Le chapeau conique du village de Chuong (Thanh Oai, Hanoï) existe depuis des centaines d’années, étroitement lié à l’histoire de ce village ancien. Photo : Nhat Chi/congthuong.vn
Le chapeau conique du village de Chuong (Thanh Oai, Hanoï) existe depuis des centaines d’années, étroitement lié à l’histoire de ce village ancien. Photo : Nhat Chi/congthuong.vn

Préserver la tradition à travers le chapeau conique du village de Chuong

Situé au bord de la rivière Day, le village artisanal de Chuong, à Thanh Oai (Hanoï), perpétue depuis des siècles l’art de fabriquer le chapeau conique vietnamien. Malgré les transformations de la société, ce savoir-faire ancestral continue d’être précieusement préservé par ceux qui ont choisi de rester fidèles à ce métier.

La finesse dans chaque feuille de palmier

Depuis des générations, le chapeau conique de Chuong traverse le temps comme un symbole profondément ancré dans la culture et la mémoire collective vietnamiennes. Sous les mains habiles des artisans, ce simple objet du quotidien devient une expression de l’âme nationale, associée à l’image élégante des femmes vietnamiennes vêtues d’áo dài, aux souvenirs des campagnes, des rizières, des marchés d’autrefois ou encore aux fêtes traditionnelles.

Dans le village, tout le monde connaît l’existence de ce métier, mais peu savent précisément quand il est apparu. Selon les récits transmis de génération en génération, la fabrication de chapeaux remonterait au VIIIᵉ siècle. Autrefois, le village produisait différents types de chapeaux destinés à diverses catégories sociales : le nón ba tầm pour les jeunes femmes, ou encore les modèles nón nhô, nón long, nón dấu et nón chóp pour les hommes.

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Les artisans confectionnent et décorent les chapeaux entièrement à la main. Photo : Nhat Chi/congthuong.vn

Pour fabriquer un chapeau conique, l’artisan doit passer par plus de quinze étapes entièrement manuelles : sélection des feuilles, taille des lamelles de bambou, mise en forme de la structure, superposition des feuilles puis couture avec du fil spécial. Les feuilles sont d’abord séchées au soleil jusqu’à ce que leur couleur verte devienne blanche argentée. Elles sont ensuite lissées avec soin pour rester plates sans se déchirer.

Les artisans disposent ensuite les feuilles sur l’armature du chapeau, en alternant une couche de feuilles et une couche de membrane de bambou, avant de les coudre délicatement. Enfin, une fine couche d’huile est appliquée sur la surface afin de donner au chapeau une brillance naturelle et de le protéger de l’humidité.

Au fil du temps, le village de Chuong (en banlieue de la capitale Hanoï du Vietnam),a produit plusieurs types de chapeaux traditionnels tels que le nón quai thao, le nón de soie ou encore le nón en feuilles épaisses destiné aux travaux agricoles. Chacun répondait à un usage précis : le nón quai thao pour les personnes âgées allant au temple, le nón de soie pour les spectacles artistiques, et les modèles plus robustes pour les femmes travaillant aux champs.

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Le Van Tuy, artisan fabriquant des chapeaux coniques depuis plus d’un demi-siècle au village de Chuong. Photo : Nhat Chi/congthuong.vn

Des mains persévérantes face aux changements du temps

Dans la société contemporaine, les artisans des métiers traditionnels doivent souvent faire preuve de créativité pour adapter leurs produits aux goûts des clients. Ainsi, les villages artisanaux ne sont pas seulement des souvenirs du passé, mais aussi une composante vivante de la culture vietnamienne actuelle.

Parmi les rares artisans qui continuent de pratiquer ce métier au village de Chuong figure Le Van Tuy. Chaque jour, il poursuit inlassablement son travail afin de préserver la valeur du chapeau conique et de faire connaître ce produit classé OCOP quatre étoiles aux visiteurs internationaux, tout en l’exportant vers plusieurs pays.

Né dans une famille d’artisans, Le Van Tuy a grandi au milieu des feuilles de palmier et des armatures de bambou. Enfant, il aidait déjà ses parents à assembler les cercles du chapeau et à coudre les feuilles avant de les vendre au marché.

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L’artisan Le Van Tuy, récompensé à plusieurs reprises pour sa contribution à la préservation de l’art traditionnel de fabrication du chapeau conique. Photo : Nhat Chi/congthuong.vn

Plus de cinquante ans plus tard, il continue de travailler avec la même passion. Pour lui, préserver ce métier ne signifie pas seulement gagner sa vie, mais aussi protéger l’héritage culturel de ses ancêtres et de son village natal.

Au fil des années, il a créé des dizaines de modèles différents, variant les matériaux et les motifs : chapeaux décorés à la peinture, chapeaux en soie, chapeaux destinés aux moines bouddhistes ou encore modèles traditionnels revisités. Cinq de ses produits ont été reconnus OCOP quatre étoiles, dont le chapeau en soie double face ou le chapeau traditionnel spécial.

Chaque jour, son atelier produit environ 500 chapeaux, principalement destinés aux souvenirs pour les touristes étrangers. Pour lui, chaque chapeau est une véritable œuvre d’art, ornée de motifs et de peintures réalisés avec minutie.

« Certains chapeaux peuvent être terminés en quelques heures, mais d’autres demandent près d’une semaine de travail », explique-t-il.

Grâce à ses efforts, les chapeaux du village de Chuong ont été présentés lors de la Foire d’automne 2025 et lors du Festival national de la presse 2023, où certains modèles ont même été sélectionnés par l’État vietnamien comme cadeaux officiels destinés à des chefs d’État étrangers.

Au-delà de la production artisanale, Le Van Tuy a transformé sa maison en un espace d’expérience culturelle. Des ateliers de fabrication de chapeaux y sont organisés pour les élèves, les étudiants et les touristes, permettant aux visiteurs de découvrir cet artisanat traditionnel tout en contribuant au développement économique local.

Chaque mois, des centaines de groupes de touristes internationaux viennent découvrir cet atelier et s’initier à la fabrication du chapeau conique.

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Chaque mois, l’atelier d’expérience de fabrication de chapeaux de M. Tuy accueille des centaines de groupes de touristes étrangers venus le visiter. Photo : Nhat Chi/congthuong.vn

Après plus d’un demi-siècle consacré à ce métier, l’ancien « petit garçon » du village est devenu un artisan reconnu, non seulement gardien d’un savoir-faire ancestral, mais aussi ambassadeur de la culture vietnamienne auprès du monde.

Malgré les évolutions de la société, la fabrication de chapeaux à Chuong n’est plus aussi prospère qu’autrefois. Pourtant, les artisans continuent patiemment de coudre chaque chapeau, convaincus que ces valeurs anciennes constituent un patrimoine culturel précieux qu’il faut préserver pour les générations futures.

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