Quelle importance revêt la visite en République de Corée du président de l’Assemblée nationale Tran Thanh Man et de son épouse ? Quels en seront les principaux axes ?
Cette visite officielle revêt une importance majeure pour l’ensemble des relations entre le Vietnam et la République de Corée.
Elle réaffirme tout d’abord l’importance constante que le Parti, l’État et l’Assemblée nationale du Vietnam accordent au Partenariat stratégique global entre les deux pays. Elle s’inscrit également dans le prolongement direct des récents échanges de haut niveau, notamment la visite au Vietnam du président de l’Assemblée nationale sud-coréenne en 2025 et la visite d’État du président Lee Jae-myung au Vietnam en avril dernier.
Les relations bilatérales progressent ainsi de manière coordonnée par trois canaux : le Parti, l’État et les institutions parlementaires.
Cette visite intervient alors que les deux pays entrent dans une nouvelle phase de leur développement. Tous deux doivent réformer leurs institutions, renforcer leur compétitivité et trouver de nouveaux moteurs de croissance.
Il ne s’agit donc pas seulement de consolider les relations politiques, mais aussi d’examiner des mesures concrètes permettant de mettre en œuvre les accords conclus au plus haut niveau.
À mon sens, la visite s’articulera autour de quatre grandes priorités.
Premièrement, renforcer la confiance politique et les échanges stratégiques entre les hauts dirigeants, tout en coordonnant les positions sur les questions régionales et internationales d’intérêt commun.
Deuxièmement, approfondir la coopération entre les deux Parlements, notamment par le partage d’expériences en matière de législation, de contrôle et de perfectionnement institutionnel, ainsi que par une coordination accrue au sein de l’Union interparlementaire et des forums parlementaires régionaux.
Troisièmement, faire évoluer la coopération économique d’une logique d’expansion quantitative vers une amélioration qualitative. Les deux pays visent un volume d’échanges commerciaux de 150 milliards de dollars d’ici à 2030, dans un esprit plus équilibré et durable. Les nouvelles priorités concernent les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, la transformation numérique, les énergies propres, les industries de haute technologie, les infrastructures intelligentes et les chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Quatrièmement, consolider l’assise sociale des relations bilatérales grâce à la coopération entre collectivités locales, à l’éducation, à la culture et au tourisme, ainsi qu’à la protection et au soutien de la communauté vietnamienne en République de Corée et des familles multiculturelles vietnamo-coréennes.
En résumé, cette visite doit permettre de passer d’un cadre politique favorable à des résultats concrets, mesurables et directement bénéfiques aux populations et aux entreprises des deux pays.
Comment évaluez-vous le rythme des échanges de haut niveau entre les deux pays ? Quel message traduit-il concernant leur Partenariat stratégique global ?
Trois mots peuvent décrire les relations actuelles entre le Vietnam et la République de Corée : régulières, concrètes et confiantes.
Ces dernières années, les contacts de haut niveau se sont maintenus à un rythme soutenu, malgré les nombreux bouleversements régionaux et internationaux. Ils concernent non seulement les chefs d’État, de gouvernement et des institutions parlementaires, mais aussi les ministères, les collectivités locales, les organisations sociopolitiques et les milieux d’affaires.
Le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, To Lam, a effectué une visite d’État en République de Corée en août 2025. Le président de l’Assemblée nationale sud-coréenne s’est rendu au Vietnam en novembre de la même année. Le président Lee Jae-myung y a effectué une visite d’État en avril dernier, avant l’actuelle visite officielle en République de Corée du président de l’Assemblée nationale Tran Thanh Man.
Cette succession de déplacements illustre clairement la continuité et l’étroite coordination entre les dirigeants des deux pays.
Ce rythme soutenu envoie trois messages principaux.
Premièrement, les deux pays se considèrent mutuellement comme des partenaires importants et durables dans leurs stratégies de développement et leurs politiques étrangères respectives. Leur relation ne dépend ni d’un mandat politique, ni d’un gouvernement, ni d’une conjoncture particulière.
Deuxièmement, le Partenariat stratégique global ne se limite pas à une appellation diplomatique. Il se concrétise par un dialogue régulier, des programmes de coopération aux objectifs clairement définis et l’attribution de responsabilités précises aux organismes chargés de leur mise en œuvre.
Troisièmement, dans un monde instable, le Vietnam et la République de Corée ont tous les deux besoin de partenariats solides, fiables et résilients. Leur relation ne se résume plus aux échanges commerciaux et aux investissements : les deux pays deviennent progressivement des partenaires qui s’accompagnent mutuellement dans leur développement.
Si leur rapprochement reposait auparavant principalement sur leur complémentarité économique, il se nourrit désormais d’une confiance politique accrue, de liens humains plus étroits et d’une convergence croissante de leurs intérêts stratégiques.
Quel rôle la coopération parlementaire bilatérale joue-t-elle dans l’ensemble des relations entre les deux pays ? Quelles en sont les perspectives ?
La coopération parlementaire constitue l’un des piliers du Partenariat stratégique global entre le Vietnam et la République de Corée.
Si les pouvoirs exécutifs conçoivent et mettent en œuvre les programmes de coopération, les Parlements ont pour mission d’établir le cadre juridique, d’allouer les ressources, d’en contrôler l’exécution et de veiller à ce que les engagements pris se traduisent par des politiques concrètes.
