L'humanité entre dans une nouvelle phase de son développement. Les avantages traditionnels fondés sur les ressources naturelles, une main-d'œuvre à faible coût ou l'intensification de l'exploitation des ressources ne constituent plus, comme au XXᵉ siècle, les principaux déterminants de la puissance des États.
Désormais, la qualité de la gouvernance environnementale, la capacité d'adaptation au changement climatique, le niveau de développement scientifique et technologique, l'innovation ainsi que l'efficacité dans la gestion du capital naturel sont devenues les facteurs déterminants de la compétitivité, de la résilience et du positionnement des nations au XXIᵉ siècle.
Dans ce contexte, le Vietnam est confronté à la nécessité de renouveler en profondeur sa conception du développement. La Résolution no 24-NQ/TW du 3 juin 2013, adoptée lors de la 7 ᵉ session du Comité central du Parti (XIᵉ mandat) sur la réponse proactive au changement climatique, le renforcement de la gestion des ressources naturelles et la protection de l'environnement, a marqué un tournant majeur en érigeant, pour la première fois, ces enjeux au rang de missions stratégiques du pays.
Plus d'une décennie après son entrée en vigueur, cette résolution a permis d'obtenir des résultats significatifs. Toutefois, les profondes mutations de la conjoncture internationale, l'aggravation des effets du changement climatique ainsi que les exigences liées à la mise en place d'un nouveau modèle de développement rendent indispensable une évolution de la réflexion théorique sur l'environnement.
Cette orientation a été réaffirmée par le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, Tô Lâm, dans son article intitulé « Pour une civilisation écologique, un Vietnam vert et un océan pacifique et durable ». Il y souligne que le développement vert, la protection de l'environnement et des océans, ainsi que la lutte contre le changement climatique doivent devenir l'un des piliers du modèle de développement du pays dans la nouvelle ère. L'environnement y est également présenté comme un enjeu central du développement, de la sécurité, de la paix et de la pérennité de la nation.
Il s'agit d'une évolution majeure de la pensée du Parti, qui fait passer l'environnement du statut de simple domaine sectoriel à celui de fondement de la capacité de développement national.
De la protection de l'environnement à l'édification d'une civilisation écologique dans la nouvelle ère
Pendant de nombreuses décennies, la croissance économique a principalement été évaluée à l'aune de la progression du PIB, de l'expansion de la production et de l'intensification de l'exploitation des ressources naturelles. Or, l'expérience du développement a montré que ce modèle, fondé sur une surexploitation des ressources, engendre des conséquences de plus en plus graves : changement climatique, érosion de la biodiversité, pollution de l'air, de l'eau et des sols, mais aussi aggravation des risques pesant sur la santé publique, la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.
C'est pourquoi de nombreux pays développés sont passés d'une logique d'exploitation des ressources à une logique de gestion du capital naturel (natural capital). Selon l'OCDE, celui-ci ne se limite pas aux terres, à l'eau, aux forêts, aux océans, aux ressources minérales et à la biodiversité ; il constitue également le socle des services écosystémiques indispensables à la croissance économique, à la santé publique et à la résilience des sociétés face aux chocs. En d'autres termes, l'environnement n'est plus considéré comme une simple composante périphérique du développement, mais comme un actif stratégique dont la valeur est comparable à celle du capital financier, du capital humain ou du capital technologique dans le processus de développement national.
La réflexion sur l'environnement doit désormais être approfondie afin de le considérer comme le fondement de l'autonomie stratégique nationale. Celle-ci ne se limite plus à l'autonomie scientifique, technologique, énergétique, alimentaire ou numérique ; elle englobe également la capacité à préserver et restaurer les écosystèmes, à garantir la sécurité hydrique, la sécurité environnementale et biologique, ainsi qu'à renforcer la résilience face aux chocs climatiques.
Pour le Vietnam, le moment est venu d'opérer une transition stratégique, en passant d'une conception selon laquelle « l'environnement est un domaine à gérer » à une vision où « l'environnement constitue le fondement d'un nouveau modèle de développement ». Dès lors que l'environnement est reconnu comme une forme de capital stratégique national, toutes les politiques relatives à l'aménagement du territoire, aux investissements, à l'industrie, à l'agriculture, au développement urbain, à l'énergie, aux transports, à la science et à la technologie devront être conçues de manière à accroître la valeur du capital naturel, plutôt qu'à l'épuiser au profit d'une croissance de court terme.
C'est à cette condition que le Vietnam pourra concrétiser son ambition d'un développement à la fois rapide et durable, renforcer son autonomie stratégique et édifier progressivement une civilisation écologique, où croissance économique, progrès social, protection de l'environnement et puissance nationale évolueront de manière harmonieuse au sein d'un ensemble cohérent.
