L’observation de la terre, nouveau terrain de coopération scientifique franco-vietnamienne

Réunissant une cinquantaine de scientifiques, chercheurs et jeunes étudiants de six pays, la 6e école d’été vietnamienne sur l’observation de la terre (VSEO 6), ouverte le 7 septembre à Quy Nhon, met cette année l’accent sur l’altimétrie satellitaire appliquée au suivi des ressources en eau continentales.

VSEO 6 se déroule du 7 au 11 septembre à l’ICISE. Photo : ICISE.
VSEO 6 se déroule du 7 au 11 septembre à l’ICISE. Photo : ICISE.

Au-delà de la formation, cette initiative illustre le dynamisme de la coopération scientifique franco-vietnamienne et ouvre de nouvelles perspectives autour d’un projet de centre d’observation de la terre à Gia Lai.

Organisée conjointement par l’Association Rencontres du Vietnam et le Centre international de science et d’éducation interdisciplinaires (ICISE), avec la participation de l’ambassade de France au Vietnam, du Centre national d’études spatiales (CNES), de Hydro Matters et de l’Université des sciences et technologies de Hanoï (USTH), la VSEO-6 (Vietnam school of earth observation) se déroule du 7 au 11 septembre à l’ICISE.

Placée sous le thème "Altimétrie satellitaire - un outil pour le suivi des variations des ressources en eau continentales", l’école réunit des experts et des étudiants venus notamment du Vietnam, de France, des Philippines, du Brésil. Les participants sont formés aux techniques de traitement et de validation des données altimétriques satellitaires, ainsi qu’à la construction et à la visualisation de séries temporelles.

Les travaux portent notamment sur l’exploitation des données issues des missions satellitaires du programme européen Copernicus et de missions de recherche de pointe, comme SWOT (Surface Water and Ocean Topography).

Ces données permettent de mieux suivre l’évolution des cours d’eau, des lacs et des réservoirs, mais aussi de contribuer à la surveillance des inondations, à la gestion des bassins fluviaux transfrontaliers et à l’étude des effets du changement climatique.

L’école réunit des experts et des étudiants venus notamment du Vietnam, de France, des Philippines, du Brésil. Photo : ICISE
L’école réunit des experts et des étudiants venus notamment du Vietnam, de France, des Philippines, du Brésil. Photo : ICISE

Former une nouvelle génération de chercheurs

Pour le Dr.Nguyên Huu Hà, vice-directeur du Service des sciences et technologies de Gia Lai, l’observation de la terre par satellite joue désormais un rôle croissant dans la recherche scientifique et le développement socio-économique.

Au Vietnam, les données de télédétection et satellitaires sont de plus en plus utilisées dans le suivi des ressources naturelles, de l’environnement, des catastrophes naturelles et du changement climatique.

Il souligne l’importance de la VSEO-6, qui permet aux jeunes scientifiques et aux étudiants vietnamiens et étrangers d’acquérir des méthodes et des outils modernes, mais aussi de nouer de nouvelles collaborations scientifiques.

Le responsable de Gia Lai salue notamment la persévérance de l’ICISE, qui organise cette école depuis six ans. Selon lui, la VSEO a progressivement dépassé sa vocation initiale de formation pour contribuer à la constitution d’un réseau associant scientifiques, universités, instituts de recherche et partenaires internationaux.

Cette dynamique pourrait désormais déboucher sur une infrastructure scientifique majeure à Quy Nhon. Les résultats et les réseaux de coopération constitués au fil des six éditions ont en effet permis à l’ICISE de proposer à la province de Gia Lai de renforcer sa coopération avec le CNES, avec pour objectif la création d’un centre d’observation de la terre.

Pour le Dr.Nguyên Huu Hà, l’observation de la terre par satellite joue désormais un rôle croissant dans la recherche scientifique et le développement socio-économique. Photo : ICISE
Pour le Dr.Nguyên Huu Hà, l’observation de la terre par satellite joue désormais un rôle croissant dans la recherche scientifique et le développement socio-économique. Photo : ICISE

"Nous sommes très heureux que l’accord de coopération entre la province de Gia Lai et le CNES devrait être signé dans le cadre de la visite en France du secrétaire général du Parti et président vietnamien Tô Lâm, le 10 septembre prochain", a déclaré Nguyên Huu Hà.

