La souveraineté technologique, pilier de la cybersécurité nationale

À l’ère numérique, alors que le cyberespace devient une « frontière immatérielle » des États, l’autonomie technologique en matière de cybersécurité n’est plus un choix mais une exigence vitale. 

Centre de supervision et d’exploitation de la cybersécurité (SOC) de CyRadar.
Centre de supervision et d’exploitation de la cybersécurité (SOC) de CyRadar.

À l’ère numérique, alors que le cyberespace devient une « frontière immatérielle » des États, l’autonomie technologique en matière de cybersécurité n’est plus un choix mais une exigence vitale. Dans l’esprit de la résolution n°57-NQ/TW, le développement de solutions « Make in Vietnam » s’impose comme le socle de la protection de la souveraineté numérique et du renforcement de la confiance sociale.

Valoriser les capacités endogènes

Dans le sillage de la transformation numérique nationale, l’écosystème vietnamien des entreprises technologiques connaît une croissance rapide, tant en nombre qu’en qualité. Le pays compte aujourd’hui plus de 80 000 entreprises numériques.

Selon l’Association nationale de cybersécurité, les systèmes d’information au Vietnam ont fait face à environ 552 000 cyberattaques en 2025. Fait notable, bien que le nombre total d’incidents tende à diminuer, 52,3 % des institutions et organisations déclarent avoir subi des dommages. Les pirates privilégient désormais des attaques ciblées, préparées avec une sophistication croissante. Le centre de gravité du risque s’est déplacé vers l’intrusion, le vol et la revente de données sur les marchés clandestins.

D’après Vu Ngoc Son, responsable technologique de l’Association, les attaquants pratiquent des « attaques doubles » : infiltration prolongée pour extraire les données, puis chiffrement à des fins d’extorsion une fois l’exploitation terminée.

Si la sensibilisation des institutions et des entreprises progresse, des lacunes subsistent : 47,72 % manquent de personnel spécialisé et 27,80 % n’ont mis en place aucune norme interne de cybersécurité. L’écart entre la prise de conscience et les capacités effectives de défense demeure significatif.

Les experts estiment que sans la maîtrise nationale des couches technologiques de protection, il sera difficile pour le Vietnam de faire face aux menaces croissantes.

Si les capacités endogènes constituent le fondement du « bouclier numérique », les solutions « Make in Vietnam » en représentent la concrétisation opérationnelle. Pour Tran Van Khai, vice-président de la Commission parlementaire des sciences, technologies et environnement, l’esprit d’autonomie technologique suppose la maîtrise des technologies clés et une innovation continue adaptée aux réalités nationales. C’est aussi une voie pour renforcer la résilience de l’économie numérique et réduire la dépendance aux technologies importées.

Priorité aux produits nationaux

La résolution 57-NQ/TW du Bureau politique identifie la cybersécurité comme un pilier central de la protection de la souveraineté dans le cyberespace et souligne l’exigence d’autonomie technologique. Cette orientation est concrétisée dans la loi sur la cybersécurité de 2025, qui érige pour la première fois la sécurité des données en composante centrale de la sécurité nationale. Les données y sont considérées non seulement comme une ressource économique, mais aussi comme un actif stratégique à protéger tout au long de leur cycle de vie.

La loi encourage les organismes publics et les entreprises à privilégier les produits nationaux, créant ainsi un espace de marché et un moteur d’investissement pour les acteurs vietnamiens. Il ne s’agit pas seulement de réduire la dépendance technologique, mais de bâtir une capacité de défense durable à l’ère numérique.

Selon le lieutenant-colonel Nguyen Dinh Do Thi, du Département de la cybersécurité du ministère de la Sécurité publique, la dépendance aux plateformes étrangères constitue un risque majeur pour la souveraineté des données et la capacité de réaction en cas d’incident.

Dans la pratique, les solutions « Make in Vietnam » ont réalisé des progrès notables et sont désormais déployées dans des secteurs stratégiques tels que la banque, les télécommunications, l’énergie ou l’administration électronique. Toutefois, l’écart avec les leaders mondiaux persiste, nécessitant des investissements continus en recherche et en perfectionnement.

Nguyen Minh Duc, directeur général de CyRadar, évoque un « moment charnière » pour les entreprises vietnamiennes, appelées à tirer parti des politiques de soutien tout en élevant leurs standards de qualité. Depuis près de dix ans, CyRadar développe des solutions de détection précoce des attaques et de protection des terminaux, sous forte pression d’un marché aux exigences croissantes.

Parallèlement, de nombreuses PME restent vulnérables faute d’outils de gestion des connexions et de protection des données. Des solutions intégrées, comme SafeGate, visent à leur offrir un contrôle unifié des accès et à réduire les risques d’intrusion.

Au niveau macroéconomique, les politiques publiques évoluent également. Le plan n°04-KH/BCĐTW fixe l’objectif d’un cyberespace national sûr, résilient et technologiquement autonome. À l’horizon 2030, les produits et services « Make in Vietnam » devraient représenter plus de 50 % du marché intérieur, avec la formation de 10 000 experts hautement qualifiés et une maîtrise progressive des technologies de base.

Face à la montée des menaces ciblées et des risques liés aux données, le Vietnam est appelé à passer d’une défense réactive à une posture proactive fondée sur ses propres capacités technologiques. La cybersécurité n’est plus seulement une question technique : elle constitue désormais un rempart essentiel pour la confiance sociale et le développement économique durable.

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