Événement politique majeur du pays, le XIVe Congrès national (XIVe Congrès) du Parti communiste vietnamien suscite une attention particulière de l’opinion publique internationale, notamment parmi les experts et universitaires indonésiens.
Selon le chercheur spécialiste de l’Asie du Sud-Est au sein de l’Agence nationale indonésienne pour la recherche et l’innovation (BRIN), Lamijo, affirme que le XIVe Congrès du Parti communiste vietnamien, réunissant près de 1 600 délégués, revêt une signification stratégique profonde, non seulement pour l’orientation politique intérieure du Vietnam, mais aussi pour sa position au sein de l’ASEAN et sur le plan mondial.
Journaliste : Quelle est, selon vous, la portée du XIVe Congrès national du Parti communiste vietnamien, cet événement politique majeur actuellement en cours à Hanoï ?
M. Lamijo : Lors du XIVe Congrès, le Parti communiste vietnamien est attendu pour continuer à affirmer son rôle dirigeant à travers un programme de réformes visant à améliorer la qualité des ressources humaines et l’efficacité du fonctionnement de l’appareil d’État. Ces réformes ont été mises en œuvre avec vigueur par la promotion de la recherche, de l’innovation et la restructuration de l’organisation de l’administration publique.
Par ailleurs, le XIVe Congrès ne se contente pas de dresser le bilan et de valoriser les acquis de près de quarante années de Renouveau (Doi moi) ; il définit également des orientations politiques majeures pour le Vietnam sur la voie de la concrétisation de la vision de développement à l’horizon 2045, coïncidant avec le centenaire de la Fête nationale de la République socialiste du Vietnam. Cette démarche revêt une importance particulière dans un contexte marqué par l’intensification des défis mondiaux, notamment le ralentissement de l’économie mondiale, la transformation numérique, le changement climatique et les évolutions géopolitiques dans la région indopacifique.
Journaliste : Comment évaluez-vous les orientations du Vietnam après le Congrès pour atteindre l’objectif de devenir un pays à revenu élevé d’ici 2045 ?
M. Lamijo : À mon sens, à l’issue du XIVe Congrès, le Vietnam donnera la priorité à la mise en œuvre de plusieurs politiques stratégiques, centrées sur la concrétisation de la vision de développement à l’horizon 2045. Pour y parvenir, le pays accélérera la transformation de son modèle de croissance, en passant d’une économie fondée sur une production et une industrie manufacturière à faible coût vers une économie à forte valeur ajoutée, grâce au développement des secteurs technologiques, de l’économie numérique et de l’innovation, tout en améliorant la qualité de l’éducation et de la recherche scientifique.
Le Vietnam s’est même fixé pour objectif un taux de croissance du PIB moyen d’environ 10 % par an sur la période 2026-2030, avec un PIB par habitant estimé à près de 8 500 dollars américains en 2030. Parallèlement à cela, le pays met en œuvre des réformes institutionnelles, améliore l’efficacité de la gouvernance administrative et intensifie la lutte contre la corruption.
Une croissance économique associée à la garantie d’un bien-être social équitable et inclusif constituera un socle essentiel pour renforcer la confiance de la population envers l’État.
Journaliste : Quelle est votre appréciation des politiques étrangères du Vietnam et de ses relations avec les pays partenaires, dont l’Indonésie, durant le nouveau mandat du Parti communiste vietnamien ?
M. Lamijo : Sur le plan extérieur, je pense que le Vietnam continuera de suivre résolument une ligne diplomatique indépendante, autonome et fondée sur l’autonomie stratégique, mise en œuvre à travers la stratégie dite de la « diplomatie du bambou ». Les activités diplomatiques intenses du secrétaire général Tô Lâm ces derniers temps, avec 20 déplacements officiels à l’étranger et l’établissement de 14 cadres de partenariat stratégique global, illustrent clairement les efforts déployés pour appliquer cette ligne diplomatique, reflétant une volonté d’indépendance et de non-dépendance.
Il s’agit également pour le Vietnam de maintenir un équilibre dans ses relations avec les grandes puissances, tout en restant fidèle aux principes de non-alignement et en valorisant le consensus au sein de l’ASEAN. Dans ce cadre, le Vietnam continuera très probablement à jouer un rôle actif, à promouvoir la centralité de l’ASEAN et à contribuer au maintien de la stabilité ainsi qu’au renforcement de la coopération régionale.
S’agissant de l’Indonésie, le Vietnam continuera de la considérer comme un partenaire clé au sein de l’ASEAN. Les relations bilatérales devraient se renforcer davantage, notamment dans les domaines de l’économie, du commerce, de l’investissement, de l’économie verte, ainsi que dans la coopération en matière de sécurité et de politique, conformément aux engagements pris par les dirigeants des deux pays lors de leurs récents échanges.
De manière générale, après le XIVe Congrès, le Vietnam continuera d’approfondir son partenariat stratégique avec l’Indonésie, afin de préserver conjointement la stabilité régionale, de respecter le droit international et de renforcer la centralité de l’ASEAN.
Journaliste : Je vous remercie vivement pour cet entretien.