Ce projet pourrait constituer une étape importante pour le développement de la recherche, la formation des ressources humaines, l’exploitation des données satellitaires et la mise au point d’applications d’observation de la Terre au service du développement durable de Gia Lai, du Centre du Vietnam et, plus largement, du pays.

La science comme pont entre les deux pays

La France voit également dans cette dynamique un nouvel espace pour approfondir le partenariat scientifique avec le Vietnam. Lors de l’ouverture de la VSEO-6, Denis Fourmeau, attaché de coopération scientifique et universitaire à l’ambassade de France au Vietnam, a souligné la place croissante du spatial dans les relations entre les deux pays.

La tenue de cette école intervient alors que le Vietnam et la France multiplient les initiatives dans le domaine spatial. La visite en France du secrétaire général du Parti et président de la République, Tô Lâm, qui participera au Sommet spatial international à Paris le 10 septembre, témoigne, selon lui, du "dynamisme de notre coopération dans le domaine spatial".

Denis Fourmeau, attaché de coopération scientifique et universitaire à l’ambassade de France au Vietnam, souligne la place croissante du spatial dans les relations entre Vietnam et France. Photo : ICISE
Denis Fourmeau, attaché de coopération scientifique et universitaire à l’ambassade de France au Vietnam, souligne la place croissante du spatial dans les relations entre Vietnam et France. Photo : ICISE

Denis Fourmeau a également rappelé plusieurs avancées récentes : l’adhésion du Vietnam au Space Climate Observatory, dont le secrétariat est assuré par le CNES, la coopération avec l’Académie des sciences du Vietnam autour du futur satellite d’observation de la terre VNREDSAT2, ainsi que l’installation à l’ICISE d’une antenne destinée à recevoir les signaux du satellite SVOM, consacré à l’étude des sursauts gamma.

À ses yeux, ces coopérations s’inscrivent dans une relation qui dépasse largement le seul domaine spatial. "Nous coopérons désormais avec le Vietnam sur des sujets d’avant-garde, tels que l’exploration spatiale, la physique quantique, l’intelligence artificielle et les nanotechnologies", a-t-il déclaré, estimant que la France était fière d’accompagner le Vietnam "alors qu’il entre dans une nouvelle ère de développement scientifique".

Il insiste surtout sur la dimension internationale de ces disciplines de pointe. "Par leur nature même, ces domaines de recherche scientifique sont ceux qui génèrent le plus de collaborations internationales et ne peuvent se construire que sur le partenariat, le partage et la confiance", a-t-il affirmé.

Dans un contexte international marqué par la montée des tensions et des conflits, le représentant de l’ambassade de France a livré un message qui dépasse le cadre de l’école d’été : "Il ne peut y avoir de paix sans science".

Selon lui, la science constitue un puissant vecteur d’échanges internationaux et de partage de valeurs communes, telles que "l’excellence, l’intégrité, l’ouverture et la création de valeur sociale et économique". Il a également souligné le rôle essentiel de l’ICISE à Quy Nhon, qu’il a décrit comme "un lieu d’échanges, d’amitié, de progrès, d’ouverture d’esprit et de partage des connaissances" et comme "un outil indispensable à la coopération scientifique franco-vietnamienne".

Créée en 2017, la VSEO est ainsi devenue un rendez-vous régulier de la coopération scientifique internationale au Vietnam. En six éditions, elle a contribué à former une nouvelle génération de chercheurs et à créer des passerelles entre institutions scientifiques vietnamiennes et étrangères.

La perspective de création d’un centre d’observation de la terre à Gia Lai pourrait donner une nouvelle dimension à cette dynamique, en faisant de la région un pôle de recherche, de formation et d’application des technologies spatiales au service du développement durable.

Pour Denis Fourmeau, l’enjeu est aussi de faire vivre cette dynamique à travers les nouvelles générations. S’adressant aux étudiants réunis à l’ICISE, il les a invités à "inspirer leur vision et leur expérience unique dans vos propres parcours", en souhaitant que la coopération scientifique franco-vietnamienne continue de s’inscrire dans la durée.

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