Un miracle né du sable corallien
Truong Sa manque cruellement d’eau douce naturelle et affronte toute l’année tempêtes, vents violents, soleil brûlant et salinité marine. Pourtant, en posant le pied sur l’île de Sinh Ton ces jours-ci, on ne peut qu’être surpris par les frondaisons qui se dressent fièrement dans le vent marin et par les potagers débordant de vie.
Pour parvenir à ce tableau paisible, militaires et habitants de l’île ont dû économiser chaque goutte d’eau domestique, préserver chaque poignée de terre fertile apportée du continent. Chaque pousse verte y est nourrie par la patience et l’attachement constant des soldats et des habitants — ceux qui, jour et nuit, préservent le vert de la souveraineté nationale.
Dans la zone de production du Groupe de combat no 2, sur l’île de Sinh Ton, ce vert est cultivé à partir de conditions que l’on pourrait croire les plus hostiles. Le lieutenant-colonel Vu Quang Minh, commissaire politique du Groupe de combat no 2, présente avec passion le processus qui permet de transformer le sable corallien en « or vert ». Il explique que le sol y est entièrement constitué de sable et de corail, presque incapable de retenir l’humidité ou les nutriments.
Cependant, grâce à la persévérance et à la créativité, les cadres et soldats ont progressivement « assoupli » la terre, transformant le sable corallien en un substrat propice à la croissance des plantes. Debout au milieu d’un verger luxuriant, le lieutenant-colonel Minh dévoile le secret que les soldats appellent avec humour la technologie de « l’engrais vert de phong ba ». (phong ba, arbre littoral très résistant au vent et au sel, fréquent sur les îles et les côtes tropicales, notamment à Truong Sa.)
« Ici, le sol n’est que sable et corail, extrêmement aride. Pour cultiver des arbres fruitiers, nous devons produire nous-mêmes de l’engrais vert. Nous utilisons les feuilles tombées des arbres phong ba, que nous ramassons, découpons puis faisons composter dans des fosses. L’objectif est de créer de l’humus, de retenir l’humidité et de rafraîchir le sol », précise-t-il.
Une fois la terre enrichie par cette couche de feuilles compostées, les jeunes plants sont mis en terre, associés à une petite quantité précieuse de terre fertile venue du continent pour entamer un nouveau cycle de vie.
Quand la terre « répond aux attentes de l’homme »
Grâce à cette méthode, de nombreuses espèces fruitières ont pris racine et prospèrent sur l’île. Le résultat de cette persévérance se manifeste notamment dans les papayers chargés de fruits du pied jusqu’à la cime, l’une des cultures les plus probantes. Selon le lieutenant-colonel Vu Quang Minh, le papayer s’adapte particulièrement bien au sol sableux corallien ainsi qu’au climat venteux et ensoleillé. L’arbre pousse rapidement et commence à fructifier dès qu’il atteint un mètre ou un mètre et demi de hauteur, avec une production abondante.
Les soldats sélectionnent les graines mûres des papayes récoltées sur l’arbre pour les faire germer dans de petits sacs. Une fois enracinés, les plants sont transférés dans des fosses préalablement enrichies en engrais vert. Le lieutenant-colonel Minh déclare avec fierté : « Le papayer est particulièrement adapté au sol corallien. En 2025, le seul Groupe de combat no 2 a récolté environ 1,5 t de fruits. Outre les papayes, nous cultivons également des bananiers, des cocotiers et des tra afin d’améliorer les repas et de renforcer la résistance de nos hommes après des heures d’entraînement intensif. »
Ces résultats confirment que le nom de l’île « Sinh Ton » n’évoque plus seulement la rudesse de la survie, mais témoigne désormais du fait que la terre a su « répondre aux attentes de l’homme ». Les produits issus de la production locale enrichissent non seulement l’ordinaire des soldats, mais apportent aussi une chaleur et une proximité rappelant le foyer.
Semer le vert pour la mission de verdissement de Truong Sa
Au-delà des cultures destinées à la vie quotidienne, les cadres et soldats de l’île de Sinh Ton accordent une attention particulière à la germination du bang vuong (Barringtonia asiatica, arbre emblématique des îles de Truong Sa), arbre considéré comme l’âme et le symbole de la volonté des soldats de Truong Sa.
Le lieutenant-colonel Vu Quang Minh guide régulièrement les jeunes soldats à chaque étape technique de la germination de cet arbre. Selon lui, il faut choisir des fruits bien mûrs, les faire sécher après récolte, puis, lors du semis, les placer dans le bon sens — pédoncule vers le haut — afin que les racines plongent vers le bas et que la pousse s’élève vers le ciel. Même l’écorce sèche retirée est écrasée et réutilisée comme compost.
« Le bang vuong incarne une vitalité exceptionnelle. Quelles que soient les conditions climatiques, il reste robuste et se développe bien. Il symbolise notre volonté indomptable », confie-t-il. Pour les cadres et soldats de Truong Sa, le bang vuong n’est pas seulement une espèce végétale, mais l’image même de la ténacité et de la résilience humaine face aux vents et aux vagues.
Mais les efforts des militaires et des habitants de Sinh Ton ne s’arrêtent pas aux frontières de l’île. Celle-ci est devenue une véritable « station de fourniture de vie » pour l’ensemble de l’archipel. Après bouturage et germination réussis, les plants sont transférés vers la pépinière commune de l’île pour y être soignés et élevés jusqu’à maturité. De là, des milliers de jeunes plants de diverses espèces sont acheminés vers d’autres îles de l’archipel afin d’accomplir la mission de « verdissement de Truong Sa ».
« À Sinh Ton, nous ne cherchons pas seulement à survivre, nous semons la vie, la solidité et un vert luxuriant pour l’ensemble de l’archipel », partage le lieutenant-colonel Vu Quang Minh.
Ces pousses grandissent silencieusement chaque jour, résistant au soleil, au vent et aux vagues du large, à l’image de celles et ceux qui veillent sans relâche sur Truong Sa, pour que ces îles demeurent toujours vertes et fermes face à l’infini des flots.