Professeur Le Thuong Vu :

« La médecine ne consiste pas seulement à soigner, mais aussi à préserver l’espoir »

D’un choix de carrière presque « fortuit » comme médecin résident, le professeur associé Le Thuong Vu, chef du service de pneumologie de l’Hôpital universitaire de médecine et de pharmacie de Ho Chi Minh-Ville, s’est engagé dans la recherche de nouvelles approches thérapeutiques pour améliorer la qualité de vie des patients.

Un tournant de spécialité et une empreinte dans le traitement des maladies pulmonaires

Le Thuong Vu a débuté sa carrière en intégrant, en 1986, le programme très sélectif de médecins résidents de l’Université de médecine et de pharmacie de Ho Chi Minh-Ville (au Sud du Vietnam).

D’abord attiré par la cardiologie, il s’est finalement orienté vers la pneumologie après l’examen de spécialisation, considérant ce choix comme une véritable vocation.

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Le professeur associé Le Thuong Vu (à gauche) effectue une bronchoscopie avec échographie endobronchique (EBUS) à visée de biopsie.

Un tournant majeur survient lorsqu’il part en France suivre le programme FFI, où il bénéficie d’une formation approfondie et d’un accès aux technologies modernes. De retour au Vietnam, il applique ces acquis à la pratique clinique, tout en maintenant des liens internationaux pour actualiser ses connaissances. Il joue également un rôle de coordination dans les programmes de formation en pneumologie entre le Vietnam et la France.

Face au besoin d’un diagnostic précis des maladies pulmonaires, il se consacre à la recherche sur la biopsie transthoracique, malgré des conditions limitées en équipements et en ressources humaines. Il lui arrive souvent de profiter de la pause déjeuner ou de la fin de journée pour réaliser ces procédures. Ces efforts contribuent à faire du service de pneumologie de l’hôpital Cho Ray un centre de référence en diagnostic et traitement des maladies pulmonaires, dont le savoir-faire a été transféré à de nombreux autres hôpitaux.

Constatant le caractère invasif de la biopsie transthoracique, il poursuit ses apprentissages et introduit au Vietnam l’échographie endobronchique (EBUS), acquise au Japon. Cette technique permet d’accéder à des zones difficiles du poumon, d’améliorer la précision diagnostique, notamment pour le cancer du poumon, tout en réduisant les complications. À l’hôpital universitaire de médecine et de pharmacie de Ho Chi Minh-Ville, cette méthode s’est fortement développée et constitue aujourd’hui un domaine d’excellence.

Dans le traitement des maladies respiratoires, telles que la BPCO, l’asthme ou les maladies pulmonaires interstitielles, il actualise en permanence les approches thérapeutiques, allant des associations de médicaments inhalés aux thérapies biologiques. Il promeut également les réunions de concertation pluridisciplinaire et mène des recherches à grande échelle sur les maladies pulmonaires interstitielles.

Concernant les infections respiratoires, l’approche actuelle repose sur un diagnostic précoce et une prise en charge personnalisée. Les tests de dépistage de la grippe et de la Covid-19 sont devenus systématiques, permettant un traitement dès les premiers stades, réduisant ainsi les complications et la mortalité.

La « personnalisation » dans le traitement du cancer

Dans la prise en charge du cancer du poumon, le docteur Vu défend une approche alliant médecine de précision et soutien psychologique. Autrefois, le traitement reposait principalement sur la chimiothérapie, souvent associée à de nombreux effets secondaires. Aujourd’hui, grâce aux thérapies ciblées et à l’immunothérapie, les résultats sont meilleurs et les effets indésirables réduits.

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Le professeur associé Le Thuong Vu, chef du service de pneumologie de l’Hôpital universitaire de médecine et de pharmacie de Ho Chi Minh-Ville.

Il insiste particulièrement sur l’importance de réaliser une nouvelle biopsie en cas d’évolution de la maladie, afin d’en identifier la cause et d’adapter le traitement. Toutes les aggravations ne sont pas dues à une résistance aux médicaments ; elles peuvent être liées à des maladies associées, comme la tuberculose. Une réévaluation permet ainsi d’éviter des changements thérapeutiques non justifiés.

Un cas typique est celui d’un patient atteint d’un cancer du poumon avec métastases cérébrales, dont l’espérance de vie n’était que de quelques mois. Grâce à une analyse génétique et à un traitement approprié, il a pu vivre en bonne santé pendant plus de huit ans. Selon lui, ce succès repose sur une stratégie globale : dépistage précoce, diagnostic rapide, tests génétiques et choix thérapeutique adapté.

Il encourage la réalisation complète des tests de biomarqueurs génétiques pour individualiser le traitement, même si cela entraîne un léger surcoût. Cela offre aux patients davantage d’opportunités d’accéder aux traitements optimaux ou de participer à des essais cliniques. Ces approches contribuent à prolonger la survie et à améliorer la qualité de vie.

Apprendre sans cesse et soutenir moralement les patients

La question que le docteur Vu entend le plus souvent est : « Ma maladie est-elle grave ? ». Il ne fait pas de promesses incertaines, mais aide les patients à conserver un esprit optimiste, en soulignant qu’ils vivent à une époque de grands progrès médicaux.

Pour lui, la médecine est à la fois une science et un domaine profondément humain. Au-delà du diagnostic et du traitement, la communication, le partage et le soutien moral jouent un rôle essentiel, en particulier pour les patients atteints de cancer.

Il rappelle également aux jeunes médecins l’importance d’un apprentissage tout au long de la vie, afin de suivre le rythme rapide des avancées technologiques. Toutefois, ce que les machines ne pourront jamais remplacer, c’est le lien humain et la compassion envers les patients.

Après plus de trente ans de carrière, le docteur Vu conserve une foi intacte dans les progrès de la médecine. Pour lui, chaque nouvelle technique représente une opportunité supplémentaire pour les patients. Ce qui le rattache à son métier reste ce moment où un patient retrouve la santé et le sourire, preuve que la médecine ne se limite pas à soigner, mais qu'elle permet aussi de préserver l’espoir.

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