Une moisson dorée sur les terres salées

Les agriculteurs de Ca Mau abandonnent progressivement les méthodes de culture traditionnelles à petite échelle afin d’adopter les sciences et les technologies modernes, semant ainsi de nouvelles récoltes prospères et contribuant à faire rayonner le riz de Ca Mau au-delà des frontières.

Le modèle de riziculture écologique pratiqué sur les zones riz-crevettes de la province de Ca Mau.
Le modèle de riziculture écologique pratiqué sur les zones riz-crevettes de la province de Ca Mau.

Les agriculteurs de Ca Mau ont traversé bien des saisons marquées par les aléas. Pour changer leur destin, ils abandonnent progressivement les méthodes de culture traditionnelles à petite échelle afin d’adopter les sciences et les technologies modernes, semant ainsi de nouvelles récoltes prospères et contribuant à faire rayonner le riz de Ca Mau au-delà des frontières.

Les pionniers du changement

Sans terres agricoles ni formation spécialisée en agriculture, le colonel Hoang Phuong Thao — officier de police détaché au poste d’inspecteur en chef de la province de Ca Mau, et l’ingénieur en génie civil Ta Van Lam ont suscité bien des doutes lorsqu’ils se sont lancés dans la riziculture. Lorsqu’ils ont évoqué l’idée de produire du riz biologique et du riz à faible teneur en glucose destiné à l’exportation, certains leur ont reproché de rêver d’exporter du riz sans n’avoir jamais cultivé un seul champ.

Pourtant, une question les hantait : pourquoi tant de familles cultivent-elles le riz toute leur vie sans sortir de la pauvreté ? Pourquoi le riz de leur région reste-t-il cantonné aux segments les moins valorisés du marché ? Ces interrogations ont poussé ces hommes venus d’autres horizons à s’engager dans cette aventure.

Animé par cette conviction, le colonel Thao a mené de longues recherches avant de mettre au point un composé organique sous forme liquide cristalline destiné à fertiliser les rizières, ainsi qu’une technologie permettant de réduire le glucose contenu dans le riz. De son côté, l’ingénieur Lam a choisi de vivre et travailler directement aux côtés des agriculteurs dans les champs.

Le véritable tournant est intervenu lorsque Ha Thanh Dien, du groupe Misun Group, est arrivé avec des ressources d’investissement et l’ambition de développer des débouchés commerciaux à la suite de missions caritatives menées en 2019. C’est ainsi qu’est née la marque de riz « Ông Điền » sur les terres rizicoles et aquacoles de Ca Mau.

En 2020, plus de 100 hectares de riz ST24 et ST25 utilisant la technologie de réduction du glucose ont été cultivés dans la commune de Lang Tron, aujourd’hui rattachée à la province de Ca Mau. Les résultats ont porté leurs fruits à la fin de 2025 et au début de 2026, lorsque les premières cargaisons — 212 tonnes exportées vers les États-Unis et 28 tonnes vers le Japon — ont quitté le Vietnam.

L’ingénieur Lam se souvient avec émotion des débuts difficiles : certains agriculteurs continuaient à semer clandestinement des variétés traditionnelles, craignaient de devoir vider l’eau des rizières ou coupaient prématurément les plants avant la formation des épis. Beaucoup s’inquiétaient également en voyant une épaisse fumée blanche se dégager lors des pulvérisations de désherbant biologique.

« Pour convaincre les habitants, j’ai moi-même bu directement l’extrait végétal au milieu des rizières afin de prouver qu’il était totalement sans danger pour l’homme et les cultures », raconte-t-il. La confiance s’est véritablement installée lorsque les rendements ont atteint entre 700 et 1000 kilogrammes par công (1 000 m2).

Grâce au modèle riz-crevettes, les agriculteurs de Lang Tron tirent également des revenus supplémentaires de l’élevage de gobies et de crevettes d’eau douce, avec des bénéfices compris entre 80 et 150 millions de dôngs par hectare et par an. Même les familles les plus réticentes ont fini par rejoindre le projet, portant la superficie cultivée à 238 hectares.

Le colonel Thao estime que l’exportation du riz de Ca Mau vers des marchés exigeants représente « le résultat d’une persévérance sans faille et d’une profonde confiance dans les valeurs durables ».

