Le riz vietnamien affirme sa position

Après de fortes turbulences sur le marché mondial du riz, l’année 2026 s’ouvre avec à la fois des opportunités et des défis pour la filière rizicole vietnamienne.

Conditionnement de riz destiné à l’exportation dans l’usine du groupe Lộc Trời. Photo : hanoimoi.vn
Conditionnement de riz destiné à l’exportation dans l’usine du groupe Lộc Trời. Photo : hanoimoi.vn

Il ne s’agit plus seulement de volumes ou de chiffres d’exportation, mais d’un basculement marqué vers le segment du riz de haute qualité, à faibles émissions et traçable. Cette orientation est considérée comme la « clé » permettant au riz vietnamien de monter en gamme, de s’adapter aux tendances du marché mondial et de consolider durablement sa place dans la chaîne d’approvisionnement internationale.

Une stratégie de passage de la « quantité » à la « qualité »

L’année 2025 a marqué une étape importante pour la filière rizicole vietnamienne, avec 8,06 millions de tonnes exportées pour un chiffre d’affaires de plus de 4,1 milliards de dollars, permettant au Vietnam de maintenir sa deuxième place mondiale parmi les exportateurs de riz. Le fait marquant réside dans l’amélioration notable de la qualité. Le prix moyen à l’exportation a dépassé 510 dollars la tonne ; plusieurs variétés de riz parfumé, de riz de spécialité et de riz à faibles émissions ont été accueillies favorablement sur les marchés internationaux, avec des prix supérieurs de 10 % à 25 % à ceux du riz ordinaire. Cela montre que la stratégie de passage de la « quantité » à la « qualité » porte clairement ses fruits.

Selon Nguyen Do Anh Tuan, directeur du Département de la coopération internationale au ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, la réduction des émissions et l’amélioration de la qualité ne sont plus une option, mais une orientation stratégique constante de l’agriculture vietnamienne. Le passage à un modèle de production rizicole à faibles émissions, associé à la croissance verte, permet non seulement de renforcer la compétitivité, mais aussi de contribuer à l’engagement d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

De son côté, le professeur associé Nguyen Van Hung, expert senior à l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI), estime que la collecte et la réutilisation de la paille de riz dans un modèle d’économie circulaire pourraient réduire de plus de 30 % les émissions de gaz à effet de serre, tout en augmentant les revenus des agriculteurs de 12 % à 24 %, soit plus de 5 millions de dôngs par hectare.

Au-delà de l’amélioration environnementale, ce modèle contribue également à accroître la valeur du riz. Les variétés « vertes », certifiées sur le plan environnemental et dotées d’un système de traçabilité, deviennent un véritable « passeport » pour pénétrer les marchés haut de gamme tels que l’Union européenne, le Japon et l’Amérique du Nord. Du point de vue des entreprises, Do Ha Nam, président de l’Association vietnamienne des vivres, souligne que l’intégration dans la chaîne de production de riz de haute qualité et à faibles émissions permet non seulement d’élargir les débouchés, mais aussi d’accroître la valeur des exportations, tout en garantissant des bénéfices durables aux riziculteurs.

Parallèlement, la mise en place de zones de matières premières conformes aux normes devient un axe prioritaire. Huynh Van Thon, président du groupe Loc Troi, indique que ces zones permettent de stabiliser la qualité, d’améliorer le pouvoir de négociation et de renforcer la crédibilité de la marque du riz vietnamien. Lorsque la chaîne de valeur fonctionne de manière stable, la valeur ajoutée est répartie de façon transparente, au bénéfice des agriculteurs comme des entreprises, créant ainsi les bases d’un développement durable.

Ces acquis ne produisent pas seulement des résultats immédiats, mais constituent également un socle important pour une restructuration plus profonde de la filière rizicole vietnamienne en 2026.

Un pilier stratégique

En 2026, les exportations vietnamiennes de riz ont débuté sur une note positive : en janvier, elles ont atteint environ 600 000 tonnes (en hausse de 12,4 % sur un an), pour un chiffre d’affaires de 370 millions de dollars (en progression de 16,9 %). Le prix moyen à l’exportation s’est établi à plus de 616 dollars la tonne, reflétant une amélioration de la qualité et de la valeur. Toutefois, derrière ces chiffres encourageants se profilent de nombreux défis. Les prix mondiaux du riz tendent à se modérer en raison de la reprise de l’offre et de niveaux élevés de stocks mondiaux, ce qui incite les pays importateurs à différer la signature de contrats importants. Cette situation accentue la pression concurrentielle sur les pays exportateurs, dont le Vietnam.

Selon Huynh Van Thon, le principal défi actuel ne réside pas dans les débouchés, mais dans la stabilité des zones de production et des chaînes de coopération. En l’absence de mécanismes de coordination étroits entre agriculteurs, coopératives et entreprises, l’approvisionnement risque de manquer de stabilité, affectant la qualité et la réputation du riz vietnamien. Par ailleurs, la petite taille des exploitations, le coût élevé de la transition et l’absence de systèmes de certification des émissions fiables constituent également des obstacles majeurs au passage vers une production de riz de haute qualité.

Pour le professeur associé Nguyen Van Hung, la généralisation de ce modèle nécessite l’implication coordonnée de l’ensemble de la chaîne de valeur, des chercheurs aux coopératives, en passant par les entreprises et les autorités publiques. Lorsque les agriculteurs bénéficient d’un appui technique, de débouchés stables et perçoivent clairement les avantages économiques, la transition peut s’accélérer.

En particulier, le projet de développement durable d’un million d’hectares de riz de haute qualité et à faibles émissions dans le delta du Mékong est perçu comme un levier majeur. Il ne s’agit pas seulement d’une solution pour accroître la valeur des exportations, mais aussi d’un fondement pour construire une marque nationale du riz associée au développement vert. Parallèlement, l’application des technologies numériques, la mécanisation, la traçabilité et la mise en place d’un écosystème de coopération durable jouent un rôle déterminant. Lorsque la chaîne de production est gérée de manière transparente et cohérente, le riz vietnamien peut non seulement satisfaire aux normes internationales, mais aussi renforcer sa crédibilité et sa compétitivité.

Les experts estiment que, dans un contexte de marché mondial de plus en plus exigeant, l’avantage concurrentiel ne réside plus dans les volumes, mais dans la qualité, la durabilité et la valeur de la marque. Le riz à faibles émissions et le riz de haute qualité ne sont pas seulement des produits agricoles, mais aussi une véritable « histoire de marque nationale », permettant au Vietnam d’affirmer sa position dans la chaîne d’approvisionnement mondiale.

Back to top