C’est l’analyse de M. Qu Qiang, professeur à l’Université centrale des nationalités et commentateur de CGTN (Chine), dans une interview accordée au correspondant permanent du journal Nhân Dân en Chine.
Selon lui, cet événement historique peut être interprété sous trois angles : l’élévation du statut du Vietnam, le choix d’un moment stratégique opportun et le renforcement du rôle central de l’ASEAN.
Tout d’abord, le Dialogue de Shangri-La est le principal forum de dialogue sur la sécurité dans la région Asie-Pacifique. Au cours des vingt dernières années, son agenda a été largement dominé par les grandes puissances. Le fait que le secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, y ait prononcé un discours liminaire de premier plan marque le passage officiel du Vietnam d’un simple « auditeur » et « participant » à l’un des « acteurs capables d’influencer l’ordre du jour ». Il ne s’agit pas seulement d’une première diplomatique à forte dimension personnelle, mais également de l’expression concrète de l’ascension du Vietnam sur la scène internationale.
Concernant le choix du moment stratégique, le contexte international actuel est marqué par de nombreuses incertitudes : l’intensification de la rivalité entre les grandes puissances, la multiplication des points chauds régionaux et les pressions croissantes exercées sur le système de gouvernance mondiale. En choisissant de faire entendre sa voix à ce moment précis, le Vietnam ne cherche pas seulement à saisir une « opportunité d’attirer l’attention » de la communauté internationale ; il entend également démontrer que les pays petits et moyens sont pleinement capables de proposer des solutions systémiques aux défis mondiaux.
Dans son intervention, le secrétaire général et président Tô Lâm a souligné à plusieurs reprises la nécessité de consolider une architecture régionale centrée sur l’ASEAN, transmettant ainsi un message commun de l’ensemble du bloc en faveur du maintien du rôle central de coordination de l’ASEAN dans les affaires régionales.
Commentant les analyses de Tô Lâm sur les trois crises fondamentales auxquelles le monde est actuellement confronté, ainsi que les orientations et propositions avancées par le Vietnam, M. Qu Qiang estime qu’il s’agit d’évaluations pertinentes, qui s’attaquent directement aux causes profondes des problèmes tout en offrant une perspective originale.
Selon lui, grâce à une formulation à la fois concrète, profonde et diplomatiquement équilibrée, le secrétaire général et président Tô Lâm a mis en lumière les grands défis auxquels l’humanité est confrontée : l’affaiblissement du respect des règles internationales, l’érosion des engagements, la montée d’une logique fondée sur le rapport de force et la loi du plus fort ; les pressions exercées sur les pays de taille moyenne et modeste pour choisir un camp, ainsi que les formes de coercition économique, technologique, financière et sécuritaire ; ou encore le risque que des espaces de connexion tels que les mers et les océans, le cyberespace, les chaînes d’approvisionnement, les infrastructures numériques et les câbles de données deviennent des terrains de compétition stratégique.
Le secrétaire général et président Tô Lâm a notamment insisté sur le fait que, pour de nombreux pays, le développement n’est pas une priorité secondaire placée derrière la sécurité ; il constitue au contraire le fondement même d’une sécurité durable. Cette vision rompt avec la logique héritée de la Guerre froide, qui privilégiait souvent la sécurité au détriment du développement, tout en reflétant les préoccupations fondamentales du Vietnam en tant que pays en développement déterminé à préserver son indépendance et son autonomie stratégique.
Pour le professeur Qu Qiang, les six propositions et orientations avancées par Tô Lâm sont particulièrement pragmatiques et réalisables. Elles mettent l’accent sur le rôle des règles et du dialogue, la construction d’une architecture régionale ouverte et inclusive centrée sur l’ASEAN, la sécurité humaine comme pilier de la sécurité durable, l’établissement de normes de responsabilité pour les nouvelles technologies, le renforcement de la cohésion sociale et de la résilience, ainsi que la diplomatie préventive. Elles traduisent clairement les spécificités du Vietnam, notamment son attachement à la philosophie plaçant l’être humain au centre de toutes les politiques.
À travers sa tournée dans trois pays de l’ASEAN et son intervention au Dialogue de Shangri-La, le professeur estime que le secrétaire général et président Tô Lâm a démontré un style diplomatique associant étroitement théorie et pratique, à travers plusieurs aspects.
Premièrement, la construction d’un cadre conceptuel articulé autour de trois crises majeures et de six orientations stratégiques témoigne de la solidité du système théorique de la diplomatie vietnamienne, ainsi que de sa capacité à communiquer efficacement sur la scène internationale et à contribuer à la définition des agendas internationaux.
Deuxièmement, son art diplomatique se caractérise par une grande maîtrise : dénoncer les pratiques de coercition et d’imposition tout en saluant les contributions responsables ; défendre fermement la souveraineté nationale tout en encourageant la coopération. Cette approche illustre l’équilibre, la souplesse et la sagesse du Vietnam dans la recherche simultanée de l’indépendance, de l’autonomie et du développement.
Troisièmement, il parvient à concilier dimensions bilatérale et multilatérale en mettant en avant des principes tels que le développement pacifique et le respect du droit international, tout en plaidant pour une intégration régionale et internationale plus approfondie.
En conclusion, le chercheur chinois considère que le discours du secrétaire général et président Tô Lâm reflète une approche résolument pragmatique portée par une vision stratégique. Grâce à des analyses systématiques et structurées, il contribue à renforcer la position du Vietnam sur la scène internationale. Dans le contexte mondial particulièrement mouvant d’aujourd’hui, les messages importants transmis lors du Dialogue de Shangri-La devraient permettre au Vietnam d’accroître encore son influence internationale et de s’affirmer comme une « nouvelle force dotée d’une influence majeure en Asie du Sud-Est et dans le monde ».