Un nouvel élan pour la croissance du secteur halieutique

Grâce à un vaste potentiel en surfaces aquatiques et à une orientation politique clairement définie, l’exploitation du « trésor » que représente l’aquaculture dans les réservoirs constitue une voie de développement innovante.

Ferme piscicole sur le réservoir du fleuve Da, dans la province de Phu Tho. Photo : nhandan.vn
Ferme piscicole sur le réservoir du fleuve Da, dans la province de Phu Tho. Photo : nhandan.vn

D’ici à 2030, cette filière devrait générer environ 16 000 milliards de dôngs par an et créer des moyens de subsistance durables pour plus de 80 000 travailleurs dans les localités concernées.

Alors que le secteur halieutique vietnamien s’oriente vers un modèle plus vert et davantage intégré à l’économie mondiale, l’aquaculture dans des espaces écologiques à fort potentiel tels que les réservoirs apparaît comme un maillon essentiel pour compenser la baisse volontaire des captures maritimes. Elle permettra également au secteur de se développer sur la base des connaissances et des technologies modernes.

Un immense potentiel offert par les réservoirs

Au début du mois de mai, les températures commencent à se réchauffer dans la région du réservoir du fleuve Da, dans la province de Phu Tho. Entre les fines pluies qui tombent sur l’immense étendue d’eau, de longues rangées de cages flottantes s’étirent au pied des montagnes ondulantes.

Le réservoir du fleuve Da connaît actuellement une intense saison de pêche aux poissons de spécialité. Dès l’aube, des dizaines de petites embarcations sillonnent les eaux limpides pour jeter leurs filets à la recherche du cá ngần et du cá bống (eux espèces saisonnières), deux espèces saisonnières réputées pour leur saveur délicate. Le cá ngần apparaît généralement lorsque le temps se réchauffe et évolue en grands bancs dans les couches intermédiaires et proches de la surface. Ce petit poisson translucide à chair tendre se distingue par sa douceur naturelle. N’étant abondant que de mars à juin, il demeure rare et particulièrement prisé sur le marché. Quant au cá bống, il vit surtout près des rives rocheuses couvertes d’algues et de végétation aquatique. Élevé dans un environnement naturel, il offre une chair ferme et un goût prononcé très apprécié des consommateurs.

Tout en observant les eaux limpides, Nguyen Thanh Tuan, pêcheur expérimenté du réservoir du fleuve Da, explique : « Les moments les plus favorables pour la pêche sont tôt le matin ou en fin d’après-midi, lorsque les poissons commencent à chercher leur nourriture. Dès qu’un banc est repéré, les pêcheurs doivent rapidement lancer leurs filets tout en observant attentivement les courants et les déplacements des poissons afin d’obtenir le meilleur rendement possible. »

Après une journée de travail éprouvant, les embarcations accostent progressivement au quai de Bich Ha, dans le quartier de Tan Hoa, province de Phu Tho, chargées de poissons fraîchement pêchés. Sur place, les prises sont triées et pesées directement sur les bateaux avant d’être vendues aux commerçants à environ 200 000 dôngs le kilogramme pour le cá ngần et 120 000 dôngs pour le cá bống. Ces modestes prises issues du réservoir du fleuve Đà assurent non seulement des revenus substantiels aux habitants, mais ouvrent également des perspectives de développement économique durable grâce aux efforts des autorités locales pour encourager une exploitation raisonnée et la préservation des ressources halieutiques. Grâce à leur qualité exceptionnelle, les poissons du fleuve Đà gagnent en popularité et deviennent une marque reconnue parmi les produits aquatiques des réservoirs vietnamiens.

Évoquant le potentiel de développement de l’aquaculture en réservoir, le vice-ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, Phung Duc Tien, a souligné que le Vietnam dispose de plus de 6 700 réservoirs hydrauliques, représentant un volume total d’environ 14,5 milliards de mètres cubes, auxquels s’ajoutent 700 barrages hydroélectriques. Cet ensemble constitue une « ressource verte » d’une valeur exceptionnelle, capable de devenir un nouveau moteur de croissance pour le secteur halieutique, avec un potentiel de plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits aquatiques par an. Les provinces du Nord réunissent actuellement les conditions les plus favorables au développement de cette activité. De grands réservoirs tels que Hoa Bình, Sơn La, Thac Ba, Na Hang ou Lai Chau, couvrant des centaines de milliers d’hectares, offrent de vastes espaces particulièrement adaptés à l’élevage en cages flottantes et aux systèmes d’élevage combinés. Outre leur superficie, nombre de ces réservoirs bénéficient d’une excellente qualité d’eau, d’une grande profondeur et d’une faible exposition à la pollution industrielle, permettant ainsi l’élevage d’espèces variées de poissons.

