Il y a plus d’une décennie, sur l’ancien substrat corallien aride du hameau de My Hoa, dans la commune de Vinh Hai, province de Khanh Hoa (située sur le littoral du Centre-Sud du Vietnam), l’idée d’y faire naître une mangrove semblait alors difficilement réalisable.
Pourtant, grâce à la persévérance des habitants et des bénévoles, les jeunes palétuviers ont peu à peu grandi pour former aujourd’hui une mangrove d’environ 15 hectares, devenue une véritable ceinture verte et un « bouclier écologique » au sein d’un écosystème riche en biodiversité.
Faire renaître la vie sur un substrat corallien aride
Au début du mois d’août, alors que les premières lueurs de l’aube s’étirent sur le littoral de My Hoa, la marée basse découvre les jeunes palétuviers d’un vert éclatant.
Au milieu des vagues, on trouve les membres de l'équipe de bénévoles pour la protection des mangroves de My Hoa et de l'équipe de bénévoles pour la protection des tortues marines du parc national de Nui Chua.
Certains pataugent dans l’eau pour récolter les propagules de palétuvier ; d’autres sélectionnent les plants, tandis que leurs compagnons mettent soigneusement en terre, un à un, les jeunes plants sur un substrat corallien dégradé au fil des années.
Contrairement aux vasières riches en alluvions, le sol de My Hoa est principalement constitué d’anciens coraux calcifiés, pauvres en éléments nutritifs, peu aptes à retenir l’eau et à permettre aux racines de s’ancrer durablement.
Chaque jeune palétuvier qui parvient à s’enraciner est donc le fruit d’une longue et patiente persévérance humaine.
Certains plants mettent plus d’un an à atteindre à peine quelques dizaines de centimètres. Une seule forte houle, une période de fortes marées ou une longue période de sécheresse peut suffire à emporter ou à faire dépérir les jeunes arbres qui viennent tout juste de s’enraciner.
Lorsqu’un plant meurt, il est aussitôt replanté ; les propagules de palétuvier qui ne germent pas sont à leur tour remplacées. Ce travail patient se poursuit depuis plus de dix ans.
Quand la communauté devient gardienne de la forêt
Plantée à partir de 2015 dans la zone tampon de la Réserve de biosphère mondiale de Nui Chua, la mangrove de My Hoa remplit des fonctions qui vont bien au-delà d’un simple projet de reverdissement.
Les alignements de palétuviers ont permis d’atténuer l’impact des vagues et des marées, de limiter l’érosion côtière et de contribuer à la protection des récifs coralliens, des herbiers marins et des ressources halieutiques côtières, comme on l’espérait.
Dans un contexte marqué par le changement climatique, l’élévation du niveau de la mer et des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus complexes, le rôle essentiel des mangroves se confirme davantage encore.
Elles comptent en effet parmi les solutions fondées sur la nature les plus efficaces pour renforcer la résilience des zones côtières face aux catastrophes naturelles, tout en favorisant une restauration durable des écosystèmes.
Selon Nguyen Song Hy, chef du groupe bénévole de protection de la mangrove de My Hoa, préserver cette « muraille verte » est loin d’être une tâche aisée.
Dans de nombreux cas, des personnes pénètrent encore clandestinement dans la zone protégée pour y ramasser des vers marins ou exploiter les ressources aquatiques. Les membres du groupe assurent donc des patrouilles tout au long de l’année.
Ce qui est particulièrement remarquable, c’est qu’ils ne privilégient ni la confrontation ni une approche strictement coercitive. Ils misent plutôt sur un travail patient de sensibilisation et d’explication, afin de faire comprendre aux habitants que chaque palétuvier préservé contribue à lutter contre l’érosion, à protéger les ressources halieutiques et, à terme, à préserver les moyens de subsistance de la communauté locale elle-même.
Dans les faits, la conservation de la nature ne peut être véritablement durable que lorsque les populations locales en deviennent les acteurs à part entière. Une forêt a peu de chances de survivre si sa protection repose uniquement sur des panneaux d’interdiction ou sur les patrouilles des autorités compétentes.
Mais lorsque les habitants s’engagent volontairement à la préserver, la forêt compte alors des centaines de « gardiens » au quotidien.
Parallèlement à la plantation et à la protection de la forêt, le nettoyage des vasières est une tâche discrète, mais tout aussi essentielle.
Après chaque épisode de vents violents ou de forte marée, le littoral de My Hoa se retrouve jonché de bouteilles en plastique, de sacs en plastique, de vieux filets de pêche et de toutes sortes de déchets charriés par la mer, qui s’accumulent entre les racines des palétuviers et recouvrent les herbiers marins.
Ces jours-là, les habitants et les équipes de bénévoles reprennent inlassablement leur travail, ramassant les déchets sac après sac. Ils savent que chaque bouteille en plastique retirée du littoral ne contribue pas seulement à nettoyer la plage : elle élimine aussi une menace pour les espèces marines.
Revitaliser l'écosystème, bâtir un avenir vert
Selon Pham Anh Dung, directeur adjoint du Bureau chargé de la gestion des ressources naturelles et des réserves de biosphère au sein du Comité de gestion du parc national de Nui Chua-Phuoc Binh, le groupe bénévole de protection de la mangrove de My Hoa compte actuellement 12 membres.
Ils œuvrent essentiellement à titre bénévole, tandis que les aides financières ne couvrent qu’une petite partie des frais de déplacement et d’eau potable nécessaires à leurs patrouilles.
Pourtant, après plus de dix années de persévérance, les chiffres témoignent à eux seuls de la valeur de leur engagement.
À partir de quelques fragiles pousses de palétuvier, la forêt s’étend désormais sur environ 15 hectares.
De nombreuses espèces d’oiseaux, notamment des échassiers, ainsi que des crevettes, des poissons et d’autres organismes aquatiques ont progressivement fait leur retour, donnant naissance à un écosystème toujours plus diversifié et stable.
C’est aussi une preuve concrète que la conservation de la nature ne doit pas nécessairement commencer par des projets mobilisant des centaines de milliards de dôngs ou par des programmes de grande ampleur.
Bien souvent, le changement naît de gestes modestes, à condition qu’ils soient accomplis avec constance, sens des responsabilités et détermination par la communauté.
Aujourd’hui, la mangrove de My Hoa est véritablement le fruit d’un processus de restauration écologique. Elle est aussi devenue le symbole d’un lien entre l’être humain et la nature, démontrant que lorsque les communautés bénéficient de la confiance nécessaire et participent pleinement aux efforts de conservation, même les terres qui paraissaient les plus arides peuvent renaître.
Pour que ces forêts poursuivent leur renaissance, les efforts conjoints du gouvernement, des gestionnaires, des entreprises, des organisations sociales et de chaque citoyen sont essentiels.
Lorsque la communauté devient collectivement « gardienne de la forêt », les mangroves ne sont plus seulement un « bouclier vert » contre les catastrophes naturelles : elles deviennent également le socle d’un avenir durable pour Khanh Hoa, où l’être humain et la nature avancent de concert au sein d’un écosystème sain et plein de vitalité.