C’est également l’objectif fixé par la Résolution no 19-NQ/TW sur le renouvellement du modèle de développement du Vietnam, qui vise à établir un nouveau modèle de croissance, à moderniser les moteurs de croissance traditionnels et à évoluer progressivement vers un modèle de développement autonome, innovant, humain, durable et intégré, adapté à chaque étape.
De la participation à la maîtrise des chaînes de valeur
La Résolution no 19-NQ/TW place les entreprises, principales créatrices de valeur pour l’économie, au cœur du processus de renouvellement. Elle les appelle à passer d’une concurrence fondée sur les coûts à une concurrence axée sur la productivité, la technologie, la qualité et la capacité à répondre aux besoins du marché, tout en renforçant les liens au sein des écosystèmes industriels et en passant progressivement de la participation à la maîtrise, puis au pilotage des chaînes de valeur. Cette évolution implique également de repenser la mobilisation et l’utilisation des ressources afin de renforcer la compétitivité et de créer davantage de valeur pour l’économie.
Cependant, peu d’entreprises sont en mesure de répondre seules à l’ensemble de ces exigences. Elles doivent donc établir des partenariats, partager les technologies, les capitaux, les marchés et les expériences de gestion afin de constituer des chaînes de valeur complètes.
Le directeur général du Groupe national du textile et de l’habillement du Vietnam (Vinatex), Cao Huu Hieu, a indiqué que Vinatex renforçait les coopérations, développait progressivement sa maîtrise technologique et se positionnait sur des « maillons » à plus forte valeur ajoutée. Le groupe accompagne également les petites entreprises dans l’amélioration de leur productivité et le développement de leurs propres produits, afin de compléter la chaîne, de la conception et de l’approvisionnement en matières premières et accessoires à la fabrication des produits finis. Cette démarche contribue à accroître la valeur des entreprises, à bâtir un écosystème intégré et à renforcer la compétitivité du textile et de l’habillement vietnamiens à l’international.
Le Groupe national de l’industrie chimique du Vietnam (Vinachem) a, quant à lui, choisi une autre voie : maîtriser les technologies et intensifier la recherche ainsi que les investissements substantiels dans les sciences, les technologies et les ressources humaines.
Selon Phung Quang Hiep, président du Conseil des membres de Vinachem, le groupe investit dans un Centre de recherche-développement scientifique, technologique et d’innovation au Parc des hautes technologies de Hoa Lac (Hanoi), sur environ 3 hectares, pour un montant de 1 500 milliards de dongs. Ce centre favorisera les liens entre entreprises, instituts de recherche, universités et partenaires technologiques, afin de commercialiser les résultats de la recherche et de renforcer l’autonomie de Vinachem en matières premières, la maîtrise des technologies clés et la productivité.
Le renouvellement du modèle de développement ne concerne pas uniquement les entreprises directement engagées dans la production. Les entreprises fournissant des infrastructures et des services essentiels doivent elles aussi revoir leurs modes de fonctionnement.
Le directeur général du Groupe d’électricité du Vietnam (EVN), Nguyen Anh Tuan, a indiqué qu’EVN renforçait ses capacités de production et de transport d’électricité, tout en développant les infrastructures nécessaires aux secteurs des hautes technologies, des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle, des centres de données et des transports électrifiés.
EVN accélère également sa transition vers une gouvernance fondée sur les données, en développant l’automatisation et en appliquant l’IA, l’IoT et le Big Data à l’exploitation du réseau, à la prévision de la demande et à la gestion intelligente de l’énergie. Le groupe poursuit en parallèle la rationalisation de son appareil organisationnel et renforce la décentralisation des responsabilités.
Dans le même temps, EVN accélère sa transition verte, applique les critères ESG, améliore son efficacité, réduit les pertes et accroît sa capacité à intégrer les énergies renouvelables, afin d’anticiper les évolutions et de répondre aux besoins des nouveaux secteurs économiques.
Donner une nouvelle dimension aux entreprises
Les expériences de Vinatex, Vinachem et EVN montrent que les entreprises sont des acteurs directs de la mise en œuvre de la Résolution no 19-NQ/TW. Elles doivent notamment maîtriser les maillons à forte valeur ajoutée des chaînes d’approvisionnement, les technologies clés, développer leur marque et renouveler leur approche de l’investissement. Elles pourront ainsi jouer un rôle moteur dans les chaînes de valeur, en favorisant la montée en gamme des autres entreprises et un développement commun.
Cependant, s’appuyer uniquement sur les « locomotives » ne suffit pas si le tissu entrepreneurial reste faible en ressources humaines, en industrie auxiliaire et en technologies. Les petites et moyennes entreprises doivent donc renforcer leurs capacités et progresser vers des maillons à plus forte valeur ajoutée. La R&D, la propriété intellectuelle, les données, les technologies, la formation et la transformation numérique doivent être considérées non comme des coûts, mais comme des investissements dans leur compétitivité à long terme.
C’est ce qui distingue un tissu entrepreneurial nombreux d’un tissu d’entreprises doté de solides compétences et capacités. Une coopération efficace entre instituts de recherche, universités et entreprises permettrait de pleinement exploiter les synergies de l’ensemble de l’écosystème.
Pour que les coopérations deviennent véritablement substantielles, les politiques publiques jouent un rôle essentiel dans la création d’un environnement et d’incitations favorables à la coopération entre entreprises.
Le vice-secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), Dau Anh Tuan, a recommandé à l’État de poursuivre la levée des obstacles institutionnels et l’amélioration de l’environnement des affaires, tout en renforçant les politiques de soutien aux technologies, aux capitaux, à l’innovation et aux coopérations entre entreprises.
Pour les grands projets, les incitations devraient être liées au développement des fournisseurs nationaux et à un taux d’intégration locale effectif, avec des mécanismes précis de vérification, plutôt que de simples engagements.
Il convient également de développer le financement des chaînes d’approvisionnement afin de faciliter l’accès des petits fournisseurs aux capitaux sur la base de contrats et de créances auprès des entreprises en amont. La capacité et la réputation des grandes entreprises pourraient ainsi servir de « levier » pour faciliter leur financement et renforcer l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Ce n’est que lorsque les capacités de chaque entreprise seront renforcées, que les maillons de la chaîne seront plus étroitement connectés et que l’écosystème sera suffisamment solide pour produire des effets de synergie que les nouveaux moteurs de croissance cesseront d’être de simples perspectives pour devenir de véritables capacités de l’économie. Tel est précisément l’objectif du processus de renouvellement du modèle de développement national.