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Modèle d’aquaculture de la coopérative Bay Tuyen spécialisée dans le poisson propre, dans le quartier de Hoa Bình, province de Phu Tho. Photo : nhandan.vn

Structurer une chaîne de valeur verte et durable

Profitant de l’immense superficie des réservoirs hydroélectriques, le secteur halieutique de la province de Son La entreprend de nouvelles démarches afin d’exploiter pleinement ce potentiel. L’objectif est d’accélérer l’application des hautes technologies dans l’aquaculture et la transformation des produits, tout en préservant les ressources naturelles et en développant le tourisme.

Le directeur adjoint du Service provincial de l’Agriculture et de l’Environnement, Vu Tien Dinh, a indiqué qu’au lieu de vendre des produits bruts, la province encourage désormais les entreprises à investir dans la transformation approfondie afin de créer davantage de valeur ajoutée. Les labels déjà existants, tels que « Cá tầm Sơn La » et « Cá sông Đà Sơn La », continueront d’être développés. L’utilisation de codes QR pour chaque produit et chaque cage d’élevage sera également mise en œuvre afin de garantir la transparence des informations et la traçabilité des produits.

Le réservoir du fleuve Da est non seulement célèbre pour ses paysages majestueux, mais aussi pour l’abondance de ses ressources aquatiques et la pureté de ses eaux, propices à l’élevage en cages flottantes. Tirant parti de ces avantages, la société Hai Dang Group Aquaculture Co., ltd, située dans le quartier de Hoa Binh, province de Phu Tho, a pris l’initiative de coopérer avec les pisciculteurs du réservoir afin de constituer une source d’approvisionnement stable et de commercialiser un produit de poisson effiloché du fleuve Da certifié OCOP 4 étoiles. Nguyen Thi Dung, directrice générale de l’entreprise, a indiqué que la société poursuivrait ses investissements afin d’élargir sa production, de diversifier les produits transformés à base de poissons du fleuve Da et d’améliorer encore le classement OCOP de ses produits. Le maintien de cette chaîne de coopération avec les pisciculteurs garantit non seulement l’approvisionnement en matières premières, mais contribue également à la création d’emplois et à l’augmentation des revenus des habitants locaux.

Cependant, malgré ces résultats encourageants, l’aquaculture en réservoir reste en deçà de son potentiel réel. L’un des principaux obstacles réside dans une production encore fragmentée, dispersée et insuffisamment structurée. En pratique, certaines entreprises se heurtent également à des difficultés juridiques dues au chevauchement de certaines dispositions de la Loi sur l’irrigation et de la Loi sur la pêche.

Afin de libérer le potentiel « en or » des plus de 6 700 réservoirs hydrauliques et 700 barrages hydroélectriques du pays, représentant une capacité totale d’environ 50 milliards de mètres cubes, le ministère de l’Agriculture et de l’Environnement a récemment lancé le Projet de développement de l’aquaculture en réservoir pour la période 2026-2030. Ce programme vise une production annuelle de plus de 260 000 tonnes d’ici à 2030, pour une valeur estimée à environ 16 000 milliards de dôngs, tout en créant plus de 80 000 emplois, dont près de 30 % destinés aux minorités ethniques.

Pour concrétiser le potentiel des réservoirs, le vice-ministre Phung Duc Tien estime qu’il est indispensable de lever simultanément plusieurs obstacles, notamment par l’amélioration du cadre institutionnel, en particulier les mécanismes d’attribution des surfaces aquatiques, le zonage des élevages et le contrôle de la capacité environnementale. Il préconise également l’adoption de politiques incitatives pour encourager les investissements et mobiliser les ressources en faveur de l’aquaculture en réservoir, notamment grâce à des soutiens au crédit, des exonérations ou réductions des redevances d’utilisation des surfaces aquatiques, ainsi que des avantages accordés aux projets de production d’alevins et d’aliments pour poissons. Parallèlement, il convient de promouvoir l’innovation scientifique et la transition numérique, avec l’utilisation de cages modernes en HDPE, de systèmes automatiques d’alimentation, de dispositifs de surveillance environnementale et de traçabilité des produits.

Grâce à ce socle politique et à l’implication coordonnée des collectivités locales et des entreprises, le secteur halieutique vietnamien met en œuvre une dynamique fondée sur « l’innovation créative et l’accélération du développement », transformant les ressources aquatiques des réservoirs en un nouveau moteur de croissance et réveillant le potentiel encore largement inexploité de ces immenses étendues d’eau paisibles.

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