L’après-midi du 10 juin, à Hanoi, une table ronde sur le thème « Nouveaux modèles de développement dans un contexte de mutations mondiales » a permis de recueillir les points de vue de dirigeants, d'universitaires et d'experts sur le modèle de développement de l'ASEAN face aux bouleversements géopolitiques, aux perturbations des chaînes d'approvisionnement et à l'accélération de la transformation numérique.
Évaluant le modèle de développement actuel de l’ASEAN, le vice-ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sarun Charoensuwan, a estimé que la croissance fondée sur les exportations, une main-d’œuvre compétitive à coût modéré et l’intégration à l’économie mondiale avait permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté, tout en faisant de l’ASEAN l’une des régions les plus dynamiques du monde.
Il s’est toutefois interrogé sur la pertinence de ce modèle dans un monde en mutation rapide, marqué par une concurrence géopolitique accrue, une fragmentation croissante de l’économie mondiale et des avancées technologiques sans précédent.
Parmi les priorités avancées figurent la préparation aux mutations futures, la création d’un environnement propice à l’innovation ainsi que la diversification des partenariats afin d’éviter toute dépendance excessive à un seul marché ou à un partenaire unique.
Dans cette perspective, l’investissement dans les écosystèmes numériques et le développement des compétences digitales constituent des priorités incontournables.
Les États membres de l’ASEAN doivent consolider leur autonomie stratégique, diversifier leurs partenaires afin de réduire les risques de dépendance à un marché unique et promouvoir une action collective fondée sur les principes d’inclusion et de durabilité, tout en encourageant les modèles de coopération Sud-Sud et les partenariats trilatéraux.
La plus grande force de l'ASEAN réside dans sa capacité d'adaptation, son unité et sa vision d'avenir, incarnée par la Vision 2045 de la Communauté de l'ASEAN.
La région doit également poursuivre ses efforts pour élargir ses débouchés à l’exportation et renforcer son intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, tout en formant une main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs émergents tels que l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables ou encore les technologies financières (FinTech).
Il est nécessaire de renforcer la solidarité interne grâce à une réflexion géopolitique novatrice et à la mise en œuvre de mécanismes annuels d'examen des politiques afin de garantir la cohérence entre les gouvernements, les entreprises et les institutions de recherche.
Enfin, les participants ont insisté sur la nécessité pour l’ASEAN de transformer les travaux de recherche en actions concrètes, dans un esprit de résilience, d’autonomie et de solidarité régionales.