-vous adresser à la jeune génération ?
Nguyen Xuan Thang : J'aimerais dire aux jeunes que chacun peut contribuer à sa manière, selon ses compétences et ses possibilités.
Honorer les sacrifices des générations précédentes n'est pas seulement un devoir moral ; c'est aussi une manière de transmettre les plus belles valeurs de notre nation.
Né en 1972 à Hanoï, Nguyen Xuan Thang a effectué ses études à l'Université d'architecture de Hô Chi Minh-Ville. Il vit aujourd'hui dans la métropole du Sud, où il exerce son métier au sein d'une entreprise du secteur de la construction.
Parallèlement à sa carrière d'architecte, il poursuit depuis plus de vingt ans une mission profondément personnelle : retrouver les restes de ses proches tombés au champ d'honneur pendant la guerre.
Deux décennies de recherches inlassables lui ont permis d'acquérir une solide expertise dans la lecture des cartes militaires, le croisement des archives historiques et l'analyse des indices relevés sur le terrain.
Ce savoir-faire est aujourd'hui mis au service des autorités compétentes pour les opérations de vérification, de localisation et de regroupement des dépouilles des martyrs.
L'itinéraire de Nguyen Xuan Thang dépasse ainsi largement le cadre d'une histoire familiale. Il incarne avec force l'esprit de la tradition vietnamienne « Uống nước nhớ nguồn » (En buvant de l'eau, on pense à la source), et témoigne du sens des responsabilités ainsi que de la profonde reconnaissance de la génération d'aujourd'hui envers celles et ceux qui ont sacrifié leur vie pour l'indépendance et la liberté de la Patrie.