L'environnement : d'une contrainte au développement à un moteur du nouveau modèle de développement national
L'une des évolutions les plus profondes de la pensée mondiale du développement au cours des deux dernières décennies réside dans le passage d'une conception considérant l'environnement comme une « limite à la croissance » à une approche qui le perçoit comme une ressource stratégique permettant de créer de nouvelles capacités de développement. Alors qu'autrefois l'environnement était principalement associé aux coûts liés au traitement de la pollution, au contrôle de l'exploitation des ressources ou à la réparation des dommages causés par les catastrophes naturelles, il est aujourd'hui devenu le socle de l'innovation, de la transformation des modèles de croissance, du développement des technologies vertes, du renforcement de la compétitivité et de l'élargissement des perspectives de développement des nations. Cette évolution marque le passage d'une logique de protection de l'environnement à une logique de création de valeur fondée sur l'environnement.
Cette approche revêt une importance particulière dans le contexte où le Vietnam met en œuvre un nouveau modèle de développement. Elle constitue une avancée théorique majeure, dans la mesure où, pour la première fois, l'environnement est placé au même niveau que les autres capacités fondamentales de la nation, non plus seulement comme un domaine de gestion publique, mais comme une condition constitutive de la puissance de développement à long terme.
Cela signifie que la protection de l'environnement n'est plus un « coût » du développement, mais devient un investissement générateur de bénéfices durables. Chaque hectare de forêt restauré ne crée pas seulement de la valeur en matière de biodiversité ; il contribue également à la régulation des ressources en eau, à l'absorption du carbone, à la réduction des risques de catastrophes naturelles, à la protection des infrastructures et au maintien des moyens de subsistance des communautés. Chaque cours d'eau dont la qualité est améliorée permet non seulement de réduire les coûts de dépollution, mais aussi d'améliorer la santé publique, de sécuriser la production agricole, de favoriser le développement du tourisme et d'accroître la valeur foncière. Chaque ville verte améliore non seulement la qualité de vie, mais attire également les investissements, les talents hautement qualifiés et les industries créatives. Investir dans l'environnement revient ainsi à investir dans la croissance à long terme et dans la puissance économique nationale.
Dans un contexte de compétition stratégique mondiale de plus en plus intense, l'environnement devient également un facteur déterminant de l'autonomie stratégique des nations. Un pays dépendant de ressources en eau transfrontalières, incapable de protéger efficacement ses écosystèmes, confronté à la dégradation de ses sols, à une pollution atmosphérique sévère ou à l'épuisement de ses ressources marines s'expose à des risques croissants en matière de sécurité alimentaire, de sécurité énergétique, de santé publique et de stabilité sociale.
À l'inverse, un pays qui préserve des écosystèmes sains dispose d'une meilleure capacité de résilience face au changement climatique, aux catastrophes naturelles, aux pandémies et aux chocs économiques mondiaux. L'environnement n'est donc plus seulement une question écologique ; il constitue également un enjeu de sécurité nationale, de sécurité humaine et de sécurité du développement.
Cette réalité impose de poursuivre la modernisation de la gouvernance du développement en faisant de l'environnement l'un des critères fondamentaux d'évaluation de la qualité du développement. Toute stratégie, tout plan d'aménagement et tout programme d'investissement doivent être examinés simultanément sous trois angles : l'efficacité économique, la valeur sociale et la capacité à accroître le capital naturel.
Elle exige également une transition résolue d'une gestion environnementale sectorielle vers une gouvernance intégrée fondée sur les écosystèmes, les mégadonnées, l'intelligence artificielle et la transformation numérique. Elle suppose en outre la mise en place de mécanismes de coordination intersectoriels, interrégionaux et multiniveaux afin de traiter les problématiques environnementales systémiques.
Il ne s'agit pas seulement d'une exigence du développement durable, mais aussi d'une opportunité stratégique de bâtir un nouveau modèle de développement dans lequel croissance économique, progrès social, protection de l'environnement et autonomie nationale sont intégrés au sein d'un ensemble cohérent, jetant ainsi les bases de l'ambition de construire un Vietnam puissant, prospère et pérenne pour les générations futures.
L'environnement : fondement d'un développement rapide, durable et de l'autonomie stratégique nationale
L'environnement n'est plus seulement un espace destiné à recevoir les déchets ou une source de ressources naturelles ; il est devenu un actif stratégique national qui influe directement sur la qualité de la croissance, la capacité de résilience face aux chocs mondiaux, l'autonomie du développement et la compétitivité internationale.
C'est pourquoi de nombreux pays développés ont progressivement abandonné la logique consistant à « protéger l'environnement pour se développer » au profit d'une approche visant à « se développer grâce à l'environnement », faisant de celui-ci le fondement d'un nouveau modèle de développement.
