Le Vietnam accélère sa transition énergétique en misant sur le développement de carburants durables, tels que le SAF (carburant d’aviation durable) et le SMFO (carburant maritime durable), capables de réduire jusqu’à 80 % des émissions de CO₂. Cette stratégie s’inscrit dans les objectifs de sécurité énergétique et de réduction des émissions à l’horizon 2030, avec une vision à 2045.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la Résolution n°70-NQ/TW du 20 août 2025 du Bureau politique sur la garantie de la sécurité énergétique nationale à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045, la Compagnie par actions de raffinage et de pétrochimie de Binh Son (BSR), filiale du Groupe national de l'industrie et de l'énergie du Vietnam (Petrovietnam), a intensifié ses efforts pour développer et commercialiser le carburant maritime durable SMFO, en complément d’autres produits comme le SAF, l’essence E10RON95 et le diesel biologique.
Selon les responsables de la raffinerie de Dung Quat, le SMFO constitue une solution de transition pragmatique, permettant de réduire les émissions du transport maritime sans nécessiter d’importantes modifications des infrastructures existantes.
Pour produire ce carburant, BSR utilise des matières recyclées, notamment des huiles issues de pneus usagés (TPO) et de plastiques (PPO). Le 28 janvier 2026, un premier lot expérimental a été livré avec succès, confirmant la faisabilité du produit et ouvrant la voie à sa commercialisation. L’entreprise est désormais en mesure de fournir entre 12 000 et 15 000 tonnes par mois, afin de répondre à une demande en hausse.
Parallèlement, le Groupe national du pétrole du Vietnam (Petrolimex) a signé un accord avec la société sud-coréenne GGenTec pour étudier la construction d’une usine de production de carburants recyclés. Ce projet vise à diversifier les sources d’énergie et à optimiser la chaîne de valeur, de la collecte des déchets jusqu’à la distribution.
Dès 2025, le SAF produit par BSR et Petrolimex a été introduit sur certains vols commerciaux domestiques, contribuant à réduire les émissions du secteur aérien.
Malgré leurs avantages environnementaux, les carburants durables restent coûteux. Le SAF est actuellement deux à trois fois plus cher que les carburants traditionnels, ce qui augmente sensiblement les coûts d’exploitation des compagnies aériennes. Par exemple, Vietnam Airlines a enregistré une hausse d’environ 6 % de ses coûts de carburant sur certaines lignes.
Selon les estimations, l’utilisation du SAF pourrait accroître les dépenses du secteur aérien vietnamien de plusieurs dizaines de millions de dollars dans les prochaines années. La réduction des coûts de production apparaît donc comme un enjeu clé pour favoriser son adoption et atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050.
À l’échelle internationale, de nombreux pays ont mis en place des mécanismes de soutien, tels que des incitations fiscales, des financements publics et des partenariats public-privé, afin de stimuler la production et l’utilisation de carburants verts.
Selon Andreea Moyes, directrice mondiale du développement durable pour l’aviation chez Air BP, le coût élevé du SAF s’explique par la rareté des matières premières et par des technologies encore en développement. Toutefois, à mesure que celles-ci mûrissent et que la production augmente, les prix devraient diminuer. Elle souligne néanmoins l’importance d’un cadre politique stable pour sécuriser les investissements et soutenir l’innovation.
Pour le ministère vietnamien de l’Industrie et du Commerce, le développement du SAF représente à la fois une exigence environnementale et une opportunité économique majeure. Il pourrait favoriser l’émergence d’un marché national des carburants durables et ouvrir des perspectives d’exportation, notamment vers l’Union européenne et l’ASEAN. Grâce à ses ressources abondantes en biomasse et en matières recyclables, le Vietnam dispose d’atouts pour s’intégrer dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de ces carburants.