Les robots vietnamiens à la conquête d’un marché de plusieurs milliers de milliards de dollars

Le marché mondial de la robotique offre d’importantes perspectives de croissance. Toutefois, les opportunités pour les entreprises vietnamiennes dépendront de leur capacité à maîtriser les technologies, à développer leur production et à adapter leurs produits aux besoins réels du marché.

Des robots en activité au sein du complexe technologique de tri intelligent de Viettel Post, dans la zone industrielle de Quang Minh (Hanoï). Photo : Viettel Post.
Des robots en activité au sein du complexe technologique de tri intelligent de Viettel Post, dans la zone industrielle de Quang Minh (Hanoï). Photo : Viettel Post.

Une course à plusieurs milliers de milliards de dollars

Au sein du complexe technologique de tri intelligent de Viettel Post, situé dans la zone industrielle de Quang Minh, à Hanoï, des centaines de robots autonomes transportent des colis.

Le système permet de traiter 1,4 million d’envois par jour, à un rythme de 9 000 colis par heure, avec un taux de précision du tri pouvant atteindre 99,99 %.

De son côté, l’usine VinFast de Hai Phong compte 1 200 robots ABB, qui assurent l’automatisation de jusqu’à 90 % des processus de production.

Selon Market Research Outlook, le marché vietnamien de l’automatisation industrielle était évalué à 1,15 milliard de dollars en 2025 et devrait atteindre 3,12 milliards de dollars d’ici à 2032, avec un taux de croissance annuel composé de 15,4 %.

À l’échelle mondiale, le rapport World Robotics 2025 de la Fédération internationale de la robotique (IFR) fait état de 603 000 nouveaux robots industriels installés en 2025, portant le parc mondial en activité à plus de 5 millions d’unités. L’Asie représente 76 % des nouvelles installations.

Goldman Sachs estime que le marché des robots humanoïdes pourrait atteindre 138 milliards de dollars d’ici à 2035, tandis que Morgan Stanley prévoit que l’écosystème mondial de la robotique pourrait peser 5 000 milliards de dollars à l’horizon 2050.

Sans pouvoir rivaliser immédiatement avec les principaux pôles mondiaux de la robotique en matière de taille, de capitaux, de données et d’expérience, les entreprises vietnamiennes peuvent commencer par des applications concrètes, telles que le tri des marchandises, le contrôle des défauts de fabrication, le transport au sein des usines et la surveillance des entrepôts.

Elles pourront ensuite élargir leur offre en s’appuyant sur des solutions dont l’efficacité aura été démontrée.

Nguyen Trung Quan, directeur scientifique de VinMotion, estime que le Vietnam dispose d’un potentiel de développement dans la robotique grâce à ses ressources humaines dans les technologies, à sa flexibilité industrielle et à ses capacités en matière de sécurité et de protection des données.

Par ailleurs, l’association de l’intelligence artificielle (IA) et de la robotique permet d’améliorer les capacités de production.

Selon le Dr Nguyen Van Truong, directeur des logiciels et de l’IA chez VinMotion, le modèle de l’usine moderne évolue : son avantage concurrentiel ne repose plus sur une main-d’œuvre bon marché, mais sur les infrastructures de calcul, les données, l’IA, les robots et l’automatisation.

La vision par ordinateur fondée sur l’IA, combinée à la robotique, permet de détecter les défauts et les anomalies des produits et d’effectuer des tâches qui dépendaient auparavant largement de l’expérience des experts.

Une fois leur efficacité validée, les solutions peuvent être déployées à plus grande échelle sur la base d’une infrastructure d’IA, sans qu’il soit nécessaire de reconstruire les processus depuis le début.

Do Tien Thinh, directeur adjoint du Centre national de l’innovation (NIC), estime que l’IA incarnée peut contribuer à remédier aux pénuries de main-d’œuvre, à renforcer la sécurité au travail et à améliorer la qualité de la croissance.

L’automatisation offre également aux entreprises vietnamiennes des possibilités de participer à la chaîne de valeur de la robotique, notamment dans les composants, la mécanique de précision et les logiciels d’intégration.

Pour le Dr Byron Mason, maître de conférences en ingénierie robotique et mécatronique à l’université RMIT, les perspectives les plus réalistes à court terme se situent dans des secteurs proches des compétences déjà disponibles au Vietnam, tels que l’électronique, l’assemblage et l’ingénierie appliquée.

Le pays peut progressivement renforcer ses capacités, de la fabrication de batteries et de systèmes de mouvement jusqu’à l’intégration et à la maintenance.

