Modèle expérimental de culture de ganoderma sous couvert forestier au sein du Comité de gestion des forêts de protection de Xuan Loc. Photo : nhandan.vn
Modèle expérimental de culture de ganoderma sous couvert forestier au sein du Comité de gestion des forêts de protection de Xuan Loc. Photo : nhandan.vn

La foresterie vietnamienne : des ambitions à la mise en œuvre de l’engagement Net Zero 2050

Dans le cadre de l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, le secteur forestier vietnamien doit à la fois devenir un secteur économique compétitif à l’échelle mondiale et renforcer son rôle de « puits de carbone » pour assurer durablement la sécurité écologique nationale.

Dans le contexte de la mise en œuvre de l’engagement visant à atteindre la neutralité carbone (« Net Zero ») d’ici 2050, le secteur forestier vietnamien est investi d’une double mission historique : accélérer son développement pour devenir un secteur économique de pointe à la compétitivité mondiale, tout en affirmant son rôle central de « puits de carbone » afin de garantir durablement la sécurité écologique nationale.

Positionner la foresterie dans une nouvelle ère

Au cours des quarante années de Renouveau (Doi moi), la foresterie vietnamienne a enregistré des avancées majeures.

À la fin de l’année 2025, la superficie forestière nationale atteignait environ 14,8 millions d’hectares, avec un taux de couverture forestière stabilisé autour de 42,02 %.

Après avoir rempli sa mission de reverdissement des terres dénudées et des collines dégradées, le secteur forestier s’est imposé comme une importante filière exportatrice.

En 2025, les exportations de bois et de produits forestiers ont dépassé 17 milliards de dollars, plaçant le Vietnam parmi les premiers exportateurs mondiaux et au premier rang en Asie du Sud-Est.

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Le secteur forestier poursuit ses efforts de reboisement tout en s’imposant comme une grande filière exportatrice.

Cependant, à l’aube d’une nouvelle phase de développement, le modèle de croissance fondé sur l’exploitation intensive des terres, une main-d’œuvre à bas coût et l’exportation de produits bruts montre désormais ses limites écologiques.

Face à l’objectif d’une croissance à deux chiffres, l’enjeu n’est plus seulement l’expansion quantitative, mais la transition vers un nouveau modèle de développement fondé sur la science, la technologie et l’innovation, avec l’entreprise comme acteur central de la mise en œuvre.

Le secteur forestier doit engager un véritable « renversement stratégique de pensée » : passer d’une foresterie traditionnelle à une économie forestière de plateforme (Platform Economy) et à une économie du carbone.

Services écosystémiques et économie du carbone

Lors de la COP26, le Vietnam s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Cet engagement constitue non seulement une responsabilité internationale, mais aussi un puissant levier de restructuration économique.

Les forêts absorbent et stockent d’importantes quantités de carbone ; les écosystèmes forestiers forment ainsi un immense réservoir de CO2.

Selon les estimations, le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’augmentation de l’absorption carbone des forêts vietnamiennes pour la période 2021-2030 atteindrait environ 166 millions de tonnes équivalent CO2.

Si ce potentiel de réduction des émissions était pleinement valorisé sur le marché, il pourrait générer des recettes annuelles moyennes estimées à 1.300 milliards de dôngs.

L’exemple le plus concret reste l’Accord de paiement pour la réduction des émissions dans la région du Centre-Nord (ERPA), signé avec la Banque mondiale (WB), qui a permis au Vietnam de transférer 10,3 millions de tonnes de CO2 pour un montant de 51,5 millions de dollars.

Il s’agit des prémices d’un marché à fort potentiel.

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Production de meubles destinés à l’exportation à la société par actions Nhat Nam, dans la zone industrielle de Bien Hoa 1.

À l’échelle mondiale, la valeur totale des forêts est estimée entre 50.000 et 150.000 milliards de dollars. La valeur commerciale directe, telle que l’exploitation du bois, ne représente qu’une faible part (environ 5 à 20 %), l’essentiel reposant sur les fonctions de régulation climatique et les services écosystémiques.

Le Vietnam a rapidement saisi cette tendance à travers sa politique de paiement pour services environnementaux forestiers (PFES).

Le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’augmentation de l’absorption carbone des forêts vietnamiennes pour la période 2021-2030 est estimé à environ 166 millions de tonnes équivalent CO2.

Entre 2017 et 2022, le Fonds de protection et de développement des forêts a collecté 16 698 milliards de dongs, devenant ainsi une source de financement durable et réduisant sensiblement la pression sur le budget de l’État.

Pour transformer ces chiffres en moteurs de croissance contribuant à l’objectif d’une croissance à deux chiffres dans les localités, la chaîne d’approvisionnement des crédits carbone, la création de valeur ajoutée et la stratégie de cogestion des bassins versants amont doivent constituer trois piliers indissociables garantissant la durabilité des transactions de crédits carbone.

L’innovation comme moteur central

La transition vers un modèle piloté par la science, la technologie et l’innovation (STI-led) ne peut rester théorique : elle doit être concrétisée par les acteurs économiques.

La restructuration des entreprises constitue le point d’entrée concret de cette transformation du modèle de développement.

