Les données de surveillance au service de la gestion des ouvrages hydrauliques du delta du Mékong

La surveillance et la prévision de la qualité de l'eau constituent désormais un outil indispensable pour optimiser la gestion des ouvrages hydrauliques, garantir la sécurité des ressources en eau et soutenir les activités de production dans le delta du Mékong.

L'ouvrage hydraulique de Cai Lon–Cai Be figure parmi les principaux systèmes faisant l'objet d'un suivi régulier de la qualité de l'eau.
L'ouvrage hydraulique de Cai Lon–Cai Be figure parmi les principaux systèmes faisant l'objet d'un suivi régulier de la qualité de l'eau.

Face aux effets du changement climatique, à l'intrusion saline et aux exigences croissantes du développement socio-économique, la surveillance et la prévision de la qualité de l'eau constituent une base scientifique essentielle. Elles permettent aux gestionnaires d'adapter de manière anticipative l'exploitation des ouvrages hydrauliques, d'assurer la sécurité des ressources en eau et de préserver les activités de production dans l'ensemble du delta du Mékong.

Depuis plusieurs années, l'Institut de génie maritime exploite un réseau de surveillance, de prévision et d'alerte de la qualité de l'eau couvrant les principaux systèmes hydrauliques du Sud. Grâce à des données régulièrement actualisées, les autorités disposent d'informations fiables leur permettant d'ajuster en temps réel l'exploitation des ouvrages face à l'évolution de la situation hydrologique.

Les organismes concernés échangent et mettent continuellement à jour les données d'observation ainsi que les informations relatives à l'évolution des ressources en eau afin d'élaborer des plans d'exploitation adaptés.

Une qualité de l'eau contrastée selon les systèmes hydrauliques

Selon les observations de l'Institut de génie maritime, la qualité de l'eau varie sensiblement d'un système hydraulique à l'autre.

Dans le système de Cai Lon–Cai Be, l'indice de qualité de l'eau (WQI) est resté compris entre 54 et 75 points sur la période 2018-2026. Après avoir atteint un niveau particulièrement faible en 2022, avec seulement 34 à 38 points dans plusieurs stations de mesure, il s'est progressivement redressé à partir de 2023 pour retrouver aujourd'hui une situation plus stable.

À l'inverse, le système de Quan Lo–Phung Hiep connaît des fluctuations beaucoup plus marquées. À la station de Cau Sap, l'indice WQI est passé de 94 points en mai 2018 à seulement 19 points en mai 2025, traduisant les effets conjugués de l'urbanisation, des rejets d'eaux usées domestiques et du changement climatique.

Dans le Quadrilatère de Long Xuyen, la qualité de l'eau répond globalement aux besoins de la production. Toutefois, des disparités persistent selon les secteurs. La partie occidentale du littoral demeure particulièrement vulnérable à la pollution en raison de la faiblesse des débits et de la fermeture prolongée des ouvrages de lutte contre l'intrusion saline.

Des données scientifiques au service de la décision

Selon Pham Van Tung, directeur de l'Institut de génie maritime, l'élaboration de chaque bulletin d'alerte repose sur un processus scientifique rigoureux comprenant le déploiement du réseau de mesures, l'analyse des échantillons, la modélisation de la qualité de l'eau, le calibrage des modèles, les prévisions et la formulation de recommandations opérationnelles.

« L'intérêt de ces bulletins ne réside pas dans les chiffres eux-mêmes, mais dans leur capacité à aider les décideurs à prendre les bonnes décisions au moment opportun », souligne M. Tung.

Selon M. Tung, la période de transition entre la saison sèche et la saison des pluies est souvent marquée par des dégradations soudaines de la qualité de l'eau. En l'absence d'un système d'alerte précoce, les exploitants risquent de prélever une eau impropre à l'irrigation ou à l'aquaculture, avec des conséquences importantes pour les cultures et les élevages.

Les populations vivant le long des canaux du réseau hydraulique du delta du Mékong bénéficient directement d'une gestion des ouvrages fondée sur les données de surveillance et de prévision.

Une coordination étroite dans l'exploitation des ouvrages

Selon Le Tu Do, directeur de la branche du delta du Mékong de la Compagnie d'exploitation des ouvrages hydrauliques du Sud, son organisme s'appuie régulièrement sur les bulletins de l'Institut de génie maritime pour élaborer les plans d'exploitation mensuels et saisonniers, ainsi que pour faire face aux situations d'urgence.

En cas de fortes marées, de pluies intenses ou de risque d'intrusion saline, ces informations permettent de réajuster rapidement les plans d'exploitation, d'informer les autorités locales et d'adapter le fonctionnement des vannes en fonction de l'évolution réelle des conditions hydrologiques.

Selon M. Le Tu Do, des infrastructures hydrauliques de grande envergure, dont les effets s'étendent sur plusieurs provinces, ne peuvent être exploitées de manière empirique. Leur gestion requiert une approche scientifique rigoureuse fondée sur des données prévisionnelles fiables afin d'assurer la sécurité des ouvrages et de préserver durablement les ressources en eau destinées à l'agriculture, à l'aquaculture et aux besoins essentiels des populations.

Pour Pham Van Tung, les pressions exercées par le changement climatique, l'intrusion saline et la demande croissante en eau continueront de s'intensifier au cours des prochaines années. Dans ce contexte, le renforcement des systèmes d'observation, de prévision et d'alerte constitue un levier stratégique permettant aux autorités d'anticiper les risques, d'optimiser le fonctionnement des ouvrages hydrauliques et de garantir durablement la sécurité des ressources en eau dans le delta du Mékong.


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