« L’automatisation industrielle progresse à un rythme très soutenu. Le seuil des 5 millions de robots en activité, atteint aujourd’hui, représente plus du double du niveau enregistré il y a sept ans. L’Asie est la région qui connaît la croissance la plus forte, suivie par les Amériques, tandis que l’Europe avance plus lentement. » - Jane Heffner, présidente de l’IFR

Toutefois, l’existence d’opportunités ne signifie pas que le marché soit déjà prêt à accueillir les produits nationaux.

Chu Cam Tho, professeure associée et directrice générale adjointe de l’université Phenikaa, indique que le niveau d’automatisation et le recours à la robotique restent faibles dans les entreprises vietnamiennes, tandis que celles qui se tournent vers les robots Make in Vietnam sont encore peu nombreuses.

Cette situation s’explique par le fait que les capacités de production et d’automatisation nationales ne sont pas suffisamment bien articulées avec les besoins du marché, auxquels s’ajoute une confiance encore limitée des utilisateurs dans les produits locaux.

Propositions pour développer l’industrie robotique vietnamienne

Dans le prolongement de la résolution n° 57-NQ/TW, le Premier ministre a promulgué la décision n° 21/2026/QĐ-TTg, en date du 30 avril 2026, qui inscrit la robotique et l’automatisation parmi les dix groupes de technologies stratégiques prioritaires à développer.

Selon Do Tien Thinh, la politique de développement de la robotique doit s’articuler autour de trois axes : le cadre institutionnel ; les ressources humaines ainsi que la recherche et le développement ; les infrastructures et le marché.

Sur le plan institutionnel, il convient d’élaborer un programme national spécifique consacré à l’IA incarnée, de mettre en place des dispositifs d’expérimentation contrôlée dans les hôpitaux, les usines et les zones urbaines, ainsi que d’établir des normes de sécurité permettant de classer les robots selon leur niveau de risque.

En matière de ressources humaines, de recherche et de développement, il est nécessaire de renforcer les formations interdisciplinaires associant l’IA à la mécatronique et à l’IA physique, d’aider les travailleurs à acquérir de nouvelles compétences pour travailler avec des robots et de soutenir la recherche sur les technologies fondamentales, telles que les capteurs et les puces de traitement en périphérie (edge computing), grâce à des partenariats entre entreprises, instituts de recherche et universités.

Concernant les infrastructures et le marché, Do Tien Thinh propose de développer des laboratoires d’essai mutualisés, de constituer des jeux de données physiques ouverts, de privilégier les produits Make in Vietnam dans les projets publics appropriés et d’attirer les investissements directs étrangers en les associant à l’objectif d’intégrer les entreprises vietnamiennes aux chaînes d’approvisionnement mondiales de la robotique.

Le Dr Byron Mason souligne que le Vietnam doit poursuivre ses efforts de formation, investir dans la recherche, renforcer les liens entre les entreprises, mettre en place un système de normes et améliorer les mécanismes de commande publique.

Selon Nguyen Van Truong, le Vietnam doit développer simultanément trois piliers : les capacités technologiques, afin d’assimiler et de maîtriser les nouvelles technologies ; les capacités de production, pour transformer ces technologies en produits ; et les capacités d’innovation, pour concevoir des solutions propres au pays.

La valeur de l’industrie robotique ne réside pas uniquement dans les produits finis, mais aussi dans la conception, la fabrication de composants, le développement de logiciels, l’intégration de systèmes et la maintenance.

De son côté, Chu Cam Tho estime que le développement de la robotique selon le modèle de coopération entre les « trois acteurs » - l’État, les établissements de recherche et les entreprises - nécessite des investissements structurés et une mise en relation des besoins avec les capacités de production.

L’État doit jouer un rôle moteur dans la création d’un environnement et d’un écosystème permettant à toutes les parties de participer.

Selon elle, le développement de la robotique doit partir de problèmes concrets : lorsque les entreprises identifient des besoins, que les chercheurs entrevoient des possibilités d’application et que les producteurs perçoivent un marché, l’écosystème peut alors fonctionner de manière durable.

Le marché mondial pourrait représenter plusieurs milliers de milliards de dollars, mais la place qu’y occupera le Vietnam dépendra de sa capacité à relier la recherche à la production, la technologie aux besoins du marché et à maîtriser progressivement les segments dans lesquels il dispose d’avantages.

La course à la robotique ne se limite pas à une compétition entre produits : elle constitue également une occasion de moderniser et de renforcer les bases industrielles du Vietnam.

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