Au début de la campagne été-automne, à Thoai Son (province d'An Giang), les riziculteurs ne remplissent plus systématiquement leurs rizières. Ils mesurent d'abord le niveau de l'eau, observent le sol, puis décident de laisser les parcelles s'assécher quelques jours de plus.
Ce changement, apparemment anodin, contribue pourtant à réduire les émissions de méthane, l'un des gaz à effet de serre les plus puissants. Derrière l'évolution des pratiques culturales, qu'il s'agisse des semis, de l'irrigation ou de la gestion des résidus de récolte, se dessine une transformation profonde de l'agriculture vietnamienne : les producteurs de riz deviennent de véritables « soldats du climat ».
Le combat commence dans les rizières
Longtemps, les émissions de gaz à effet de serre ont été associées aux centrales électriques ou aux industries. Pourtant, l'agriculture représente aussi une source importante d'émissions. Au Vietnam, les cultures génèrent près de 80 % des émissions du secteur agricole, la riziculture étant la principale source de méthane.
Ce gaz se forme lorsque la matière organique se décompose dans un milieu pauvre en oxygène, comme les rizières continuellement inondées. Son pouvoir de réchauffement est bien supérieur à celui du CO₂ à court terme, ce qui fait de sa réduction l'un des moyens les plus rapides de freiner le réchauffement climatique.
Pour le Vietnam, réduire les émissions de la riziculture est à la fois un défi et une opportunité. Il s'agit de préserver la production tout en diminuant les émissions, voire en améliorant les revenus des agriculteurs.
Dans plusieurs provinces, dont An Giang, Ca Mau, Dong Thap et Can Tho, de nouveaux modèles de culture se développent, avec une réduction des quantités de semences, un usage plus raisonné des engrais, la fin du brûlage systématique des pailles et, surtout, le recours à l'irrigation alternée. En laissant les rizières s'assécher par périodes avant de les remettre en eau, cette technique limite les conditions favorables à la formation de méthane. Un simple tube gradué pour mesurer le niveau de l'eau peut ainsi devenir un outil efficace au service du climat.
Le riz porte aussi une responsabilité climatique
Aujourd'hui, la performance des agriculteurs ne se mesure plus seulement au rendement, mais aussi aux émissions qu'ils parviennent à réduire. Le changement climatique est désormais un enjeu économique autant qu'environnemental.
Les grands marchés importateurs exigent des produits à faible empreinte carbone, une consommation d'eau maîtrisée, une production durable et une traçabilité complète. La filière rizicole vietnamienne doit donc s'adapter.
Les agriculteurs deviennent ainsi des acteurs clés des engagements climatiques du pays. Chaque hectare de riz à faibles émissions contribue à l'objectif de neutralité carbone du Vietnam et ouvre l'accès à des marchés plus exigeants, voire au futur marché du carbone.
À terme, les réductions d'émissions pourront être mesurées, certifiées et transformées en crédits carbone, créant ainsi une nouvelle source de revenus. Cette transition constitue une double révolution : protéger l'environnement tout en améliorant les revenus agricoles.
Des défis subsistent toutefois, notamment la généralisation des pratiques à faibles émissions, l'accompagnement des changements d'habitudes, le renforcement des systèmes de mesure et la garantie d'un partage équitable des bénéfices. Sans retombées économiques concrètes, il sera difficile de mobiliser durablement les agriculteurs.
Le développement d'une riziculture verte devra également répondre aux exigences croissantes des marchés, notamment de l'Union européenne, du Japon et des États-Unis, en matière de sécurité alimentaire, de résidus phytosanitaires, de traçabilité, de durabilité et d'émissions de carbone.
Dans les rizières du delta du Mékong, la lutte contre le changement climatique commence par des gestes simples, comme réduire les quantités de semences, limiter l'utilisation d'engrais chimiques, renoncer au brûlage des pailles après la récolte ou laisser les parcelles s'assécher quelques jours avant de les remettre en eau.
Ces petits gestes contribuent à la grande transition de l'agriculture vietnamienne. Pour atteindre la neutralité carbone, le Vietnam aura besoin de politiques adaptées, de financements et de technologies, mais surtout de millions d'agriculteurs prêts à changer leurs pratiques. Plus que des producteurs de riz, ils sont désormais les « soldats du climat » de la transition verte.
Le méthane est un gaz produit par la décomposition de matières organiques en milieu pauvre en oxygène. Les rizières continuellement inondées constituent un environnement idéal pour ce processus. Son pouvoir de réchauffement est, à court terme, plusieurs dizaines de fois supérieur à celui du CO₂. La réduction des émissions de méthane est ainsi considérée par les spécialistes comme l'un des moyens les plus rapides de ralentir le réchauffement de la planète.