La numérisation des ressources culturelles rurales

Dans un contexte d’urbanisation rapide, les images familières de la campagne, profondément ancrées dans la mémoire collective, tendent peu à peu à s’estomper. À l’ère du numérique, ces espaces culturels entament pourtant une nouvelle trajectoire, lorsqu’ils sont préservés, racontés et diffusés sur les plateformes technologiques.

Les villages d’artisanat, les produits locaux et l’écosystème économique rural sont de plus en plus associés au tourisme et à la culture. Photo : Nam Hai.
Les villages d’artisanat, les produits locaux et l’écosystème économique rural sont de plus en plus associés au tourisme et à la culture. Photo : Nam Hai.

Récemment, le Centre d’information touristique, relevant de l’Administration nationale du tourisme du Vietnam, a lancé une brochure électronique (e-brochure) destinée à promouvoir le tourisme rural. Il ne s’agit pas simplement d’un guide touristique numérique : cette publication intègre vidéos, images haute résolution, contenus audio et commentaires vocaux, permettant aux utilisateurs de découvrir villages d’artisanat, produits typiques et espaces culturels ruraux directement depuis leur téléphone ou leur ordinateur.

Derrière l’émergence de telles plateformes se dessine un processus plus profond : la numérisation des ressources culturelles rurales.

Quand la campagne devient une « ressource numérique »

Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 5 000 villages d’artisanat ou villages possédant un savoir-faire traditionnel. Pendant des générations, les connaissances artisanales ont été transmises de manière orale, par l’expérience et la mémoire. Les apprentis apprenaient leur métier en observant, en pratiquant et en écoutant les conseils des artisans plus expérimentés.

Si cette transmission traditionnelle confère une profondeur culturelle particulière, elle rend également ces savoir-faire vulnérables lorsque les générations d’artisans vieillissent.

Les technologies numériques offrent aujourd’hui une autre approche. Les processus de fabrication — qu’il s’agisse de céramique, de tissage de soie, de transformation de produits agricoles ou de fabrication d’objets artisanaux — peuvent désormais être enregistrés sous forme de vidéos, d’images et de données numériques.

Des gestes apparemment ordinaires — choisir les matières premières, allumer un four, préparer un émail ou actionner un métier à tisser — peuvent être conservés durablement. Ces données ne servent pas seulement à promouvoir le tourisme : elles deviennent aussi une sorte de « musée vivant » des savoirs locaux, où les expériences artisanales sont archivées et partagées à grande échelle.

Grâce à des plateformes comme l’e-brochure, les utilisateurs peuvent suivre pas à pas les différentes étapes d’un métier traditionnel, depuis la sélection des matériaux jusqu’aux gestes de fabrication artisanale. Des processus autrefois limités aux ateliers ou à la mémoire des artisans deviennent ainsi des documents visuels de grande valeur.

Parallèlement aux villages d’artisanat, les produits locaux connaissent également un processus de numérisation. Dans le cadre du programme OCOP (À chaque commune, un produit), chaque produit ne représente pas seulement une valeur économique, mais porte aussi une histoire culturelle liée à son territoire d’origine.

En 2025, le Vietnam comptait plus de 17 300 produits OCOP classés trois étoiles ou plus, développés par plus de 9 300 producteurs. Parallèlement, des centaines de destinations touristiques rurales ont émergé dans tout le pays, souvent étroitement liées aux villages d’artisanat et aux spécialités locales.

Le programme a également contribué à la création d’un écosystème économique rural combinant tourisme et culture. Selon les statistiques, les revenus issus du tourisme lié aux produits OCOP et aux villages d’artisanat dépassent aujourd’hui 25 000 milliards de dôngs par an, soit environ 15 % de la valeur de production de l’économie rurale.

Le pays compte désormais plus de 600 modèles de tourisme agricole et rural, ainsi qu’environ 400 sites touristiques officiellement reconnus, dont beaucoup proposent des expériences directement associées aux produits OCOP.

Ces chiffres montrent que la campagne vietnamienne n’est plus seulement un espace de production agricole : elle devient progressivement une ressource économique et culturelle à multiples valeurs.

Raconter les villages grâce au multimédia

La mise en ligne des histoires liées aux villages d’artisanat permet également de réduire les distances géographiques. Avec un simple appareil connecté à internet, les utilisateurs peuvent découvrir les particularités culturelles de chaque région.

Cette approche crée une expérience plus proche de la vie rurale, notamment pour les jeunes générations, habituées à accéder à l’information à travers les plateformes numériques.

Selon Nguyen Trung Khanh, directeur de l’Administration nationale du tourisme du Vietnam, la transformation numérique ouvre de nouvelles perspectives pour la promotion touristique. Elle permet aux destinations de toucher les visiteurs plus rapidement et plus efficacement.

Lorsque les processus artisanaux, les récits des produits et la vie des communautés sont enregistrés sous forme de données numériques, ils ne restent plus confinés à un village ou à une région. Ces valeurs culturelles peuvent alors atteindre un public beaucoup plus large, au Vietnam comme à l’étranger.

L’apparition de plateformes comme l’e-brochure révèle une évolution importante : la campagne vietnamienne entre progressivement dans l’espace culturel numérique.

Les bruits du métier à tisser, les fours de poterie, les vergers ou encore les marchés villageois ne se limitent plus à la vie quotidienne : ils sont désormais préservés comme des données culturelles vivantes.

Les histoires des villages d’artisanat, des produits locaux et des habitants des campagnes continuent ainsi d’être racontées, non seulement aux visiteurs qui viennent sur place, mais aussi au reste du monde.

Dans un contexte où le tourisme est de plus en plus lié aux expériences culturelles, la numérisation des villages d’artisanat et des produits locaux ouvre également de nouvelles formes de narration. Les visiteurs ne viennent plus seulement pour découvrir un lieu, mais aussi pour mieux comprendre l’histoire, les habitants et les traditions de chaque territoire.

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