Porter les saveurs du terroir vers le large

Malgré ces avancées prometteuses, la filière rizicole de Ca Mau reste confrontée à de nombreux défis. Située à l’extrémité du delta du Mékong, la région souffre régulièrement de sécheresse et du manque d’eau douce pendant la saison sèche. Le changement climatique et l’affaissement des sols aggravent encore l’intrusion saline dans les terres agricoles. Face à cette situation, la coopération et l’évolution des mentalités apparaissent comme les seules voies possibles pour assurer la survie et le développement du secteur.

Trinh Van Cuong, directeur de la coopérative Vinh Cuong, engagée dans le projet d’un million d’hectares de riz de haute qualité à Ca Mau, explique que la coopérative exploite environ 13 000 hectares à Ca Mau, An Giang et Tay Ninh, avec des investissements allant de 5 à 12 millions de dôngs par hectare et un accompagnement technique permettant aux produits de répondre aux normes européennes d’exportation.

Parallèlement, les 278 membres de la coopérative agricole et aquacole Ba Dinh, dans la commune de Vinh Loc, cultivent désormais les variétés ST24, ST25 et BL9 selon des méthodes biologiques. Son directeur, Nong Van Thach, souligne que grâce aux contrats d’achat garantis par les entreprises partenaires, chaque récolte génère entre 45 et 50 millions de dôngs par hectare. La variété BL9 a même été reconnue comme le meilleur riz du delta du Mékong.

La constitution de vastes zones de production permet progressivement aux agriculteurs de sortir du modèle fragmenté traditionnel. Fin 2025, la province comptait déjà 27 entreprises liées à 50 coopératives et groupes de production, couvrant plus de 53 350 hectares et représentant environ 320 142 tonnes de riz, soit 16,7 % de la production totale provinciale.

Selon Nguyen Tran Thuc, chef du service provincial des cultures et de la protection des végétaux, la participation aux chaînes de coopération permet d’augmenter la valeur du riz de 200 à 1 000 dôngs par kilogramme par rapport aux méthodes conventionnelles.

Pour renforcer sa compétitivité, Ca Mau mise aujourd’hui sur les modèles agricoles écologiques. Sur les 180 000 hectares de rizières de la province, 94 000 hectares sont déjà exploités selon le modèle riz-crevettes, avec un potentiel d’extension supplémentaire de 25 000 hectares. Ce modèle est également appliqué avec succès par près de 200 foyers agricoles membres de la coopérative de produits agricoles propres et de haute qualité de Lang Tron.

Nguyen Hong Khanh, membre de cette coopérative, se réjouit : « À la fin de 2025, alors que les prix du riz chutaient ailleurs, ma famille a pu vendre sa récolte à 11 000 dôngs le kilogramme. Grâce aux contrats d’achat garantis, nous avons assuré plus de 300 millions de dôngs de bénéfices. »

Après avoir visité directement les exploitations, Ho Trung Viet, chef de la Commission de la propagande et de la mobilisation des masses du Comité provincial du Parti de Ca Mau, a souligné l’absence remarquable de ravageurs dans les rizières biologiques de Lang Tron, contrairement aux zones agricoles utilisant massivement des produits chimiques. Les agriculteurs appliquent également des procédés modernes permettant à plusieurs exploitations d’obtenir les certifications VietGAP, GlobalGAP ainsi que des normes internationales exigeantes telles que USDA, EU et JAS.

D’ici à 2030, Ca Mau ambitionne que 70 % de sa production rizicole soit destinée aux marchés extérieurs de la province et à l’exportation, tandis que les surfaces de riz de haute qualité à faibles émissions devraient atteindre 55 000 hectares.

Pour concrétiser ces objectifs, le vice-président du Comité populaire provincial, Le Van Su, affirme que les autorités locales soutiennent activement les agriculteurs dans l’application des sciences et des technologies à toutes les étapes de la production, tout en renforçant les chaînes de coopération. Selon lui, « lorsque la science et la technologie servent de tremplin et que les chaînes d’approvisionnement sont solidement connectées, le riz écologique de Ca Mau pourra véritablement accroître sa valeur et porter les saveurs du delta vers les marchés mondiaux ».

Portée par la technologie et un nouvel esprit de coopération, cette « révolution écologique » sur les terres salées ouvre ainsi un nouveau chapitre pour le riz de Ca Mau, désormais prêt à dépasser les contraintes naturelles pour conquérir des horizons toujours plus vastes.

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