Face à ce constat, le Vietnam s'oriente vers une construction durable, une démarche qui implique l'adoption de techniques de construction innovantes et l'usage de matériaux sûrs et écoresponsables afin de réduire les impacts négatifs sur l'environnement et de limiter les émissions. Ces matériaux verts accompagneront l'ouvrage tout au long de son cycle de vie, depuis sa conception et sa construction, jusqu'à son exploitation, sa maintenance et, à terme, son démantèlement.
L'usage de matériaux biosourcés et écologiques constitue l'un des piliers fondamentaux de la construction durable. Un matériau vert se définit par l'intégration de ressources renouvelables ou de sous-produits recyclés, une réduction sensible des émissions de CO2, une efficacité énergétique et hydrique accrue, ainsi que la garantie de l'innocuité pour la santé humaine. Il s'agit là d'enjeux majeurs que les pays développés ont intégrés depuis de nombreuses années, avec des résultats tangibles à la clé.
Selon une étude menée par l'Institut des matériaux de construction (relevant du ministère de la Construction), il existe actuellement à l'échelle mondiale sept solutions fondamentales pour réaliser des ouvrages et des bâtiments durables reposant sur l'usage de matériaux verts :
Premièrement, la réduction de la consommation énergétique des bâtiments grâce à l'isolation thermique de l'enveloppe, l'optimisation des structures et le choix judicieux des matériaux d'ombrage. Deuxièmement, l'utilisation de matériaux verts soumis à des réglementations strictes imposant un taux minimal de composants recyclés. Troisièmement, le recours à des éco-matériaux issus de ressources renouvelables et disponibles dans la nature, tels que le bambou, le bois ou la paille. Quatrièmement, l'emploi de matériaux sains, caractérisés par une faible teneur ou l'absence totale de substances nocives pour la santé, telles que la radioactivité naturelle ou les métaux lourds toxiques. Cinquièmement, l'intégration de solutions d'isolation acoustique. Sixièmement, le déploiement de matériaux biosourcés et biodégradables, permettant de réduire considérablement les déchets de chantier et l'empreinte carbone sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment. Enfin, septièmement, l'adoption de technologies et de matériaux dits « intelligents », notamment les vitrages électrochromes capables de réguler la lumière et les apports thermiques, les matériaux à changement de phase (MCP) ainsi que les panneaux photovoltaïques intégrés au bâti (BIPV).
Pour honorer ses engagements en matière de neutralité carbone (Net Zero), le Vietnam a formalisé des objectifs précis par étapes à travers la Décision n° 280/QD-TTg du 13 mars 2019 du Premier ministre, approuvant le Programme national pour l'utilisation économique et efficace de l'énergie pour la période 2019-2030.
Ainsi, pour la période 2019-2025, les projets de construction se doivent de respecter scrupuleusement les exigences du Règlement technique national sur les bâtiments économes en énergie. À ce jour, un premier jalon a été posé pour 80 ouvrages ayant obtenu la certification « bâtiment vert » pour leur efficacité énergétique.
Pour la période 2025-2030, l'objectif est d'instaurer l'étiquetage énergétique pour 50 % des matériaux de construction soumis à des critères d'isolation thermique, et de porter à 150 le nombre d'ouvrages certifiés « bâtiments verts ».
Par ailleurs, la Stratégie de développement des matériaux de construction du Vietnam pour la période 2021-2030, avec des perspectives à l'horizon 2050, approuvée par la Décision n° 1266/QD-TTg du 18 août 2020 du Premier ministre, ambitionne de moderniser la filière vers un modèle performant et éco-responsable. Elle prône une gestion raisonnée des ressources et de l'énergie, la réduction des impacts environnementaux, la mise au rebut progressive des technologies obsolètes, ainsi que le développement de gammes de produits à haute valeur ajoutée, capables de s'imposer sur les marchés domestique et international.
Ce cadre réglementaire pose les fondations d'une vision à long terme, permettant à l'industrie des matériaux de construction de s'affranchir d'un modèle de croissance extensif afin de s'orienter vers un développement qualitatif, porté par la technologie, la valeur ajoutée et l'efficience des ressources.
Ainsi, pour obtenir la certification « bâtiment vert », les projets de construction doivent répondre aux critères suivants. : l'optimisation de l'efficacité énergétique via l'utilisation de matériaux et de conceptions adaptés (tels que les isolants thermiques, les fenêtres performantes et les systèmes d'enveloppe du bâtiment) ; le recours à des composants recyclés (comme les mâchefers, les sous-produits industriels et des déchets de déconstruction) en tant que matières premières ou combustibles afin de limiter l'exploitation des ressources naturelles et de réduire le volume des déchets ; l'usage de matériaux issus de ressources renouvelables ; l'utilisation de produits sains pour la santé humaine ; l'emploi de matériaux à faible empreinte carbone couplé à une approche d'allocation des quotas d'émission ; l'intégration de solutions d'isolation acoustique et enfin, la mise en place d'un système de test et de certification des matériaux respectueux de la santé. (système d'évaluation et de certification des matériaux sains).
Cependant, le principal obstacle est que le Vietnam ne dispose pas encore, à ce jour, de normes réglementaires précises pour les éco-matériaux, ni de seuils limites pour les substances nocives pour la santé humaine susceptibles d'être présentes dans ces sources de matériaux.
De surcroît, le poids des investissements initiaux liés à la modernisation technologique, la pression concurrentielle et le manque d'incitations financières ou de mécanismes d'accompagnement étatiques assez forts constituent autant de freins qu'il convient de lever au plus vite. Face à cette situation, la mise en place d'un nouveau cadre institutionnel s'avère indispensable pour orienter les fonds d'investissement, guider les choix de consommation et opérer un arbitrage technologique.
Selon le vice-ministre de la Construction Nguyen Van Sinh, son ministère s'attèle actuellement à perfectionner les textes réglementaires afin de concrétiser les orientations du Parti et du Gouvernement. L'accent est notamment mis sur l'élaboration d'un cadre de gouvernance et de développement des matériaux de construction axé sur la transition verte, la transformation numérique, l'économie circulaire, la sobriété énergétique et matérielle, la réduction des émissions, ainsi que sur le renforcement de l'efficacité de la gestion étatique.
À long terme, cette démarche posera les jalons d'un environnement juridique transparent et stable. Elle permettra ainsi d'encourager les entreprises à investir dans l'innovation technologique, à développer de nouveaux matériaux (notamment verts et recyclables) et à élargir les débouchés pour les produits de construction de haute qualité et éco-responsables.