De nombreux programmes d’envergure dans les domaines du commerce, de l’investissement, des sciences et technologies, du travail, de l’éducation ou des échanges entre les peuples nécessitent l’appui des institutions législatives.
Ces dernières années, les relations entre les deux Parlements se sont développées de manière assez complète, depuis les échanges entre leurs dirigeants et leurs commissions spécialisées jusqu’aux activités des parlementaires et de leurs organes consultatifs.
Les groupes parlementaires d’amitié Vietnam–République de Corée et République de Corée –Vietnam jouent à cet égard un rôle de passerelle particulièrement concret. Leurs membres favorisent non seulement les relations entre les deux institutions législatives, mais contribuent également à résoudre les difficultés rencontrées par les entreprises, les travailleurs, la communauté vietnamienne et les familles multiculturelles.
À l’avenir, la coopération parlementaire devrait se concentrer sur plusieurs orientations.
Il conviendra tout d’abord de maintenir des échanges et des contacts réguliers entre les dirigeants des deux Parlements, leurs commissions et les jeunes parlementaires. Le partage d’expériences législatives devra être renforcé dans de nouveaux domaines comme l’intelligence artificielle, les données, l’économie numérique, la transition énergétique et l’innovation.
Les Parlements devront ensuite mieux exercer leur fonction de contrôle dans la mise en œuvre des accords conclus au plus haut niveau, notamment pour les grands programmes ayant une incidence directe sur les citoyens et les entreprises.
Les deux parties renforceront aussi leur coordination au sein des forums parlementaires multilatéraux afin de contribuer à la paix, à la stabilité, au respect du droit international et au rôle central de l’ASEAN.
J’espère enfin que les groupes parlementaires d’amitié deviendront un canal de dialogue toujours plus souple et proche des réalités du terrain. Au-delà du renforcement des liens d’amitié, ils pourront aider à détecter rapidement les difficultés et à y apporter des solutions en temps utile.
Plus d’un an après la publication de la Déclaration commune sur l’approfondissement du Partenariat stratégique global Vietnam– République de Corée, quelles sont les évolutions les plus récentes de la coopération bilatérale ?
L’évolution la plus notable est le passage progressif d’une coopération visant à faire « davantage » à une relation cherchant à aller « plus loin » et à privilégier la qualité.
Premièrement, la confiance politique s’est renforcée grâce à la régularité des échanges de haut niveau et à l’élargissement du dialogue entre les ministères et les organismes compétents. Les deux parties abordent avec une franchise croissante les enjeux stratégiques, sécuritaires et régionaux, tout en poursuivant leur coordination au sein de l’ASEAN, des Nations unies et d’autres mécanismes multilatéraux.
Deuxièmement, la coopération économique évolue vers davantage d’équilibre, de durabilité et de retombées pour l’économie locale. La République de Corée demeure l’un des principaux investisseurs au Vietnam, avec plus de 90 milliards de dollars de capitaux enregistrés cumulés.
Le Vietnam ne souhaite toutefois plus seulement augmenter le volume des investissements. Il entend aussi en améliorer la qualité en renforçant le taux d’intégration locale, les transferts de technologies et la participation des entreprises vietnamiennes aux chaînes d’approvisionnement sud-coréennes.
Troisièmement, les deux pays étendent leur coopération à de nouveaux moteurs de croissance : semi-conducteurs, intelligence artificielle, biotechnologies, transformation numérique, énergies propres, chemins de fer, villes intelligentes et industrie de la défense.
Cette évolution marque le passage d’une coopération reposant largement sur la main-d’œuvre à un modèle davantage fondé sur la technologie, les connaissances et les ressources humaines hautement qualifiées.
Quatrièmement, la coopération dans l’éducation, la formation, les sciences et les technologies est plus étroitement alignée sur les besoins du marché. Les deux pays s’attachent à former des ingénieurs, des experts et des techniciens capables de répondre aux exigences des nouvelles industries. Il s’agira de l’un des facteurs déterminants de la profondeur de leur relation au cours des dix à vingt prochaines années.
Cinquièmement, une plus grande attention est accordée aux questions touchant directement les citoyens : conditions de travail et de vie des travailleurs, protection consulaire, soutien aux familles multiculturelles, enseignement de la langue vietnamienne et intensification des échanges entre les jeunes générations.
Il convient néanmoins de regarder lucidement les difficultés persistantes. La balance commerciale demeure déséquilibrée, la participation des entreprises vietnamiennes aux chaînes d’approvisionnement sud-coréennes reste limitée, la coopération technologique demeure en deçà de son potentiel et certaines questions relatives au travail et au séjour doivent encore être résolues.
À l’avenir, les résultats concrets devront constituer le principal critère d’évaluation. Chaque visite devrait déboucher sur un nouveau projet ; chaque accord devrait désigner un organisme responsable et fixer un calendrier de mise en œuvre ; chaque programme de coopération devrait apporter des avantages tangibles aux citoyens et aux entreprises.
Le Partenariat stratégique global ne prendra pleinement son sens que lorsqu’il se traduira dans la vie quotidienne. C’est le principal objectif que poursuivent ensemble nos deux pays.
Merci, Monsieur l’Ambassadeur !