Selon la Banque mondiale, en l'absence de mesures ambitieuses d'adaptation et de transition verte, le changement climatique pourrait réduire le PIB du Vietnam d'environ 12 % d'ici à 2050 et exposer des millions de personnes à la perte de leurs moyens de subsistance en raison de la montée du niveau de la mer, de l'intrusion saline et des phénomènes climatiques extrêmes. Cela démontre que la protection de l'environnement n'est pas seulement une exigence écologique, mais également une condition essentielle pour garantir la croissance économique, la stabilité sociale ainsi que la préservation de la défense et de la sécurité nationales.
Dans son article intitulé « Pour une civilisation écologique, un Vietnam vert et un océan pacifique et durable », le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam, Tô Lâm, a souligné que le développement vert, la protection de l'environnement et des océans ainsi que la lutte contre le changement climatique doivent devenir l'un des piliers du modèle de développement national dans la nouvelle ère.
Cette vision marque une évolution fondamentale : l'environnement n'est plus considéré comme un simple domaine de gestion sectorielle, mais comme un fondement transversal de l'ensemble du processus de développement national. Elle élargit également la notion de sécurité nationale, en intégrant la sécurité environnementale, la sécurité écologique, la sécurité hydrique, la sécurité climatique et la sécurité des ressources comme composantes organiques de l'autonomie stratégique des nations au XXIᵉ siècle.
L'environnement devient également un facteur de plus en plus déterminant de la compétitivité économique. Les grands marchés tels que l'Union européenne, les États-Unis, le Japon et de nombreuses économies développées mettent en place de nouvelles normes relatives aux émissions de carbone, à la traçabilité des produits, à la production verte, à la finance durable et à la responsabilité environnementale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF, ou Carbon Border Adjustment Mechanism – CBAM) de l'Union européenne constitue un exemple emblématique montrant que l'environnement est désormais devenu l'une des nouvelles règles du commerce international. Dans ce contexte, les pays qui tardent à engager leur transition écologique risquent de voir leurs capacités d'exportation diminuer, leurs avantages compétitifs s'éroder et leur intégration aux chaînes de valeur mondiales se réduire.
La construction d'une économie verte ne vise pas uniquement à satisfaire aux normes internationales ; elle crée également de nouveaux moteurs de croissance fondés sur la science, la technologie, l'innovation et la transformation numérique. Le développement des énergies renouvelables, de l'économie circulaire, des biotechnologies, de l'agriculture écologique, des villes vertes et des services environnementaux contribue non seulement à réduire les émissions, mais ouvre aussi la voie à de nouveaux secteurs économiques à forte valeur ajoutée, créateurs d'emplois qualifiés, favorisant les gains de productivité et stimulant l'innovation.
Plus fondamentalement encore, l'environnement doit être considéré comme une composante essentielle de l'autonomie stratégique nationale. Un pays disposant d'écosystèmes préservés, d'une gestion efficace de ses ressources, d'un secteur des énergies propres dynamique, d'une gouvernance environnementale moderne et d'une forte conscience écologique au sein de la société bénéficie d'une base solide pour un développement rapide, durable et autonome.
Dès lors, l'environnement doit être reconnu à la fois comme un capital naturel, une infrastructure stratégique et un avantage compétitif national dans la nouvelle ère. Le protéger ne consiste pas seulement à préserver la nature pour les générations futures ; c'est aussi renforcer directement la pérennité de la nation, accroître sa force endogène, améliorer sa capacité d'adaptation aux mutations mondiales et concrétiser l'ambition de bâtir un Vietnam développé, prospère, puissant et durable.
Cette vision constitue également un fondement théorique et pratique essentiel pour poursuivre l'élaboration d'une nouvelle résolution relative à l'adaptation proactive au changement climatique, au renforcement de la gestion des ressources naturelles et à la protection de l'environnement, afin de faire de l'environnement l'un des piliers stratégiques du modèle de développement national dans cette nouvelle phase de développement.
[1] https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/publications/reports/2021/05/biodiversity-natural-capital-and-the-economy_940af1d4/1a1ae114-en.pdf
[2] file:///C:/Users/BAN-TGDVTW/Downloads/GEO6_2019.pdf
[3]https://cafef.vn/bien-doi-khi-hau-co-the-xoa-sach-thanh-qua-tang-truong-ca-thap-ky-cua-viet-nam-188251108073023979.chn
[4] https://taxation-customs.ec.europa.eu/carbon-border-adjustment-mechanism_en
Bui Chi Kien Département de l'économie sectorielle Commission centrale des politiques et de la stratégie