Réformes, financements et autonomisation des femmes : les trois clés de la transition énergétique au Vietnam

En 2024, les énergies renouvelables ne représentaient que 12,8 % de l’électricité au Vietnam, très loin des 71,5 % visés en 2050. Pour combler cet écart, le pays doit accélérer sur trois fronts : réformer son cadre juridique, mobiliser 136 milliards de dollars et intégrer pleinement les femmes dans la transition énergétiqu

Des journalistes et des experts conjuguent leurs analyses pour identifier les « points de blocage » de la communication sur la transition énergétique en vue de l’objectif Net Zero.
Des journalistes et des experts conjuguent leurs analyses pour identifier les « points de blocage » de la communication sur la transition énergétique en vue de l’objectif Net Zero.

En 2024, les énergies renouvelables ne représentaient que 12,8 % de la production nationale d’électricité, alors que l’objectif fixé pour 2050 atteint 71,5 %. Pour combler cet écart, le Vietnam doit relever simultanément trois défis majeurs : parachever le cadre juridique, mobiliser 136,3 milliards de dollars d’investissements et placer les femmes, encore en marge, au cœur de la transition.

Ces trois enjeux ont été abordés conjointement, une première dans un forum médiatique, lors du séminaire « Communication sur les énergies renouvelables vers le Net Zéro 2026 » (MERE2026), ouvert le 19 mars à Hanoï. Organisé par le Centre de formation au journalisme (VJTC) en collaboration avec l’Institut de recherche sur les régions et l’urbanisme (IRUS), l’événement réunit pendant trois jours des dizaines de journalistes et des experts de premier plan en énergie, environnement, genre et communication.

Selon le professeur et docteur Nguyen Van Phuoc, président de l’Union des associations scientifiques et techniques de Hô Chi Minh-Ville, la transition énergétique nécessite non seulement l’engagement des pouvoirs publics et des entreprises, mais aussi un consensus sociétal. Dans ce processus, « les médias jouent un rôle de phare », reliant scientifiques, décideurs et citoyens. Il appelle la presse à se positionner comme pionnière dans la communication des politiques publiques, à valoriser les modèles exemplaires, à innover (journalisme de données, journalisme de solutions) et à promouvoir une transition équitable, « qui ne laisse personne de côté ».

Pour le journaliste Nguyen Duc Loi, vice-président permanent de l’Association des journalistes du Vietnam, la transition énergétique « ne relève pas uniquement de la technologie ou de l’investissement, mais touche aussi à des enjeux socio-économiques tels que l’emploi et les moyens de subsistance ». Pour la presse, il s’agit à la fois d’un défi, en raison de la technicité du sujet, et d’une opportunité de produire des contenus à forte valeur ajoutée, contribuant au développement d’une économie verte.

Un potentiel important et un besoin d’investissement colossal

Le paysage énergétique vietnamien révèle à la fois l’ampleur du chemin à parcourir et les bases déjà posées. La capacité installée totale atteint 82 387 MW, dont 16,5 GW d’énergie solaire (25 %), avec une croissance annuelle moyenne de 25 % entre 2020 et 2024. Plus de 103 000 systèmes solaires en toiture sont en service. L’éolien est passé de zéro à près de 6 000 MW entre 2018 et 2023, avec un potentiel offshore estimé à 600 GW.

Le plan directeur national de l’électricité révisé (PDP8) vise une part des énergies renouvelables (hors hydroélectricité) de 28 à 36 % d’ici 2030 et 71,5 % d’ici 2050. L’éolien offshore devrait atteindre 6 000 MW entre 2031 et 2035. La planification évolue également : il ne s’agit plus seulement de construire de nouvelles centrales, mais de développer un système énergétique intégré, incluant réseaux intelligents et autoconsommation. La résolution 70-NQ/TW identifie le secteur privé comme moteur principal.

Pour concrétiser ces objectifs, les besoins en investissement sont estimés à 136,3 milliards de dollars d’ici 2030, dépassant largement les capacités publiques. Le défi consiste à accélérer l’afflux de capitaux privés, dans un contexte de cadre juridique en cours d’amélioration. Des projets de réforme de la loi sur l’électricité prévoient notamment un élargissement des compétences locales, la création d’un marché de certificats d’énergie renouvelable et des incitations pour l’éolien offshore et les nouvelles énergies (hydrogène vert, ammoniac vert).

Toutefois, le rythme des réformes doit s’accélérer. Sur 85 projets de transition, 30 sont déjà opérationnels et 63 ont signé des contrats, des progrès notables, mais encore insuffisants face à la baisse rapide des coûts de production des énergies renouvelables à l’échelle mondiale.

Les femmes, actrices clés d’une transition juste

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La docteure Vu Thi Thanh souligne l’importance du prisme de l’égalité de genre dans le secteur énergétique.

Un thème souvent absent des débats énergétiques a été placé au centre du séminaire : le rôle des femmes. Pour la docteure Vu Thi Thanh, de l’Institut de recherche sur la famille et le genre, les femmes ne doivent plus être considérées comme de simples bénéficiaires ou groupes vulnérables, mais comme des actrices à part entière : travailleuses, consommatrices, entrepreneures et partenaires dans l’élaboration des politiques.

Les données montrent un potentiel encore largement inexploité. À l’échelle mondiale, les femmes représentent 32 % de la main-d’œuvre des énergies renouvelables, contre 22 % dans le secteur pétrolier et gazier. Toutefois, elles restent sous-représentées dans les postes techniques (28 %) et de direction (19 %). Au Vietnam, la transition énergétique pourrait générer entre 1,61 et 1,93 million d’emplois par an dans le secteur électrique, mais la participation féminine demeure limitée.

Sept obstacles majeurs freinent encore leur implication : stéréotypes de genre, manque de données sexuées dans les politiques publiques, accès limité aux formations STEM, difficultés d’accès au crédit, absence de réseaux professionnels, faible représentation dans les instances décisionnelles et enjeux de sécurité au travail.

Face à ces défis, trois axes d’action sont proposés : faciliter l’accès des femmes à l’information et à l’emploi, renforcer leurs compétences techniques et garantir des environnements de travail équitables et sûrs. La docteure Thanh souligne également le rôle central des médias : « Il n’y aura pas de transition énergétique juste si les femmes sont laissées de côté. »

Elle appelle à un traitement médiatique équilibré, évitant à la fois la dramatisation et l’idéalisation, au profit d’une représentation fidèle des opportunités et des obstacles.

Avec son modèle de soutien ciblé au journalisme, MERE2026 vise à réduire l’écart entre la complexité du secteur énergétique et les capacités médiatiques. Alors que le Vietnam doit accélérer sa transition de 12,8 % à 71,5 % d’énergies renouvelables, renforcer les compétences des journalistes, tant sur le plan technique que sur les questions de genre, apparaît comme un investissement stratégique pour une transition équitable, inclusive et durable.

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