Lors du Festival du film documentaire Europe-Vietnam 2026, le public hanoïen a eu l’occasion de rencontrer la réalisatrice suédoise Gunilla Bresky à travers son film Sara med allt sitt väsen.
À travers le parcours de l’écrivaine Sara Lidman, qui s’est rendue au Vietnam pendant les années de guerre, la réalisatrice propose un regard singulier sur le pays, nourri de souvenirs, de pages de journal intime et des témoignages de ceux qu’elle y a rencontrés.
Dans les coulisses du film
Le film Sara med allt sitt väsen s’attache à retrouver la femme qui se tenait derrière les discours, les opinions politiques et les écrits. Une Sara Lidman passionnée et courageuse, mais aussi traversée de contradictions, animée par un désir d’amour et une quête de sens à sa vie.
Le lien entre Gunilla Bresky et Sara Lidman est lui aussi né au Vietnam.
En 1971, alors qu’elle était encore jeune, Gunilla Bresky conduisait Sara Lidman à travers la Suède et l’accompagnait lors de ses conférences. Les récits que Sara lui faisait du Vietnam ont laissé en Gunilla Bresky une impression profonde du pays et de son peuple, notamment de la résilience, de la dignité et de la culture des Vietnamiens.
Des années plus tard, ce souvenir est devenu l’une des motivations qui ont conduit Gunilla Bresky à réaliser un film consacré à Sara Lidman.
Sara Lidman (1923-2004) est née à Missenträsk, un petit village du nord de la Suède. Connue principalement comme écrivaine, son influence sur la société suédoise a largement dépassé le cadre de la littérature.
Elle s’est notamment engagée en faveur des plus vulnérables : les travailleurs, les grévistes et tous ceux qui n'avaient guère voix au chapitre.
Gunilla Bresky décrit Sara comme une femme qui « donnait une voix aux plus vulnérables », toujours déterminée à se tenir aux côtés des travailleurs et à défendre la justice et les droits humains.
Pour Sara Lidman, écrire ne consistait pas seulement à documenter la réalité, mais aussi à placer au cœur du débat public des problématiques auparavant marginalisées. Cet engagement s'est ensuite étendu aux questions environnementales et à la santé des travailleurs.
Ce qu’elle avait observé des effets de la guerre au Vietnam l’a amenée à établir un parallèle avec les défoliants utilisés dans l’industrie forestière suédoise.
Selon Gunilla Bresky, les prises de position de Sara sur les effets de ces produits sur la santé des travailleurs ont contribué à leur interdiction totale en Suède.
Le Vietnam a ainsi occupé une place majeure dans l’engagement de Sara Lidman.
Elle s’y est rendue pour la première fois en 1965 afin d’enquêter sur la guerre et d’en comprendre les réalités.
Au cours de ses voyages en pleine guerre, Sara ne s’est pas contentée d’observer à distance. Elle a rencontré et interviewé les personnes directement touchées et a consigné ses observations à l'aide de sa machine à écrire, qu'elle emportait toujours avec elle.
Après ces voyages, le Vietnam est devenu une part intégrante du travail de Sara Lidman. Elle s’est opposée à la guerre menée par les États-Unis au Vietnam, a partagé son expérience avec le public suédois et est devenue l’une des voix marquantes du mouvement contre la guerre dans son pays.
Selon Gunilla Bresky, la voix de Sara Lidman a contribué à façonner l’opinion publique et à influencer de grandes figures politiques, parmi lesquelles l’ex-Premier ministre Olof Palme.
Son engagement en faveur du Vietnam s’inscrivait également dans une préoccupation plus vaste qui a traversé toute sa vie : la lutte pour la justice sociale et la défense des plus vulnérables dans la société.
Les passerelles de l’amitié
Née en 1948, Gunilla Bresky a grandi dans le nord de la Suède. Elle a commencé sa carrière dans la presse et à la radio avant de se tourner vers le cinéma documentaire.
Pour le public vietnamien, Sara med allt sitt väsen offre un aperçu de la manière dont le Vietnam a autrefois occupé une place dans la vie sociale et les débats politiques en Suède, à travers la voix d’une femme qui s’y était rendue pendant la guerre.
Plus d’un demi-siècle après sa première rencontre avec Sara Lidman, en 1971, Gunilla Bresky revient sur le parcours de son amie disparue.
« Réaliser ce film m’a permis de renouer avec l’esprit romantique et les idéaux de ma jeunesse. C’était une époque où les jeunes comme nous croyaient sincèrement pouvoir contribuer à rendre le monde meilleur. »
Pour réaliser Sara med allt sitt väsen, Gunilla Bresky a consacré quatre années au projet, dont trois à la recherche et à la collecte de documents.
Pour elle, les grandes histoires commencent souvent par des personnes précises, des souvenirs intimes et des éléments qui peuvent ne pas apparaître dans les récits historiques officiels.
Dans cette histoire, le Vietnam apparaît à travers les souvenirs d’une écrivaine suédoise qui s’y est rendue en pleine guerre, à travers les pages d’un journal intime rédigé au cœur d’une réalité éprouvante, et à travers le regard d’une réalisatrice qui a conservé pendant des décennies l’empreinte de ce pays.
Gunilla Bresky a choisi les pages du journal intime que Sara Lidman avait écrites pendant son séjour au Vietnam comme l’une des principales sources documentaires du film.
À ses yeux, ces notes quotidiennes préservent la sincérité, ainsi que les émotions les plus spontanées et les plus directes de Sara, des éléments que les œuvres littéraires remaniées peinent à retranscrire pleinement.
« L’histoire de Sara Lidman nous rappelle que les relations entre la Suède et le Vietnam ne se résument pas aux pages de l’histoire ni aux documents diplomatiques. Elles se construisent aussi à travers des personnes qui se rencontrent, s’écoutent et se témoignent de l’attention. L’attachement de Sara Lidman au Vietnam est devenu une part de sa vie et a également permis à de nombreux Suédois de porter un autre regard sur le Vietnam et le peuple vietnamien. Gunilla Bresky ramène aujourd’hui cette histoire au Vietnam, offrant ainsi aux Vietnamiens et aux Suédois une nouvelle occasion de se rencontrer à travers le cinéma, l’histoire et des récits profondément humains »
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