Les femmes des hautes montagnes développent le tourisme à partir des racines culturelles de Hoang Lien Son

À partir de leurs mémoires culturelles et de leur lien avec la montagne, les femmes des régions d’altitude ont créé une cartographie touristique pour la zone tampon du Parc national Hoang Lien (au Nord du Vietnam), un parcours porteur d’identité face aux pressions climatiques et économiques.

Les défis de la préservation culturelle

Dans le cadre du projet « Parcours de narration du tourisme écologique des femmes vietnamiennes héroïques face au changement climatique » (07/2024 - 12/2025), une équipe de recherche réunissant des experts de l’Institut des ressources et de l’environnement (Université nationale de Hanoi), de l’Université de Hull, de l’Université de Loughborough (Royaume-Uni) et du Musée des femmes du Vietnam a dressé un panorama global de la nature, des espaces de vie ainsi que des défis auxquels sont confrontées les femmes des hautes montagnes aujourd’hui.

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L’exposition « Semer le vert au sommet des nuages » a été inaugurée le 27 mars au Musée des femmes du Vietnam, à Hanoi. Photo : VOV.

Selon le professeur associé, docteur Bui Ngoc Quy, vice-directeur de l’Institut des ressources et de l’environnement (Université nationale de Hanoi), le Parc national Hoang Lien constitue un espace écologique d’une valeur exceptionnelle. Il se distingue non seulement par une biodiversité remarquable, abritant de nombreuses espèces endémiques nécessitant une protection durable, mais aussi comme territoire lié au mont Fanxipan, symbole naturel emblématique du pays.

Parallèlement à ces richesses écologiques, la région est également le réceptacle des strates culturelles des communautés ethniques minoritaires qui y vivent depuis des générations, tissant un lien profond entre l’homme, la nature et les savoirs autochtones.

« Toutefois, dans cet espace riche en valeurs, le changement climatique, la pression du développement économique, l’agriculture intensive et le tourisme de masse exercent une forte contrainte sur les écosystèmes et les moyens de subsistance locaux. La question dépasse le cadre environnemental pour s’étendre au développement culturel et à l’avenir des communautés », souligne Bui Ngoc Quy.

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Les activités d’initiation des touristes à la teinture à l’indigo à Lao Cai (Source : Sung Thi Lan).

Sous l’effet du changement climatique et d’un développement insuffisamment planifié, les habitants font face à de nombreux défis. Les conditions météorologiques deviennent de plus en plus imprévisibles : les hivers perdent leur froid caractéristique, remplacés par des vagues de chaleur intense, accompagnées de crues soudaines et de glissements de terrain.

« Lors de fortes pluies provoquant des éboulements et coupant les routes, nous sommes contraints d’annoncer aux clients l’annulation des circuits, ce qui interrompt nos revenus touristiques », confie Vui Thi Mi, de la commune de Ban Ho, province de Lao Cai.

Face au risque d’érosion culturelle, les femmes des régions d’altitude s’efforcent de s’adapter au changement climatique, tout en préservant leurs moyens de subsistance et leur identité culturelle. Leur histoire ne se contente pas d’inspirer : elle constitue une leçon précieuse de résilience, d’initiative et de créativité face aux transformations de la nature et de la société.

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Les récits des femmes des hautes montagnes touchent profondément les visiteurs de l’exposition « Semer le vert au sommet des nuages ». Photo: VOV

Les femmes qui « sèment le vert au sommet des nuages »

Forte de leurs savoirs autochtones et de leur expérience de la vie en milieu montagnard, les femmes issues des minorités ethniques dans la zone tampon du Parc national Hoang Lien mettent en pratique et transmettent des connaissances pour faire face aux conditions climatiques extrêmes.

« Le changement climatique nous apporte de nombreuses difficultés. Le climat devient imprévisible, les récoltes incertaines, ce qui rend également notre activité touristique instable. Nous nous adaptons en plantant davantage d’arbres, de bambous le long des ruisseaux, en évitant de jeter des déchets dans l’environnement, afin de maintenir un air frais pour la commune de Ta Van en particulier et Sa Pa en général », explique Sung Thi Lang, habitante de la commune de Ta Van (Lao Cai), engagée dans le tourisme écologique.

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Le message « La nature change - moi aussi » illustre l’esprit d’initiative et de créativité des femmes des régions d’altitude.

Selon Sung Thi Lang, le développement du tourisme communautaire a également contribué à préserver et valoriser la culture locale : « Autrefois, nous vivions principalement de l’agriculture, dans une relation simple avec la nature. Avec le développement du tourisme, nous avons appris à devenir guides, à accueillir les visiteurs en racontant les histoires culturelles de notre propre communauté. »

Plutôt que d’agir isolément, les femmes locales se sont organisées en petits clubs. Certaines se consacrent aux activités artistiques afin de permettre aux visiteurs d’expérimenter directement les danses et chants traditionnels. D’autres proposent la préparation de spécialités culinaires locales, suscitant l’intérêt et l’envie de découvrir la culture des minorités ethniques. Elles développent également leurs compétences artisanales — dessin à la cire d’abeille, broderie — pour créer des produits touristiques de qualité.

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Les femmes des hautes montagnes tissent des costumes traditionnels avec habileté (Source : Sung Thi Lan).

Cependant, les débuts n’ont pas été faciles. La principale difficulté résidait dans le manque de confiance : beaucoup de femmes doutaient de l’efficacité de leurs efforts. Mais au fil du temps, elles ont pris conscience du potentiel économique de leur propre culture, tout en contribuant à sa préservation et à son développement.

Sung Thi Lan (directrice de la coopérative Muong Hoa, commune de Ta Van, Lao Cai), figure inspirante pour de nombreuses femmes locales, partage les transformations positives apportées par le tourisme communautaire : « Autrefois, nous dépendions essentiellement de l’agriculture, avec une seule récolte de maïs ou de riz par saison, laissant les terres inutilisées le reste du temps. Avec le tourisme, nous avons transformé ces espaces en ateliers d’expériences agricoles. En dehors des saisons de culture, les habitants peuvent proposer des spectacles, gérer des homestays. Le niveau de vie s’est ainsi nettement amélioré. »

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Sung Thi Lan, directrice de la coopérative Muong Hoa (Ta Van, Lao Cai), pose avec des visiteurs après une expérience de tissage (Source : Sung Thi Lan).

Les habitants ont également compris que le tourisme doit devenir un levier au service de la culture, et non un facteur de dégradation ou de dénaturation des valeurs traditionnelles.

Selon Bui Ngoc Quy : « Les communautés doivent préserver leurs traditions tout en les associant à de nouveaux moyens de subsistance. Une famille peut ouvrir un homestay tout en conservant ses coutumes. Une communauté peut s’adapter au changement climatique sans perdre son identité culturelle. C’est dans ces choses simples que réside le sens profond du développement durable : non pas remplacer entièrement l’ancien, mais permettre aux valeurs existantes de continuer à vivre dans un environnement et un contexte nouveaux. »

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