L’information a été annoncée le 19 mars à Hanoï lors d’une conférence de presse organisée par le Département de gestion des examens et traitements médicaux du ministère de la Santé, en collaboration avec l’hôpital de l’amitié Viet Duc.
Une nouvelle étape dans la transplantation d’organes au Vietnam
Selon le professeur associé Nguyen Quang Nghia, directeur du Centre de transplantation d’organes de l’hôpital d’amitié Viet Duc, il y a environ dix jours, l’hôpital a accueilli un patient masculin de 53 ans atteint d'amylose héréditaire, une maladie métabolique rare.
Le patient présentait des lésions multiviscérales, notamment des atteintes du système nerveux périphérique entraînant des difficultés motrices, et des dépôts de protéines dans le myocarde, provoquant une insuffisance cardiaque sévère.
Les examens ont révélé que la pathologie était liée à une mutation génétique. Dans ce contexte, le traitement optimal consistait à effectuer une transplantation simultanée du cœur et du foie.
En effet, le cœur du patient avait été gravement endommagé par les dépôts d’amyloïde, tandis que le foie était l’organe responsable de la production de cette protéine anormale.
Si seule une greffe cardiaque avait été réalisée sans transplantation hépatique, la maladie aurait récidivé dans le cœur transplanté.
Le 11 mars, une femme de 42 ans, victime d’un grave accident de la route, a été déclarée en état de mort encéphalique, affichant une perte totale des réflexes photomoteurs.
Face à cette tragédie, sa famille a courageusement consenti au don d’organes afin de sauver plusieurs vies.
Les organes de la donneuse étaient compatibles avec ceux du patient de 53 ans. La décision de procéder à une transplantation simultanée cœur-foie a été prise.
À ce stade, un problème se posait : bien que le foie soit à l’origine du trouble métabolique, il fonctionnait encore normalement.
Ce foie n'étant pas « endommagé », mais présentant seulement une anomalie dans une fonction métabolique, il peut être utilisé pour une transplantation chez un autre patient.
Les médecins ont donc envisagé de conserver ce foie fonctionnel pour un autre receveur.
La décision a été prise de greffer le foie de la donneuse sur le patient atteint d’amylose, puis de réutiliser son foie pour un autre patient, par exemple un malade atteint d’un cancer du foie.
Dans cette opération, un donneur en état de mort cérébrale a fourni le cœur, le foie et deux reins.
Le cœur et le foie ont été transplantés au patient atteint d’amylose, tandis que les reins ont été attribués à deux autres patients.
Ensuite, le foie du patient atteint d’amylose a été greffé à un patient atteint d’un cancer hépatique.
Les défis relevés par les médecins dans cette greffe exceptionnelle
Concernant la sécurité de greffer un foie métaboliquement anormal, le professeur associé Duong Duc Hung, directeur de l’hôpital de l'amitié Viet Duc, a précisé que le risque de développer la maladie chez le receveur ne se manifesterait qu'après 20 à 30 ans.
En comparaison, sans greffe, l'espérance de vie du patient cancéreux n'aurait pas dépassé quelques mois.
La transplantation domino s'avère donc être une solution innovante pour optimiser les greffons face à la pénurie d'organes, particulièrement adaptée aux patients âgés ou atteints de pathologies hépatiques graves.
Selon le professeur associé Nguyen Quang Nghia, dans une greffe classique, le foie n'est remplacé que lorsqu'il est totalement endommagé et irréparable. Dans ce cas, le foie n’était pas « endommagé », mais présentait une déficience métabolique spécifique.
Par conséquent, la technique de greffe domino pose des défis techniques importants.
Contrairement à une greffe classique, le foie retiré ne doit pas seulement être prélevé pour être éliminé, mais doit pouvoir être réutilisé pour un autre patient, ce qui rend l'intervention chirurgicale beaucoup plus complexe.
La réalisation simultanée de transplantations cardiaque et hépatique accroît encore la difficulté, nécessitant une coordination étroite entre plusieurs équipes médicales hautement qualifiées.
Dans le monde, seules quelques institutions expérimentées peuvent réaliser cette technique. La réussite du Vietnam témoigne du niveau avancé de ses compétences, reconnu par la communauté médicale internationale.
Autre point notable : l'intervention, mobilisant plusieurs équipes chirurgicales en parallèle, a duré environ six heures avec des résultats très encourageants.
Soixante-douze heures après l'opération, les deux receveurs étaient parfaitement conscients et capables de s'alimenter.
Cinq jours après la chirurgie, ils peuvent bouger et manger normalement. Si l’évolution reste favorable, leur sortie de l’hôpital est prévue dans environ une semaine.
Cette technique, mise en œuvre mondialement depuis 1995, mais encore rare en Asie, voit sa réussite au Vietnam comme un témoignage du niveau d’expertise médicale désormais comparable à celui des pays développés.
Le Dr Ha Anh Duc, directeur du Département de gestion des examens et traitements médicaux, a souligné que cet exploit rehaussait le prestige de la médecine nationale sur la scène internationale.
En réalisant simultanément des interventions aussi complexes, l’hôpital de l'amitié Viet Duc s’affirme comme l’un des centres de transplantation de premier plan dans la région.
Ce succès n’est pas seulement une prouesse technique, mais également une confirmation du niveau croissant d’expertise du système de santé vietnamien à l’échelle mondiale.