Lai Chau : sur les traces de la crue dévastatrice du village Chit
En amont du ruisseau Nam Sang, les profondes cicatrices des glissements de terrain balafrent encore les versants où s'est formée la crue qui a emporté de nombreuses maisons du village Chit.
Le village Chit, dans la commune de Muong Than (province de Lai Chau, au nord-ouest du Vietnam), est niché au fond d'une vallée encerclée par de hautes montagnes. Derrière le village coule paisiblement le ruisseau Nam Sang. Éloigné des grands cours d'eau, cet endroit était, depuis des générations, considéré par ses habitants comme une terre épargnée par les catastrophes naturelles.Cette quiétude a volé en éclats dans la matinée du 17 juillet. En quelques instants, des crues dévalant des hauteurs ont emporté habitations, cultures et biens. D'une violence fulgurante, la catastrophe a plongé tout le village dans la stupeur.En remontant le cours du Nam Sang jusqu'à ses sources, les stigmates de cette crue historique restent visibles sur chaque versant. D'immenses pans de terre et de roches se sont détachés des talus, laissant derrière eux de longues cicatrices qui déchirent le manteau forestier.Depuis de nombreux ravins, boue, rochers, arbres arrachés et eaux en furie ont convergé vers le lit du Nam Sang. À leur confluence, ils ont formé une gigantesque masse de boue, de pierres et de troncs qui s'est précipitée à grande vitesse vers l'aval. Sur son passage, le flot a ravagé les rizières en terrasses, anéanti les cultures avant de déferler sur le village Chit.
Les traces laissées sur le terrain montrent que la catastrophe n'est pas le résultat d'un glissement de terrain isolé. Elle est née de l'effondrement simultané de multiples versants et de la convergence de plusieurs torrents dans le bassin versant du Nam Sang. En quelques minutes, cette masse colossale de boue et de roches a transformé une vallée paisible en un chaos de pierres et de boue.Plus on remonte vers l'amont, plus le lit du ruisseau se resserre entre deux parois abruptes. Les pentes portent encore les marques fraîches des glissements de terrain, laissant apparaître la roche nue. C'est là que les eaux provenant de plusieurs ravins commencent à se rejoindre avant de fondre sur le village Chit.Vu du ciel, une multitude de petits torrents convergent vers le chenal principal. Dans le lit du ruisseau, blocs rocheux, troncs d'arbres et débris végétaux s'entassent en couches compactes. Une scène qui explique comment, en quelques minutes seulement, le paisible Nam Sang s'est transformé en un torrent de boue d'une puissance dévastatrice.
Plus de quatre jours après les crues, l'eau continue de suinter des flancs de montagne avant de rejoindre le ruisseau. De nombreux arbres, déracinés ou suspendus au bord des ravins, menacent encore de s'effondrer en cas de nouvelles pluies.Derrière le village, les fertiles rizières en terrasses ont disparu, remplacées par un immense amas de pierres et de boue. En une seule matinée, les terres qui faisaient vivre des générations d'habitants ont été presque entièrement rayées de la carte.La forêt primaire qui couvrait les hauteurs du Nam Sang, longtemps protégée, présente désormais un paysage lacéré. Par endroits, la végétation a été totalement arrachée, laissant apparaître de larges plaques de terre nue au milieu des montagnes.
À 15 heures, le 20 juillet, le bilan des intempéries à Muong Than faisait état de six morts, deux disparus et huit blessés. Environ 200 foyers ont été touchés, dont 24 ont perdu leur habitation, 20 vivent dans des maisons irréparables et 156 ont dû être évacués en raison des dégâts provoqués par les crues. De nombreuses routes et écoles ont également été ensevelies ou endommagées par des glissements de terrain. Les pertes sont estimées à plus de 250 milliards de dôngs.