Le passage d’un modèle d’entreprise purement productif à celui d’entreprise de plateforme — où la valeur repose sur la capacité à organiser, connecter et exploiter les données écologiques — devient une exigence incontournable.

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Plantation d’acacias dans la province de Thanh Hóa, contribuant à absorber d’importantes quantités de CO₂ et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Aux côtés des entreprises, les communautés locales demeurent les « gardiens » les plus fidèles de la forêt.

Le Vietnam compte actuellement plus de 10 000 communautés gérant et exploitant près d’un million d’hectares de forêts. Les communautés résidentielles figurent parmi les sept catégories de propriétaires forestiers reconnues par la Loi forestière de 2017.

Cependant, leur statut juridique n’est toujours pas reconnu comme personne morale dans le Code civil, ce qui limite leur capacité à hypothéquer ou à apporter en capital leurs droits d’usage forestier.

Libérer le potentiel productif de cette force constitue une clé essentielle pour protéger durablement les forêts.

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L’agroforesterie n’est plus un simple espace partagé entre agriculture et foresterie, mais devient une plateforme permettant d’harmoniser les politiques d’utilisation des terres. Photo : nhandan.vn

Parallèlement, l’agroforesterie doit être considérée comme une solution paysagère (Landscape solution) à l’échelle nationale.

Elle n’est plus un simple espace d’intersection entre agriculture et foresterie, mais une plateforme d’harmonisation des politiques foncières.

Avec un potentiel d’extension estimé à 3,8 millions d’hectares à l’échelle nationale, l’intégration d’arbres sur les terres agricoles et de cultures annuelles sous couvert forestier permet non seulement de restaurer les écosystèmes, de protéger les sols et les ressources hydriques, mais aussi de diversifier les moyens de subsistance et de renforcer l’attachement des populations à la forêt.

La vision de la foresterie vietnamienne

Afin de concrétiser l’engagement Net Zero 2050 et d’accompagner l’objectif national d’une croissance à deux chiffres, le secteur forestier devra se concentrer sur trois piliers stratégiques majeurs.

Premièrement, perfectionner le cadre institutionnel de l’économie carbone et moderniser la gouvernance forestière.

Il est nécessaire d’établir un système juridique solide autour des « droits carbone forestiers » (carbon rights), liés aux droits de propriété et d’usage des forêts.

Des réglementations détaillées doivent être adoptées concernant l’investissement et le commerce des crédits carbone, ainsi que les procédures de mesure, de rapport et de vérification (MRV), afin de créer un cadre sécurisé pour les investissements privés.

Un mécanisme transparent de cogestion (co-management), associant propriétaires forestiers, émetteurs de carbone, arbitres indépendants, autorités publiques et médias, devra également être mis en place.

Cela permettra de garantir un fonctionnement équitable du marché des crédits carbone et une répartition juste des bénéfices au profit des populations locales.

Deuxièmement, restructurer les chaînes de valeur et bâtir des entreprises locomotives.

Conformément aux orientations du Parti, il convient de concevoir des mécanismes expérimentaux (policy sandbox) destinés aux entreprises forestières pionnières capables d’intégrer l’ensemble de la chaîne de valeur.

Il faut encourager la transformation numérique des entreprises, le développement de plateformes de gestion des zones de matières premières et la traçabilité transparente du bois, conformément aux normes VPA/FLEGT de l’Union européenne.

Le développement des plantations intensives de bois d’œuvre certifiées durables (FSC, PEFC) permettra d’accroître la valeur ajoutée et de positionner le Vietnam sur les segments haut de gamme des chaînes d’approvisionnement mondiales.

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Associer développement économique et protection des forêts naturelles constitue une orientation durable pour les années à venir. Photo : nhandan.vn

Troisièmement, promouvoir l’agroforesterie et la bioéconomie sous couvert forestier.

Un programme national ciblé ou un cadre politique spécifique sur l’agroforesterie est nécessaire afin de valoriser le potentiel de plus de 3,3 millions d’hectares de terres forestières actuellement gérées provisoirement par les comités populaires communaux.

Le développement des chaînes de valeur de « l’économie sous couvert forestier », telles que la culture de plantes médicinales précieuses (ginseng Ngọc Linh, cardamome, etc.) ou l’écotourisme, constitue une solution à double bénéfice : lutter contre la dégradation des terres et réduire les émissions tout en créant des millions d’emplois et en augmentant les revenus des populations rurales et montagneuses.

La forêt n’est pas seulement une ressource : elle représente un capital naturel inestimable et le souffle vital d’une nation.

Dans cette nouvelle ère, l’essor de la foresterie vietnamienne ne pourra plus être mesuré uniquement à l’aune des volumes de bois exportés, mais aussi à la richesse des écosystèmes, au contenu technologique et innovant intégré dans chaque crédit carbone, ainsi qu’au bien-être des populations qui protègent les forêts.

La mise en œuvre de l’objectif Net Zero 2050 constitue une opportunité pour repositionner la foresterie vietnamienne sur la carte mondiale de l’économie verte.

Avec une gouvernance institutionnelle favorable, l’engagement des entreprises de plateforme et la force des communautés locales, la foresterie vietnamienne deviendra assurément un pilier solide de la croissance macroéconomique, contribuant à faire du Vietnam un pays développé à revenu élevé d’ici 2045.

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