Les matériaux verts, une nouvelle porte d’accès aux chaînes d’approvisionnement mondiales

Le secteur des matériaux de construction est à l’aube d’une transformation majeure. Alors que la réduction des émissions, l’utilisation rationnelle des ressources et le respect des normes environnementales deviennent des critères déterminants de compétitivité, les matériaux verts prennent une importance croissante.

Photo : TCTC.
Photo : TCTC.

À l’ère du Net Zero, ils ne relèvent plus seulement d’une tendance, mais tendent à devenir une condition d’accès plus approfondi des entreprises aux chaînes d’approvisionnement mondiales.

Une pression croissante en faveur de la transition

Les besoins d’investissement dans les infrastructures, les zones urbaines, les parcs industriels et le logement au Vietnam devraient continuer d’augmenter. Le secteur de la construction doit donc relever un double défi : accompagner le développement tout en réduisant les émissions, en économisant l’énergie et en utilisant plus efficacement les ressources.

Giandomenico Zappia, président de la Chambre de commerce européenne au Vietnam (EuroCham Vietnam), estime que le Vietnam poursuivra ses investissements importants dans les infrastructures au cours des prochaines années. Le secteur devra ainsi réduire son empreinte carbone, optimiser l’utilisation des ressources et créer une valeur durable pour l’économie.

La pression s’intensifie également avec le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), les normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), ainsi que les exigences croissantes en matière de transparence des chaînes d’approvisionnement sur les marchés internationaux.

Nguyen Ngoc Ha, directeur de l’Institut de recherche sur l’innovation et enseignant à la Faculté de droit de l’Université du commerce extérieur, souligne que de nombreuses économies mettent en place des politiques de tarification du carbone ou de contrôle des émissions. La teneur en carbone devient ainsi un facteur à prendre en compte pour les produits exportés.

Les secteurs fortement émetteurs, notamment le ciment, l’acier et l’aluminium, subissent une pression particulièrement forte, tandis que d’autres matériaux doivent eux aussi répondre à des exigences accrues concernant leur impact environnemental et leur cycle de vie.

Au-delà de la conformité réglementaire, la transition verte ouvre aussi de nouvelles perspectives de compétitivité. Consommateurs, investisseurs et partenaires internationaux accordent une attention croissante aux produits respectueux de l’environnement, fabriqués selon des normes de développement durable et dotés de mécanismes de traçabilité.

Mesurer pour donner une valeur au « vert »

Pour Vu Hong Phong, expert technique EDGE de la Société financière internationale (IFC), les matériaux verts ne pourront se développer pleinement que si leur performance environnementale peut être mesurée à l’aide de normes harmonisées.

Le système de certification EDGE évalue la performance des bâtiments selon plusieurs critères, notamment les économies d’énergie et d’eau ainsi que la réduction de l’énergie grise incorporée dans les matériaux. La quantification de ces indicateurs fournit aux banques et aux investisseurs des bases supplémentaires pour apprécier la qualité et la durabilité des projets, tout en facilitant l’accès des entreprises aux financements verts.

En démontrant une utilisation plus efficace des ressources et une réduction de leur impact environnemental, les entreprises peuvent renforcer leur crédibilité et accéder à des sources de financement dans des conditions plus compétitives. Les bénéfices des matériaux verts ne se limitent d’ailleurs pas à la baisse des émissions : les économies d’énergie et d’eau ainsi qu’une utilisation plus rationnelle des matériaux peuvent également réduire les coûts d’exploitation, accroître la valeur des actifs et renforcer leur attractivité auprès des investisseurs.

Construire un marché des matériaux verts

Malgré cette tendance, le développement des matériaux verts au Vietnam se heurte encore à plusieurs obstacles. De nombreuses entreprises manquent de capitaux, de technologies et de ressources humaines pour moderniser leurs lignes de production, mettre en place des systèmes de gestion et réaliser des inventaires d’émissions.

Selon Phan Dang Son, président de l’Association des architectes du Vietnam, le pays doit agir sur les politiques publiques, l’éducation et la sensibilisation pour promouvoir l’architecture verte. Celle-ci repose, selon lui, sur cinq éléments essentiels : une conception adaptée au climat, les matériaux verts, l’efficacité énergétique et hydrique, un environnement sain et l’harmonie avec le paysage. Les matériaux verts constituent donc l’un des maillons importants de cette approche.

Nguyen Thi Thanh Tam, responsable du développement durable de Prime Group, indique que le durcissement des exigences relatives à l’empreinte carbone et aux normes environnementales fait des matériaux verts un enjeu important pour les fabricants. Prime Group vise, d’ici 2030, une réduction de 25 à 30 % de ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 2020, une part des énergies renouvelables supérieure à 30 % de sa consommation totale d’énergie et le recyclage ou traitement de 100 % de ses eaux usées.

Elle souligne toutefois que le coût élevé des technologies vertes, le manque de personnel spécialisé dans l’ESG et la pression sur les prix restent de sérieux obstacles. L’ESG doit ainsi être considéré comme une stratégie à long terme plutôt que comme une charge pour les entreprises.

De son côté, Duong Van Tu, directeur commercial pour le Nord de Phuong Nam Panel, estime que les nouvelles exigences poussent les entreprises à réexaminer l’ensemble de leur chaîne de valeur, des matières premières aux marchés en passant par les technologies de production. L’entreprise considère la transition verte comme une occasion de restructurer sa stratégie, notamment en adoptant des technologies européennes économes en énergie et moins émettrices et en développant des panneaux d’isolation thermique et acoustique plus respectueux de l’environnement.

Pour généraliser cette transition, les experts préconisent des politiques de soutien cohérentes, couvrant l’amélioration des normes techniques, le développement du crédit vert, l’innovation technologique ainsi que la mise en place de systèmes de mesure, d’inventaire et de vérification des émissions.

L’encouragement à l’utilisation de matériaux faiblement émetteurs dans les projets d’investissement public, les infrastructures et les nouveaux développements urbains pourrait notamment contribuer à créer un marché suffisamment important. Une demande stable donnerait aux entreprises davantage de raisons d’investir dans les technologies et les produits verts.

À l’ère du Net Zero, les entreprises capables de créer davantage de valeur avec moins d’émissions devraient disposer d’un avantage croissant. À mesure que les normes environnementales deviennent une condition d’accès aux marchés internationaux, les matériaux verts s’affirment ainsi comme un enjeu à la fois environnemental et industriel pour le secteur vietnamien de la construction.

NDEL
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