Photo : NDEL.
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Économie verte et économie numérique : le « passeport » de l’accélération du Vietnam

De nombreux experts estiment qu’un modèle de croissance centré sur l’économie verte et numérique constituera le « passeport » permettant au Vietnam d’entrer dans une nouvelle phase d’accélération.

Adoptée dans l’après-midi du 23 janvier, la résolution du XIVᵉ Congrès national du Parti communiste du Vietnam a précisé qu’à côté des moteurs traditionnels de croissance (investissement, consommation intérieure et exportations), le nouveau modèle reposera sur la science, la technologie et l’innovation.

Dans ce cadre, l’économie verte, l’économie numérique et l’économie circulaire sont appelées à devenir le cœur du nouveau mode de production.

Selon Ho Viet Hai, cofondateur et directeur général d’Alternō, la résolution du XIVᵉ Congrès national du Parti a « donné le feu vert » au développement de l’économie verte et de l’économie circulaire, créant une dynamique favorable à l’attraction de capitaux, notamment étrangers.

Alternō, start-up vietnamienne, développe des batteries à sable innovantes destinées au stockage de l’énergie thermique, offrant des solutions durables de séchage des produits agricoles et de chauffage pour l'agriculture et l'industrie agroalimentaire.

« Rien qu’en 2025, le nombre de partenaires s’intéressant à nos batteries à sable a augmenté de 200 % par rapport à l’année précédente », souligne Ho Viet Hai.

Pour Pham Thi Ngoc Thuy, directrice du bureau de la Commission de la recherche et du développement de l’économie privée (Ban IV), l'économie vietnamienne bénéficie d'une formidable opportunité de réaliser un bond qualitatif, portée par son attractivité en tant que destination de flux de capitaux de haute qualité et par la flexibilité des entreprises nationales.

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La résolution du XIVᵉ Congrès national du Parti a précisé qu’à côté des moteurs traditionnels de croissance (investissement, consommation intérieure et exportations), le nouveau modèle reposera sur la science, la technologie et l’innovation. Photo : daibieunhandan.

Comparant l’économie numérique à une « autoroute » permettant d’accélérer les processus, elle estime que l’économie verte et l’économie circulaire constituent le « filtre de normes » indispensable pour que les produits vietnamiens obtiennent un « passeport » d’accès aux marchés les plus exigeants.

« Si l’un de ces éléments fait défaut, la machine de la croissance perd son équilibre et se heurte aux barrières techniques internationales », avertit-elle.

Un modèle de croissance fondé sur l’économie verte et l’économie numérique permettrait au Vietnam de mobiliser ses ressources internes tout en saisissant les opportunités extérieures, analyse Samuel Hertz, directeur chargé de la région Asie-Pacifique d’EBC Financial Group.

Selon lui, le Vietnam est en train d’opérer une transition décisive : passer d’un modèle de développement fondé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles et la main-d’œuvre à bas coût à un modèle reposant sur le travail intellectuel et la valorisation accrue du capital humain.

Dans ce nouveau contexte, le principal atout du Vietnam réside, selon Samuel Hertz, dans sa génération de « natifs du numérique » (Digital Natives), une main-d’œuvre maîtrisant les technologies, combinée à un vaste marché de consommation et à une classe moyenne qui croît à l’un des rythmes les plus rapides de la région.

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De nombreux experts estiment qu’un modèle de croissance centré sur l’économie verte et numérique constituera le « passeport » permettant au Vietnam d’entrer dans une nouvelle phase d’accélération. Photo : NDEL.

Malgré l'abondance des opportunités, les experts estiment que la croissance économique aura du mal à avancer sans heurts avec des « moteurs obsolètes », les institutions demeurant le principal goulot d’étranglement.

Toujours selon Samuel Hertz, le Vietnam ne dispose pas encore d’obligations contraignantes en matière de publication des risques ESG (environnement, social, gouvernance), comparables au cadre SFDR de l’Union européenne.

Ces outils permettent aux investisseurs d'évaluer les risques liés au développement durable avant de prendre leurs décisions d'investissement.

Hors des enjeux institutionnels, la capacité d’innovation constitue également un défi majeur.

Nguyen Xuan Thanh, enseignant en politiques publiques à l’Université Fulbright Vietnam, estime que pour atteindre un modèle de forte croissance fondé sur la productivité, l'innovation doit être une priorité.

Pourtant, les dépenses totales de recherche et développement (R&D) rapportées au PIB restent faibles au Vietnam par rapport à la région.

Selon les données de la Banque mondiale, ce ratio s’élevait à 0,42 % du PIB en 2021, contre 3,28 % au Japon, 4,91 % en Corée du Sud et 2,43 % en Chine.

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Un coin de Ho Chi Minh-Ville. Photo : Vnexpress.

Nguyen Xuan Thanh a également proposé de mettre en place des mécanismes de partenariat public-privé dans le financement des projets d’innovation, afin d'éviter que « de nombreux projets de recherche ne soient menés à terme puis abandonnés ».

Au lieu de financer intégralement un projet scientifique et technologique, l'État en fournirait une partie. Le reste des fonds devrait être levé par l'organisme de recherche ou par le secteur privé, après démonstration de la faisabilité du projet.

Quant à elle, Mme Thuy a également suggéré que les autorités de régulation doivent appliquer des mécanismes d’expérimentation (sandbox) et renforcer une véritable décentralisation et une délégation de pouvoirs. Cela permettra à l’innovation de se développer partout et dans tous les domaines, au lieu de considérer le mécanisme de sandbox comme une simple autorisation administrative, comme c’est le cas depuis longtemps.

« Le soutien des autorités publiques constitue une infrastructure de soutien déterminante, donnant aux entreprises la confiance nécessaire pour accélérer leur essor », a conclu la directrice du bureau du Ban IV.

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