Depuis près de trois semaines, les tensions au Moyen-Orient ont entraîné une forte hausse des prix du pétrole et des carburants dans de nombreux pays. Toutefois, le Vietnam déploie de manière proactive diverses mesures afin de garantir l’approvisionnement et de stabiliser le marché intérieur.
Outre les négociations d’importation de carburants pour assurer un approvisionnement stable, le gouvernement vietnamien a également promulgué un décret visant à réduire le taux du droit d’importation préférentiel de 10 % à 0 % pour l’essence sans plomb ; ce taux a aussi été abaissé de 7 % à 0 % pour le diesel, le fioul, le carburant pour aviation et le kérosène.
En particulier, face aux fluctuations des prix mondiaux des carburants, le Fonds de stabilisation des prix des carburants a été mobilisé en continu ces derniers jours, parfois à des niveaux élevés. La gestion des prix, combinée à l’utilisation de ce fonds, a permis d’atténuer la hausse des prix sur le marché intérieur, contribuant ainsi à stabiliser la vie des populations et les activités de production et d’affaires des entreprises.
Cependant, afin de garantir la stabilité de l’approvisionnement et des prix face aux fluctuations du marché mondial, Tran Huu Linh, directeur général du Département de la gestion et du développement du marché intérieur (ministère de l’Industrie et du Commerce), a indiqué que le Premier ministre avait demandé aux ministères et secteurs concernés d’élaborer rapidement un nouveau plan de stockage de carburants, en réponse aux évolutions imprévisibles du marché international.
Concrètement, il est nécessaire de prévoir la construction de nouvelles installations de stockage ainsi que le renforcement des sources d’approvisionnement. En effet, les réserves commerciales actuelles imposées aux entreprises, 20 jours pour les entreprises de tête et 5 jours pour les distributeurs, rendent difficile toute anticipation face aux fluctuations du marché mondial des carburants.
« Dans les temps à venir, sur la base de la réalité du marché et des nouvelles politiques, le nouveau décret sur les activités pétrolières renforcera les inspections et contrôles afin de garantir que les entreprises respectent les réglementations relatives aux réserves commerciales. Par ailleurs, les ministères et secteurs devront envisager d’autres solutions pour constituer des réserves, garantir l’approvisionnement en pétrole brut, en matières premières et en produits dérivés, dans un contexte où le marché mondial reste sous pression en raison de nouveaux conflits », a souligné M. Linh.
Du point de vue des entreprises du secteur, le docteur Giang Chan Tay, directeur de la société à responsabilité limitée à membre unique Boi Ngoc, a estimé que les tensions au Moyen-Orient au cours des deux dernières semaines ont entraîné de fortes fluctuations sur le marché pétrolier mondial. Les inquiétudes concernant une éventuelle interruption de l’approvisionnement ont rapidement fait grimper les prix, mais dès que des signaux indiquent la continuité de l’offre, les prix baissent aussitôt. Cela montre que le marché mondial de l’énergie est actuellement fortement influencé par les facteurs psychologiques et les risques géopolitiques.
Dans un contexte où le marché énergétique mondial devient de plus en plus imprévisible, une solution importante avancée par le docteur Giang Chan Tay consiste pour l’État à mettre en place un système de réserves stratégiques de carburants à l’échelle nationale. En effet, la majorité des stocks actuels est encore assurée par les entreprises dans le cadre de leurs obligations commerciales — une approche qui, bien qu’elle allège la charge budgétaire, reste de nature commerciale et ne constitue pas une véritable réserve énergétique stratégique nationale.
Selon la proposition du docteur Giang Chan Tay, l’État devrait construire un système de dépôts de carburants capable de garantir l’approvisionnement pendant environ 60 jours, soit un volume d’environ 3,6 milliards de litres (environ 3,6 millions de m³ de capacité).
« La valeur des réserves énergétiques nationales ne réside pas dans le coût initial de l’investissement, mais dans leur capacité à protéger l’économie contre les chocs d’approvisionnement. Ces réserves pourraient être gérées selon le principe “premier entré, premier sorti”, avec un mécanisme de rotation via la vente et le rachat auprès des entreprises de tête. Ainsi, les carburants ne sont pas stockés trop longtemps et circulent régulièrement, garantissant leur qualité », a-t-il expliqué.
Giang Chan Tay a également indiqué que, selon l’expérience des grands projets de dépôts pétroliers dans le monde, le coût moyen d’investissement est d’environ 300 USD par m³ de capacité. À cette échelle, le coût total de construction du système est estimé à environ 1,1 milliard de dollars, ce qui, rapporté aux investissements dans les infrastructures nationales, ne constitue pas une dépense excessive.
Le 11 mars dernier, le Bureau du Gouvernement a publié la notification n° 113 relative aux conclusions du Premier ministre Pham Minh Chinh lors d’une réunion du groupe de travail chargé de la sécurité énergétique. Le chef du Gouvernement a ainsi demandé aux entreprises de tête, sous la direction du ministère de l’Industrie et du Commerce, d’importer de manière proactive environ 30 % des besoins domestiques en carburants et de maintenir les réserves conformément aux réglementations.
À long terme, le Gouvernement vise à porter la capacité de stockage de carburants à un niveau équivalent à au moins 90 jours d’importations, tout en accélérant la transition énergétique afin de réduire la dépendance aux combustibles fossiles importés. Le ministère des Finances est chargé d’étudier une réduction à 0 du taux de la taxe de protection de l’environnement sur les carburants, combinée à l’utilisation du Fonds de stabilisation des prix.